Aulnay-sous-Bois: «On nous aime quand on brille dans le sport mais sinon, on se fait insulter»

REPORTAGE Ce dimanche, dans la cité des 3000 (Aulnay-sous-Bois) la tension entre des habitants et la police est montée d’un cran à la suite des soupçons de viol sur un jeune du quartier…

C.An et R.L

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À Aulnay-sous-Bois, le 5/2/17. Surveillance renforcée dans le quartier des 3000 à Aulnay-sous-Bois (Illustration).
À Aulnay-sous-Bois, le 5/2/17. Surveillance renforcée dans le quartier des 3000 à Aulnay-sous-Bois (Illustration). — C. ANGER

« Cette affaire ne nous fait pas plaisir », s’exclame ce dimanche un policier, au pied d’un immeuble de la cité des 3000, dans le quartier de la Rose-des-Vents à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) où un jeune homme de 22 ans a été gravement blessé à coups de matraque lors d’une interpellation violente jeudi dernier. A quelques mètres de lui, plusieurs tags anti-police ont été inscrits sur des murs. Notamment un « Police violeurs » accompagné d’une tête de cochon. « Nous n’étions pas là lors de l’interpellation, nous ne pouvons rien dire », balaye-t-il, alors que des incidents ont éclaté samedi et dimanche soir dans le quartier.

Un murs de la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois ce dimanche
Un murs de la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois ce dimanche - C.ANGER

Plusieurs voitures ont été incendiées, de nombreux feux de poubelles ont été recensés, des policiers déployés en renfort ont été la cible de tirs de mortier et le commissariat a été vandalisé à la suite de l’agression.

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Un jeune « sans histoires » et « connu en bien »

Selon des proches, Théo, 22 ans, est décrit comme « sans histoires » et investi dans le milieu associatif et sportif de la ville. « Ses sœurs jouent au handball, au basket, lui, il était dans un centre de formation de football, il avait organisé un tournoi entre les jeunes d’Aulnay-sous-Bois », détaille Samy*, 14 ans, habitant du quartier. « Un jeune homme connu en bien, une famille respectée dans un quartier en difficulté », a également expliqué ce lundi sur RMC/BFM, le maire (LR) d’Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza. « L’immense majorité des jeunes aulnaysiens sont des exemples positifs. Ce jeune homme en fait partie », a-t-il tenu à ajouter.

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« Nous, ici, on a peu de marge de manœuvre pour bouger, travailler »

La vidéo amateur - montrant les brigadiers une matraque à la main, avec un jeune au pantalon baissé - reprise par les médias et sur les réseaux sociaux suscite de nombreuses réactions. Après son transport à l’hôpital, un médecin avait diagnostiqué à la victime « une plaie longitudinale du canal anal » et une « section du muscle sphinctérien », et lui avait prescrit 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT). Alex*, 27 ans, a participé aux émeutes urbaines en 2005 et déplore dans un premier temps  l’instrumentalisation de la vidéo par l’extrême droite. Puis, le jeune homme n’exclue pas d’éventuelles représailles. « Si la police avait fait cela à mon frère, je les aurais tués », s’exclame-t-il avec deux autres amis. « Il pourrait rester handicapé toute sa vie », note également un jeune homme à la terrasse d’un café, dans ce quartier où le malaise semble bien plus profond.

« On nous aime quand on brille dans le sport mais sinon, on se fait insulter. On est plusieurs à avoir un casier de judiciaire ici, je n’irai donc plus à l’affrontement avec les flics. Mais si les "petits" veulent le faire, je ne les en empêcherai pas », reprend Alex.

Ce fonctionnaire, d’à peine 30 ans, est aujourd’hui désabusé. « Ces policiers suspectés finiront par être mutés. Nous, ici, on a peu de marge de manœuvre pour bouger, travailler. Regardez, dans le projet du Grand Paris Express, personne d’Aulnay-sous-Bois n’a été embauché ». D'une allée rénovée depuis peu, le jeune homme analyse l’évolution des 3000. « Une partie du quartier a été refait. Mais tout ce qu’on sait faire ici, c’est mettre de l’argent dans le béton », déplore-t-il.

* Les prénoms ont été modifiés