Les Restos rouvrent leur coeur aux bébés

Magali Gruet - ©2007 20 minutes

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Quelques minutes avant l'ouverture, une dizaine de femmes patientent dans le calme avec leur bébé dans les bras. Il est 13 h 30 ce lundi, et les Bébés du coeur des Halles, la seule filiale parisienne des Restos du coeur spécialisée pour les tout-petits, ouvre ses portes à l'occasion de la traditionnelle « campagne d'hiver » de distribution de vivres, qui durera jusqu'au 10 mars.

Sont admises ici les femmes ayant un enfant de moins d'un an, souvent sans papiers. Toutes sont déjà bénéficiaires des centres de distribution classiques, mais se rendent ici pour un « complément » en couches, produits d'hygiène, nourriture pour bébé, vêtements, jouets et matériel de puériculture. Des produits collectés dans les supermarchés, chez les marques elles-mêmes, ou par des partenaires parfois improbables. « Aéroports de Paris nous fournit régulièrement en poussettes, car des passagers les abandonnent parfois avant d'embarquer, pour ne pas payer l'excédent de bagage », explique Danièle Sounack, fondatrice et responsable de cette structure. « L'association fournit aussi un trousseau aux mamans qui vont accoucher. Nous donnons, par exemple, des layettes faites à la main par un club de grands-­parents tricoteurs. Cela ne nous coûte rien », raconte-t-elle en admirant son butin.

Dans la salle d'accueil, les mamans attendent patiemment leur tour de distribution, discutent, boivent un café, demandent des conseils pour remplir leurs formulaires administratifs. Un espace de jeux a été aménagé pour les enfants, et une bibliothèque a ouvert ses portes. Sylvie, 25 ans, vient pour la deuxième fois avec sa fille de trois mois, Marie-Joséphine. Elle a entendu parler de cette structure « par une amie ». Elle est venue pour « des couches, du lait, des vêtements » qu'elle ne peut se payer. Logée par le Samu social dans un hôtel, elle possède des papiers mais a dû refuser un emploi, faute de place en crèche. « Je ne savais pas qu'il fallait s'inscrire pendant la grossesse. J'ai fait ma demande lorsque ma fille est née, mais c'était trop tard. » Son plus grand souhait : « Travailler comme femme de chambre, pour cotiser à la retraite. Sinon, une fois vieille, je n'aurai rien », confie-t-elle.

Le centre des Bébés du coeur a conclu des partenariats avec la Mairie de Paris et Sodexho pour proposer des petits boulots à ces mamans. « La Ville cherche surtout du personnel d'accueil pour ses centres sportifs et il y a aussi des postes d'aides-soignantes à pourvoir », précise Danielle Relave, responsable adjointe des Bébés du coeur. « Il faut les pousser à sortir de l'assistanat », insiste-t-elle. Car au bout d'un an, les femmes dont l'enfant a grandi doivent quitter la structure. « Nous les y préparons. Il n'y a jamais de drame, mais beaucoup d'émotion. » Et parfois, les femmes reviennent, soit « pour donner des nouvelles », soit « car elles ont un nouvel enfant ».