Lycéen poignardé à Paris : «On peut se faire tuer en allant à l’école, c’est pas normal», s’indigne un élève de Charles-de-Gaulle

REPORTAGE Ses camarades se recueillent à la suite du meurtre de l’élève de terminale lundi…

Lucie Bras

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Des élèves se rendent en cours au lendemain du drame.
Des élèves se rendent en cours au lendemain du drame. — L.B.

Des fleurs et des bougies allumées ont été déposées devant le lycée Charles-de-Gaulle dans le 20e arrondissement de Paris. Des lycéens s’approchent par petits groupes pour se recueillir et rendre hommage à Madiara.

C’est là, à quelques mètres de l’entrée du lycée professionnel, que cet élève de terminale a été agressé par l’un de ses camarades armé d’un couteau. « Il y avait un grand rassemblement autour de lui. La prof de sport a tout essayé pour le sauver. Il saignait beaucoup, il y avait du sang partout. Quand on est revenu après la pause déjeuner, c’était fini », raconte Yacine, un lycéen qui le connaissait de vue.

Mourir en allant à l’école

Le jeune homme de 17 ans, dans un réflexe malheureux, aurait lui-même retiré le couteau de son flanc gauche, d’après des témoins. Ces coups ne lui ont laissé aucune chance. Pris en charge par l’équipe de réanimation de la Pitié-Salpêtrière, il est mort quelques minutes plus tard, à 13 h 20, en plein jour et devant ses camarades, très choqués.

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« J’étais là et je ne veux pas en parler », élude un élève en passant. « Je n’ai pas dormi de la nuit, les scènes me reviennent en tête sans arrêt. C’était très violent », confie Sarah, témoin de la scène. Aujourd’hui, si certains sont de retour en cours, ils restent très marqués par l’événement. « J’apprends que je peux me faire tuer en allant à l’école, c’est pas normal », s’indigne Yacine.

Autour de l’établissement, trois policiers en faction assurent la sécurité et éloignent les journalistes pour protéger les élèves. Ce matin, certains professeurs ont abordé le sujet en classe, et ont retracé les événements avec leurs élèves, pour essayer de libérer la parole. Une cellule psychologique a été mise en place mais intéresse peu les élèves. « A quoi ça sert ? Ça ne le ramènera pas », se désole une jeune fille.

Un mec au calme

Il règne un silence inhabituel devant l’entrée : les élèves ne parlent pas, les yeux dans le vague. Justine est étudiante dans l’école de biologie située plus bas dans la rue. Elle s’étonne de cette ambiance. « C’est beaucoup plus bruyant d’habitude. En général ils arrivent par petits groupes, en parlant fort, en rigolant. Là ils sont tous seuls, c’est étrange. »

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Sur les causes de l’agression, on sait peu de choses. Une histoire de bandes rivales, de drogue ou de filles ? Pour ses camarades, Madiara était un jeune avenant et sans histoires. « Je le voyais quand il sortait des cours, il souriait tout le temps. Il n’avait pas de problème. » Un autre confirme : « C’était un mec calme. »

Les riverains aussi accusent le coup. Cette petite rue pavée configurée en U est d’ordinaire assez calme. « C’est la première fois en vingt-cinq ans qu’il se passe un événement aussi grave », se désole Vincent. « C’est une horreur. J’imagine la réaction des parents. C’est terrible », soupire Hugues, qui habite le quartier depuis trente ans.

Malgré le choc, les élèves veulent continuer à rendre hommage à Madiara. Devant le mémorial improvisé, un groupe de jeunes filles prévoient d’aller acheter des fleurs.