Paris: Des lanternes chinoises dans les rues du Marais mettent le feu aux poudres

SOCIETE Dans le cadre du Nouvel an chinois qui se déroule ce samedi, la mairie du 3e a accroché, comme chaque année, des lanternes dans des rues du Marais. Certains riverains s’agacent…

Romain Lescurieux

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Une rue dans le Marais ce mardi
Une rue dans le Marais ce mardi — R.LESCURIEUX

« C’est scandaleux. Ils m’imposent ça sur ma devanture alors que j’ai reçu une amende de 75 euros pour avoir mis des oliviers, un symbole de mon pays, devant mon établissement », s’emporte un restaurateur italien, près de la rue du Temple (3e arrondissement). La raison de la colère de cet homme : une lanterne rouge aux motifs asiatiques épinglée à son paravent.

Depuis plus de vingt ans, la mairie du 3e arrondissement accroche à l’occasion du Nouvel an chinois, dans plusieurs artères du Marais – notamment autour de la rue Réaumur – ces lampions « porteurs de chance et d’espoir ». Une pratique qui s’inscrit dans le cadre d’une « semaine festive et culturelle », annonce la mairie sur son site Internet, alors qu’un défilé est prévu ce samedi dans le secteur, qui est historiquement le plus ancien quartier asiatique de la capitale. Mais cette année, certains riverains s’interrogent sur la « pertinence » de ces décorations suspendue à des poteaux et « façades privées » durant quinze jours.

« La célébration voyante d’une fête qui se justifie de moins en moins »

« Cette pratique a pris naissance dans un quartier où sévissait un monopole de grossistes-importateurs asiatiques en maroquinerie. La plupart d’entre eux sont partis depuis pour laisser la place à une économie diversifiée dont nous nous réjouissons. La célébration voyante d’une fête qui n’est plus celle des nouveaux occupants se justifie de moins en moins », lit-on dans un article non signé sur le blog Vivre le Marais, une association de riverains qui existe depuis 17 ans pour la sauvegarde et la mise en valeur du quartier.

« Nous avons de la sympathie pour les cultures asiatiques et nous apprécions qu’elles s’expriment […] les fêtes, événements, célébrations, des communautés étrangères font partie de la vie parisienne mais se doivent de rester en harmonie avec les codes et traditions qui font le caractère de notre ville », mentionne également cet article qui a donné lieu à un certain nombre de commentaires.

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Contacté par 20 Minutes, Gérard Simonet, président fondateur de l’association, défend bec et ongles cette position en invoquant le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) qui est en vigueur dans le Marais : « Ces décorations ne sont pas compatibles et ne s’harmonisent pas avec l’urbanisme et l’architecture XVIIe - XVIIIe du Marais. D’autant que certains se retrouvent avec ces lampions alors qu’ils n’ont rien demandé », ajoute-t-il. Pour se justifier, Gérard Simonet qui habite le 3e arrondissement depuis 1989 rappelle aussi les « conflits qui existaient dans le quartier » avec la communauté chinoise durant les années 1990-2000.

De vieilles rancœurs ?

« Nuisances », « agacement », « tensions ». « A l’époque, des appartements ont été transformés en usines, puis en magasins avec de nombreuses livraisons et des problèmes de stationnement », se souvient Gérard Simonet. « Il y avait une frustration des habitants, face à cette population qui n’apportait rien », soutient-il. Si les grossistes asiatiques se sont au fur et à mesure déplacés dans le nord de Paris et notamment à Aubervilliers autour du Centre international de commerce de gros France-Asie (Cifa), des magasins asiatiques, de vêtements, de bijoux, des restaurants et supermarchés, sont encore présents dans le 3e. Mais pour Vivre le Marais, plus rien ne justifie les décorations.

Des lampions sont accrochés aux façades et poteaux du Marais
Des lampions sont accrochés aux façades et poteaux du Marais - R.LESCURIEUX

« Aujourd’hui, nous voulons une assimilation, un partage des mêmes valeurs et un respect en termes de patrimoine » affirme Gérard Simonet qui assure que la communauté chinoise ne lui « pose aucun problème ». « Ils sont très courtois », tient-il à préciser. Interrogés par 20 Minutes, les Chinois rencontrés dans le Marais ne comprennent surtout pas cette polémique. A l’image d’Henri, la quarantaine.

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« Le problème c’est que les bobos ne voudraient que des galeries d’art ici »

« Cela existe depuis des années et je trouve ça sympathique. C’est temporaire et ça ne dénature rien », explique ce commerçant de la rue du Maire qui concentre encore aujourd’hui de nombreuses échoppes asiatiques. D’autres riverains pointent surtout du doigt la « bêtise » de certains, due à l’évolution du quartier.

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Richard habite depuis vingt ans dans le Marais. Après un rapide coup d’œil en direction d’une lanterne, il s’exprime. « Une fois par an, ces lampions sont l’âme du Marais. C’est beau », affirme-t-il. « Le problème ici c’est que les bobos ne voudraient que des galeries d’art. Mais ils ne doivent pas oublier que les Asiatiques étaient là avant eux », rembobine-t-il. Contactée, la mairie du 3e arrondissement réaffirme son attachement à cette tradition.

« Nous continuerons d’honorer et rendre hommage à la plus ancienne communauté chinoise de Paris. C’est aussi ça la France. Il y aura toujours des gens pour râler mais s’ils ne sont pas contents, ils peuvent changer d’arrondissement », indique-t-on au sein du cabinet du maire, Pierre Aidenbaum.