VIDEO. Le rappeur Jo Le Phéno jugé pour son morceau «Bavure»

JUSTICE Le rappeur comparaît pour « provocation non suivi d’effet au crime et injure » devant le tribunal correctionnel de Paris pour sa chanson « Bavure »… 

Caroline Politi

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Jo le phéno
Jo le phéno — Capture d'écran/Bavure
  • Les paroles de la chanson Bavure du rappeur Jo Le Phéno sont accusés de faire l'apologie de la haine envers les policiers.
  • En 1996, NTM était condamé à six mois de prison dont trois ferme pour "outrage" après leur chanson "Police".
  • Les condamnations de rappeurs restent néanmoins relativement rares. 

Le clip avait fait un tollé. Les syndicats de police étaient montés au front, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait annoncé sa volonté de porter plainte, une audition de plusieurs heures avait été menée par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne… En cause : les paroles de la chanson Bavure du rappeur Jo Le Phéno considérées comme faisant l’apologie de la haine antipolicier. « Je pisse sur la justice et sur la mère du commissaire », « il faut se défouler sur la flicaille » ou encore « où sont les condés, on va les taper », chantait-il.

«Jo Le Phéno raconte simplement le quotidien des jeunes»

Ce vendredi, le chanteur comparaît devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « provocation non suivie d’effet au crime et injure ». Son procès, initialement prévu au mois de février, avait été renvoyé. 

« Ce n’est pas un appel à la haine, assure son avocat Me Saïd Harir. Jo Le Phéno raconte simplement le quotidien des jeunes qui vivent en banlieue et les violences policières qu’ils subissent au quotidien. Il n’y a qu’à regarder l’affaire Théo… » En plein débat sur les bavures policières, cet argument revêt un poid particulier. « Ce qu’il raconte, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », insiste son conseil.

JoeyStarr et Kool Shen condamnés à trois mois de prison ferme

Evoquer la police en des termes crus et violents. Le thème est exploité depuis longtemps par de nombreux rappeurs. Il y a plus de vingt ans, les foules scandaient en cœur Assassin de la police, le refrain de la chanson phare de Suprême NTM, Police. Les paroles étaient tout aussi polémiques: « Donne-moi des balles pour la police municipale. » JoeyStarr et Kool Shen avaient été condamnés en 1996 à six mois de prison dont trois ferme pour « outrage » envers les policiers.

La peine avait finalement été allégée à 50.000 francs (7.600 euros) d’amende et deux mois avec sursis en appel. « En France, les gens s’imaginent que dès qu’on fait du rap, on est violent et dangereux. Les paroles le sont parfois, mais pas ceux qui chantent. Les vrais méchants ne sont pas derrière un micro », poursuit Me Saïd Harir.

Les condamnations d’artistes relativement rares

Les condamnations d’artistes sont relativement rares. En 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait porté plainte contre le rappeur Sniper. Dans son morceau La France, il déclarait notamment « on nique la France sous une tendance de musique populaire ». Le chanteur avait finalement été relaxé.

En 2005, c’est le sénateur LR François Grosdidier qui avait déposé une plainte à l’encontre de Monsieur R. pour avoir déclaré dans sa chanson La Fransse, « la France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope, il faut la traiter ». Le tribunal l’avait également relaxé. Mais cette fois, ce n’est pas à une entité abstraite mais à un corps de métier que le rappeur Jo Le Phéno s’en prend.

Le jugement devrait être mis en délibéré.