Attentats de «Charlie Hebdo»: «Je revois les deux terroristes poser les armes sur le toit de leur voiture»

TERRORISME Deux ans après les attentats de janvier 2015, des hommages, avec dépôts de gerbes et minutes de silence, ont eu lieu ce jeudi à Paris…

Romain Lescurieux

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Le 10 rue Nicolas Appert (11e arrondissement) ce 5 janvier 2017
Le 10 rue Nicolas Appert (11e arrondissement) ce 5 janvier 2017 — R.LESCURIEUX

Deux ans. Ce jeudi, de courts et sobres hommages, avec dépôts de gerbes et minutes de silence, ont eu lieu à Paris en mémoire des victimes des attentats du 7 janvier 2015 contre l’hebdomadaire « Charlie Hebdo » et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 morts.

Ces cérémonies - sans prise de parole, sans pluie et sans concert de Johnny - conduites par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence du ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, se sont déroulées tour à tour en présence des familles des victimes sur les différents lieux des attentats. A commencer par le 10 rue Nicolas-Appert dans le 11e arrondissement où trois membres de la rédaction de « Charlie », Marika Bret, Eric Portheault et Riss, ont déposé une gerbe devant la plaque à la mémoire des onze personnes tuées. Derrière les barrières de sécurité et dans les rues adjacentes, riverains et travailleurs du quartier, se souviennent.

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« Des hommes armés sont dans l’immeuble »

7 janvier 2015. Il y a beaucoup de bruit ce mercredi matin à l’intérieur des ateliers de broderie situés au 10 rue Nicolas-Appert et dans l’immeuble voisin. L’activité bat son plein comme tous les mois de janvier. « Nous avions toute une collection et des robes de mariage à confectionner », affirme Ethelle, 26 ans, enroulée dans son manteau kaki. « Avec les machines de découpe qui fonctionnaient à plein régime, je n’entendais rien. Mais soudain, j’ai senti une agitation », note Pisey, brodeuse de 48 ans. Il est aux alentours de 11 h 30.

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« Je me souviens de tout. De comment j’étais habillée, de ce que j’ai vu, de ce que j’ai entendu », poursuit Ethelle. Dans un premier temps, la jeune fille distingue des cris. « Je pensais qu’un ouvrier s’était blessé sur un chantier voisin », s’excuse-t-elle. Très vite, le chef d’atelier ordonne à ses salariés de rester cloîtrer dans la pièce. Motif : « des hommes armés sont dans l’immeuble ». Pisey et Ethelle, de leurs bâtiments voisins passent de temps en temps une tête par la fenêtre. La première voit des gens courir, des visages paniqués. La seconde se souvient encore de cette scène : « Je revois les deux terroristes poser les armes sur le toit de leur voiture ». André, 60 ans, dans son bureau à l’angle du 10, au rez-de-chaussée, observe aussi cette même scène. « Ils étaient à trois mètres de moi. J’ai vraiment eu peur pour ma vie car j’ai vite compris qu’ils n’étaient pas de la police ».

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Quelques secondes plus tard, les frères Kouachi remontent à bord d’une Citroën C3 noir et prennent la fuite après de nombreux échanges de tirs avec la police. « Nous n’avons plus ouvert la fenêtre après. Nous sommes restés blottis les uns aux autres jusqu’à 15 heures », explique Ethelle. Puis, tous se rappellent les très nombreux va-et-vient dans la rue.

« Important de se souvenir »

« Je me souviens de la police qui s’agite dans tous les sens », lance Claudette, qui habite depuis 17 ans dans le quartier. « Les pompiers, les familles des victimes, les hommes politiques, les gens… ça ne s’arrêtait plus. Pendant, plusieurs mois, les images remontaient dans mon esprit. Heureusement, il y a eu une belle solidarité entre les brodeuses », reprend Ethelle. Alors, pour elle, c’est important d’assister deux ans après, à cette minute de silence « pour dire que nous n’oublions pas et faire savoir que nous étions là ». D’autres riverains se montrent plus agacés.

« Si vous aviez mis des forces de l’ordre ici, il y a deux ans, nous n’en serions pas là », lâche un homme qui promène son chien. Les policiers en faction soupirent. De son côté, Claudette reste positive. « C’est important avec tout ce qu’il se passe en France de rester solidaire », dit-elle en partant, alors qu’Ethelle se dirige, elle, en courant vers son atelier. Au 10 rue Nicolas-Appert.