Paris : Le centre humanitaire pour femmes et familles migrantes ouvre ce jeudi à Ivry

SOCIETE Ce site de 4.800 mètres carrés accueillera entre trois et cinq mois, des femmes isolées, des couples et des familles…

Romain Lescurieux

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L'un des six quartiers du centre humanitaire d'Ivry-sur-Seine
L'un des six quartiers du centre humanitaire d'Ivry-sur-Seine — R.LESCURIEUX

Ils ont hâte. Sous une yourte blanche, Moss et d’autres salariés d’Emmaüs Solidarité sont accoudés autour d’une table. « Ici, c’est un lieu de vie où les hébergés viendront prendre leurs repas et participé à des ateliers », sourit cet ancien professeur âgé de 52 ans. A ce titre, il s’occupera des cours de Français pour les enfants, en lien avec l’Education nationale.

Près de Moss, un Soudanais de 30 ans, Moubarak, facilitera les échanges et dans une pièce à côté, estampillée « accueil », Mohammed, 44 ans, gérera lui, le volet administratif. « Nous allons répondre aux questions sur l’hébergement, la demande d’asile et surtout les rassurer. Nous sommes prêts », dit-il. Et pour cause.

Des salariés d’Emmaüs Solidarité, dont Moss (à gauche)
Des salariés d’Emmaüs Solidarité, dont Moss (à gauche) - R.LESCURIEUX

400 personnes accueillies d’ici à la mi-mars

Le second centre humanitaire parisien situé avenue Jean-Jaurès à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) en lieu et place de l’ancienne usine des eaux d’Eau de Paris, ouvre ses portes ce jeudi pour 91 personnes. Avec l’objectif d’en accueillir 400, d’ici à la mi-mars. Ce site de 4.800 mètres carrés hébergera des femmes seules ou avec enfants, enceintes et aussi des couples.

Passés au préalable par la « bulle de la Chapelle », ils resteront sur ce site du Val-de-Marne pour une durée de trois à cinq mois avant d’être transférés vers des Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) en attendant la fin de leurs démarches. « Ce site d’Ivry est la seconde étape du projet global », rappelle Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité, gestionnaire de cette structure.

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« Après le centre de la porte de la Chapelle qui sert de sas d’accueil et d’hébergement pour les hommes isolés, il fallait créer une structure spécifique pour les publics plus vulnérables. Notamment les femmes seules et les familles. C’est désormais chose faite », se réjouit-il. A noter que 50 places seront aussi attribuées à des familles roms qui vivent dans la rue à Ivry-sur-Seine. « Ce sera mixte et c’est très bien. Nous allons créer une vraie cohésion », commente un salarié d’Emmaüs, Smaïn. Comme lui, ils seront 80 à assurer le fonctionnement de ce centre.

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« Un accueil digne »

Cofinancée par l’Etat et la mairie de Paris à hauteur de 11 millions d’euros et après quatre mois de travaux, ce site s’articule en six « quartiers » conçus comme autant de « villages à taille humaine », composés de blocs sanitaires, de bâtiments en bois avec des chambres modulables, et d’une yourte par quartiers. Un pôle santé – géré par l’association Médecins du monde, Pédiatres du monde et Gynécologie Sans Frontières – sera également sur place. Une équipe d’internes proposera des consultations régulières.

« Je suis très heureuse parce qu’ici on offre un accueil digne », pour « des publics fragiles », a déclaré la maire de Paris Anne Hidalgo, après un tour du site en compagnie des ministres de l’Intérieur et du Logement, Bruno Le Roux et Emmanuelle Cosse. « Ce centre, nous en avons besoin […], particulièrement aujourd’hui où nous entamons une vague de grand froid qui appelle à une mobilisation extrêmement forte des services de l’Etat sur la question de la mise à l’abri », a souligné la ministre. Mais la capacité de ces centres est-elle suffisante ?

L'accueil du centre humanitaire à Ivry-sur-Seine
L'accueil du centre humanitaire à Ivry-sur-Seine - R.LESCURIEUX

« Améliorations » et « ajustements »

Avec ses 400 places, le centre de la Chapelle affiche régulièrement complet. Récemment, des dizaines de migrants campaient chaque nuit devant. Dans ce contexte, l’ONG Médecins du monde a dénoncé des « violences policières » contre les migrants qui dormaient à la rue. Mais Emmaüs Solidarité « travaille à des améliorations » et « ajustements » a assuré Bruno Morel. Deux cents places supplémentaires sont prévues prochainement à la Chapelle et le rythme des prises en charge administratives doit aussi s’accélérer. « Nous sommes prêts », répète de son côté Mohamed sur le site d’Ivry.