Affaire Théo: De la BAC parisienne à Aulnay-sous-Bois, qui est le commissaire déjà condamné?

SOCIETE L’actuel commissaire divisionnaire d’Aulnay a été condamné en 2008 alors qu’il était chef adjoint de la BAC 75, pour « non-empêchement d’un délit ». Et ce, sur fond d’« enjoliveur dans les fesses »…

Romain Lescuieux
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Le commissariat d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
Le commissariat d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Un homme au « caractère spécial », « difficile à aborder », avec qui « ce n’était pas évident de travailler ». « Il n’avait pas une démarche sociale dans sa fonction », détaille à 20 Minutes un ancien agent de police de Seine-Saint-Denis. Sous couvert d’anonymat, ce dernier se souvient bien de l’arrivée en 2014 de Vincent Lafon au commissariat d’Aulnay-sous-Bois. Là, d’où sont issus les quatre policiers de la brigade de sécurité de terrain (BST) actuellement mis en examen après la violente interpellation de Théo il y a une dizaine de jours.

« Parachuté » pour « éviter que ces conneries ne se reproduisent »

« Vincent Lafon avait été parachuté ici. C’était une sorte de punition et surtout un moyen de le mettre loin de son ancien service et de son ancienne zone pour éviter que des affaires de violence, le même genre de conneries, ne se reproduisent », ajoute cette source. Des « conneries » qui remontent à plus de dix ans.

Le journal L’Humanité révèle en effet que Vincent Lafon, actuel commissaire divisionnaire d’Aulnay, a été visé par une procédure judiciaire – présentant des similarités avec l’affaire du jeune Aulnaysien – alors qu’il était chef adjoint de la BAC de nuit à Paris.


Condamné pour « non-empêchement d’un délit »

Un matin de février 2004, un homme en état d’ébriété refuse de se soumettre à un contrôle policier et prend la fuite. Pris en chasse par Vincent Lafon et ses hommes, l’automobiliste finit sa course dans une autre voiture, sur une bretelle de l’autoroute A4, après avoir tenté de percuter un véhicule de police et de renverser deux agents.

L’individu sera condamné à deux ans et huit mois de prison avec sursis. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il accuse plusieurs policiers de lui avoir asséné des coups au moment de l’interpellation, de l’avoir dénudé et de lui avoir placé « un cerceau d’enjoliveur entre les fesses ». Ce qu’avait confirmé à l’époque un policier présent sur les lieux lors de l’enquête interne menée par l’Inspection générale des services (IGS), relate l’AFP dans un article publié au moment du procès.

En mars 2008, le tribunal correctionnel de Paris condamne en effet deux policiers pour violences aggravées sur ce conducteur. En plus d’une interdiction professionnelle de trois ans, le premier écope d’un an de prison avec sursis et le second de dix-huit mois pour avoir également « détruit des documents pour faire obstacle à la manifestation de la vérité ». Vincent Lafon, lui, est condamné à un an de prison avec sursis et un an d’interdiction professionnelle, pour « abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit ».

A cette époque, le parquet qualifie l’affaire de « honte de la BAC parisienne » ayant « terni sérieusement l’image de la police », rappelle l’agence de presse. Vincent Lafon, boxeur et plusieurs fois titré au niveau national en karaté et kickboxing, quitte son service et se tourne vers une agence de sécurité.

Expert du « contrôle d’individus récalcitrants » pour une société privée

La technique s’appelleDAPP pour « défense assistée par points de pression ». A cette époque, la société Gyrfalcon, créée par un ancien professionnel de la sécurité privée et professeur d’arts martiaux, dispense des formations en technique de combat pour le grand public, mais aussi pour les agents de sécurité et la police. Le « directeur technique » du stage DAPP est Vincent Lafon.

Selon le catalogue de la société, le but est « d’offrir un outil performant dans le contrôle d’individus récalcitrants ». Pour cela, il faut « créer une dysfonction motrice, un contrôle par la douleur ou une redistribution de l’équilibre du corps. Que ce soit par pression ou par percussion, la dysfonction motrice a pour but de couper le message nerveux qui se rend au muscle et ainsi permettre le contrôle de l’individu. » Et ce, tout en « maîtrisant l’image de la personne ou du service pour les besoins duquel on intervient ». Depuis, la société Gyrfalcon n’existe plus. Contacté par 20 Minutes, son ancien dirigeant n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Après avoir réintégré la police, Vincent Lafon arrive à Aulnay-sous-Bois en 2014, juste avant l’élection du maire Bruno Beschizza.

« Apprécié de ses hommes et de la municipalité, moins de ses supérieurs »

Dans une vidéo filmée quelques mois après son arrivée, Vincent Lafon se présente au site Aulnaycap et fait visiter ses locaux. Arnaud, rédacteur pour ce site d’informations locales, revient sur cette séquence filmée « dans un commissariat vétuste » où travaillent « des hommes avec des moyens pas toujours en adéquation avec les besoins ».

Au sujet de Vincent Lafon, il se souvient d’un fonctionnaire « passionné » qui a vite imposé à ses hommes des entraînements physiques quotidiens. « C’est un homme de terrain qui n’hésite pas à utiliser lui-même des techniques d’infiltration et des méthodes très physiques et viriles, tout en restant dans les règles. Il est très apprécié de ses hommes et de la municipalité. Peut-être moins de ses supérieurs », assure-t-il auprès de 20 Minutes. Contactés, ni le commissariat d’Aulnay, ni la préfecture de police, n’ont souhaité réagir sur le sujet. Tout comme la mairie d’Aulnay-sous-Bois, qui n’a pas donné suite à notre demande.