Salon de l’agriculture: Comment les commandes numériques et le circuit court ont modifié le travail des agriculteurs

CONSOMMATION Ils travaillent sur les champs, à la traite des vaches et préparent des livraisons. Le circuit court a changé la vie d’agriculteurs d’Ile-de-France…

C.An

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L'option circuit-court, l'occasion de diversifier ses activités pour les agriculteurs (Illustration).
L'option circuit-court, l'occasion de diversifier ses activités pour les agriculteurs (Illustration). — Le Comptoir Local

« Vous cliquez, ils préparent, nous livrons ». Clients, agriculteurs et revendeurs se réunissent autour de ces trois actions, à petite échelle et en Ile-de-France avec Le Comptoir local. Cette plateforme permet aux clients de commander des légumes, fruits, charcuterie, etc. Pour la deuxième année consécutive, elle revient au Salon de l’agriculture. Les agriculteurs attestent de changements positifs depuis qu’ils vendent leur produit via le numérique.

Ça permet de toucher les Parisiens. « Grâce au Comptoir local, je peux distribuer mes produits dans Paris intra-muros », s’enthousiasme Isabelle Desforge. Elle entretient deux hectares de terre en maraîchage avec son mari et une employée à 60 km au sud de Paris dans la ferme de la Ferté Allais (Essonne). « Sinon, jamais je n’aurais trouvé le temps de me rendre dans la capitale ! » Elle a développé cette activité dans les années 2000. Un avantage certain car « plus on monte vers Paris, plus les commandes sont grandes ».

Le Comptoir local au Salon de l'agriculture
Le Comptoir local au Salon de l'agriculture - Comptoir local

Selon Isabelle Desforges, Le Comptoir local amène une « clientèle consciente de devoir s’adapter aux légumes de saison. »

Gain de temps sur les déplacements. Tous les jours de la semaine, les employés du Comptoir local vont chercher les produits. À la ferme de Saint-Thibault des Vignes (Seine-et-Marne), Brigitte Brodier remet chaque midi ses produits laitiers aux livreurs. « Nous avions exigé la collecte des produits par la société. » Pour 13 h, ses yaourts, crèmes dessert, fromages affiné et frais sont transportés dans l’Ile-de-France dans des camions réfrigérés. À la ferme laitière et d’élevage porcin de la Moneuse, la tournée est calée en début de matinée. Les produits charcutiers de Marie-Madeleine Vincent sont fraîchement coupés et emportés à 9 h.

Une diversification des activités. Pour la maraîchère Isabelle Desforges, la collecte s’organise trois fois par semaine. Cueillette et préparation des commandes obligent, elle est « tenue à un planning. C’est une méthode de travail différente de celle des grandes cultures. » Le potager d’Olivier a été créé dans les années 2000. « C’est une diversification en plus de notre production céréalière. Cela représente en surface 1 % de nos terres agricoles et 15 à 20 % du volume total de notre temps de travail sur l’exploitation familiale.

« S’il n’avait fallu vivre que de la vente du lait à la coopérative, nous n’existerions plus », soutient Marie-Madeleine Vincent. « La laiterie nous amène 2.000 euros de chiffre d’affaires mensuel. La vente des 200.000 litres de lait est absorbée par la vente directe à la ferme. Nous avons eu besoin de compléter la gamme de nos produits, la tendance est à la diversification. Depuis les années 1980, nous sommes dans cette démarche », insiste-t-elle.

Une logistique profitable. Inscrite sur cette plateforme en 2014, Brigitte Brodier constate que « la place donnée au circuit court n’a cessé de croître dès lors. Des foodtrucks viennent ici de manière ponctuelle ; côté animation, nous participons à l’opération “Marche sur l’eau” sur le Canal de l’Ourcq mais nous avons créé également une ferme pédagogique. » Basée à Saint-Thibault-des-Vignes, une ville d’environ 7.000 habitants à 50 km à l’est de Paris, l’agricultrice juge sa « situation géographique idéale pour vendre en direct à la ferme. Proche de la ville, c’est plus facile pour attirer une clientèle. »

Le circuit court a de beaux jours devant lui aussi du côté du Potager d’Olivier, «avec la "Ruche qui dit oui" mais également avec un point de distribution automatisée », précise la maraîchère Isabelle Desforges.

Plus de commandes. Les agriculteurs ont constaté, depuis la participation du Comptoir local au Salon de l’agriculture en 2016, une hausse de leurs ventes notoire. « Les commandes ont triplé depuis, voire quadruplé. » Ceci vaut autant pour Brigitte Brodier que pour Marie-Madeleine Vincent. Elles estiment « la proportion de ses ventes issues du partenariat avec le Comptoir local se situer autour de 10 % ».

Il s’agit, par là même, de recruter. Dans la Ferme de la Moneuse, trois personnes sont recrutées à mi-temps pour assurer les ventes en circuit court. À Saint-Thibault-des-Vignes, la ferme fonctionne avec 7 personnes à temps plein. Au Potager d’Olivier, ils ont embauché une autre personne, en 2015. Elle se consacre aujourd’hui « beaucoup à la préparation des commandes. Elle est passée d’un mi-temps à un temps plein ».