Paris intensifie sa chasse aux résidences secondaires

INFO «20 MINUTES» En quinze ans, Paris compte 43% de résidences secondaires de plus. Depuis 2015, leurs propriétaires doivent s’acquitter d’une majoration de 20% sur la taxe d’habitation. En 2017, Paris fera passer ce taux à 60%...

Fabrice Pouliquen

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Illustration: logement à Paris.
Illustration: logement à Paris. — A. GELEBART/20 MINUTES

La mairie de Paris ne se l’est pas laissé dire deux fois. Elle profitera pleinement de la possibilité donnée par l’Assemblée nationale aux communes situées en zones immobilières tendues de rehausser la surtaxe sur les résidences secondaires. « Une délibération sera votée lundi prochain au conseil de Paris », annonce à 20 Minutes Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo chargé du logement.

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Plus 43 % de résidences secondaires en 15 ans

Instaurée en 2015, cette surtaxe imposait aux propriétaires de pied-à-terre situés en zone tendue de payer une taxe d’habitation majorée de 20 %. A Paris, ce taux passera désormais à 60 %, le seuil maximum autorisé par le nouvel amendement.

Ian Brossat s’appuie sur des chiffres pour justifier la mesure. En 2014, l’Insee recensait à Paris 107.063 résidences secondaires. Cela reste une goutte d’eau au regard des 1,1 million de résidences principales de la capitale. Mais en 15 ans, le nombre de résidences secondaires à Paris a augmenté de 43 % [l’Insee en dénombrait 75.074 en 1999] contre 3 % seulement pour les résidences principales.

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Ce phénomène de pied-à-terrisation touche tous les arrondissements du centre de Paris, du 1er au 9e, avec un record pour le 7e arrondissement. « Ces résidences secondaires ne sont occupées que quelques semaines dans l’année, estime Ian Brossat. Surtout, il y en a trop aujourd’hui. Cette prolifération se fait au détriment des familles parisiennes qui ont besoin de se loger. »

« 20 %, trop peu dissuasif »

Cette surtaxe représente déjà une entrée d’argent pour la ville. Paris récoltait 20 millions d’euros chaque année jusqu’à présent, mais en espère 43 millions de plus en portant ce taux à 60 %. « Ce n’est pas le but premier de cette surtaxe, assure toutefois Ian Brossat. L’objectif est d’inciter les propriétaires d’une résidence secondaire à Paris de vendre leur bien ou de les louer à l’année à des Parisiens. »

Mais est-ce que ça marche ? « A 20 %, non, c’était trop peu dissuasif, observe Jacques Baudrier, élu PCF au conseil de Paris qui a poussé à la création de cette surtaxe en 2015. Le montant de la taxe d’habitation est faible à Paris. Même avec une majoration de 20 %, nous restions à des montants inférieurs à la moyenne nationale. » Pour Jacques Baudrier d’ailleurs, il faudrait aller plus loin encore en portant le taux de majoration « à au moins 100 % ». Le montant de la taxe d’habitation serait alors doublé pour les propriétaires de résidences secondaires à Paris.

Inciter encore plus à la location touristique ?

« Paris n’agit pas sur les bons leviers », répond Thomas Lefebvre, directeur scientifique de MeilleursAgents. Investir dans l’immobilier en vue de faire de la location était déjà peu rentable à Paris. Cela l’est encore moins avec l’encadrement des loyers. Il n’est pas certains alors que cette surtaxe sur les résidences secondaires pousse les propriétaires à mettre leur bien en location. »

Il leur reste alors deux options. La première, c’est la vente. « Mais on parle de résidences secondaires, rappelle Thomas Lefebvre. Des biens souvent cossus mis en vente à des prix élevés. » Ce n’est donc pas tous les Parisiens qui pourront s’aligner. La deuxième option, plus probable, est « que ces propriétaires se tournent sur location de courte durée pour les touristes, de type Airbnb, poursuit Didier Camandona, président de la Fnaim Grand Paris. Le marché est encore jusqu’à présent lucratif et échappe encore à toutes les règles, notamment à l’obligation de se déclarer si on loue plus de quatre mois dans l’année. »

Bientôt un permis de louer sur Airbnb ?

Bref, là encore, les Parisiens n’en profitent guère. La ville de Paris a prévu le coup ceci dit. « Si vous louez un logement sous forme de meublé touristique, vous devrez bientôt obtenir au préalable, auprès de la ville de Paris, un numéro d’enregistrement », annonce Ian Brossat. Une sorte de permis de louer donc qui permettra à la ville de mieux repérer les propriétaires qui louent leur bien plus de quatre mois sans le déclarer.

Le projet a déjà été évoqué en avril 2016. « Le dispositif a été adopté dans le cadre de la loi République numérique d’Axelle Lemaire, précise Ian Brossat. Nous attendons le décret d’application qui doit arriver dans quelques jours. »