Paris: La soupe impopulaire du Carillon, les SDF la préparent et les passants la dégustent

SOLIDARITE L’association Le Carillon inverse le principe des soupes populaires en mettant des sans-abris derrière les fourneaux. L'idée? Prouver aux Parisiens et d'abord à eux-mêmes qu'ils peuvent être utiles...

Fabrice Pouliquen

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Sourire aux levres, Deiaa, ambassadeur de l'association Le Carillon, distribulait les golbelets de soupe impopulaire, jeudi dernier, sur la place Felix-Eboué (12e).
Sourire aux levres, Deiaa, ambassadeur de l'association Le Carillon, distribulait les golbelets de soupe impopulaire, jeudi dernier, sur la place Felix-Eboué (12e). — F. Pouliquen / 20 Minutes

Giovanni, c’est le monsieur « communication », toujours partant pour parler devant la caméra. JS, c’est la cuisine : « gérer les quantités, préparer les légumes », glisse-t-il. Miguel, lui, dépanne sur toutes les petites bricoles. Et que dire de Deiaa ? Cet Egyptien, arrivé il y a cinq ans à Paris, ne se défait jamais de son grand sourire même lorsqu’il s’agissait, jeudi soir, de servir une soupe sous la pluie.

Changer les regards sur les sans-abris

Tous les quatre ont pour point commun de vivre à la rue, ici à Paris. Parfois dans le métro, parfois sous une tente installée à même le macadam. Mais jeudi, le temps de préparer une soupe pour les passants de la place Félix-Eboué (12e), ils n’étaient plus seulement des sans-abri, mais d’abord des « ambassadeurs » du Carillon.

Lancée fin 2015, l’association constitue dans Parisun réseau de commerçants prêts à rendre des petits services aux SDF. Le Carillon ne s’arrête pas là. Elle multiplie également les événements pour changer les regards sur les sans-abri.

>> Lire aussi: «Le Carillon», un réseau de commerçants du 11e qui s’engage pour les plus démunis

Les « soupes impopulaires », organisées régulièrement depuis cet automne, en font partie. Ces « soupes populaires » inversées sont préparées par les sans-abri avec l’aide de bénévoles et à partir des invendus des commerçants du quartier. « On est associés à toutes les étapes, raconte JS, qui a connu Le Carillon alors qu’il faisait la manche. Le matin, on récupère les invendus. L’après-midi, on épluche les légumes, on s’occupe de la cuisson. Et le soir, on sert la soupe aux passants. »

200 gobelets partis en une petite heure 

Jeudi dernier, la récolte était bonne : « On a récupéré des poivrons, des patates, des champignons, du céleri, un peu de fenouil, beaucoup de tomates et même des fruits », liste Margaux, coordinatrice du Carillon dans le 12e arrondissement. De quoi remplir à ras bord une grande marmite et servir quelque 200 gobelets qui partiront en une petite heure, le soir, dans le kiosque Citoyen de la place Felix-Eboué.

Ce n’était pas la seule réussite de la journée. Pour préparer la soupe, Le Carillon a été accueilli dans les cuisines du centre d’hébergement d’urgence du Casp (Centre d’action sociale protestant) qui a ouvert récemment sur la place Felix-Eboué et qui accueille des migrants et des personnes sans domicile fixe. De quoi faire de nouvelles recrues. Comme Hatouma, sans-papiers ivoirienne, qui n’a pas le droit de travailler et qui retrouvait avec grand plaisir la possibilité de cuisiner.

Hatouma (à gauche) préparait avec grand plaisir la salade de fruit de la «soupe impopulaire» du Carillon.
Hatouma (à gauche) préparait avec grand plaisir la salade de fruit de la «soupe impopulaire» du Carillon. - F. Pouliquen / 20 minutes

« Nous savons faire des choses »

De tout ça, Miguel, l’ambassadeur, est plutôt fier : « Nous montrons que SDF ou migrants, nous savons faire des choses, raconte-t-il. Nous aussi nous sommes présents, nous aussi nous sommes actifs, nous aussi nous pouvons nous rendre utiles. »

Miguel comme JS assurent d’ailleurs ne pas subir la rue, mais d’assumer leur choix de vie. Au Carillon, « nous ne les jugeons pas, explique Laura Gruarin, salariée du Carillon. Nous leur posons très peu de questions sur leur parcours. Notre idée est bien plus de les solliciter, de leur demander des services pour qu’ils se sentent utiles et reprennent confiance en eux. »

Prochaine soupe impopulaire ce lundi

Sur ce point, Le Carillon n’est pas en manque d’imagination. Deiaa en veut pour preuve toutes les demandes invitations qu’ils conservent dans ses poches : une soirée karaoké, des apéros en tout genre, une chaussette des rois, qui consistait à fêter L’Épiphanie tout en récoltant des chaussettes et des bonnets pour les sans-abri… Quant à la prochaine soupe impopulaire, elle sera servie ce lundi soir, aux abords du ciné MK2 Quai de Loire (19e), en amont de la projection du documentaire Un paese di Calabria, qui retrace l’histoire d’un petit village de Sicile qui se démène pour accueillir les migrants.