VTC en colère: «Uber devra nous donner à manger maintenant»

GROGNE Les représentants de chauffeurs VTC en colère donnent le ton avant la rencontre prévu ce lundi, 10h, avec les plateformes de type Uber pour trouver une sortie à la crise. «20 Minutes» fait le point…

Fabrice Pouliquen
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Des voyageurs poussent leurs bagages sur l'autoroute bloquée par des VTC en colère aux abords de l'aéroport d'Orly samedi 17 décembre.
Des voyageurs poussent leurs bagages sur l'autoroute bloquée par des VTC en colère aux abords de l'aéroport d'Orly samedi 17 décembre. — AFP

Le rendez-vous est fixé à 10h ce lundi. Alain Vidalies, secrétaire d’Etat chargé des transports, a convoqué les plateformes VTC (voiture de transport avec chauffeur) de type Uber et les représentants de chauffeurs pour trouver une sortie de crise au secteur. « D’ici là, on met nos actions en pause », annonce Sayah Baaroun, de l’ UNSA-VTC, l’une des principales organisations de chauffeurs en colère. 20 Minutes fait le point sur les revendications et la suite possible du mouvement.

  • Que reprochent les chauffeurs aux plateformes ?

Uber, la principale plateforme à faire travailler des VTC, est dans le collimateur des grévistes. Le 8 décembre, la société californienne a relevé de 20 à 25 % sa commission qu’elle prélève sur les courses des chauffeurs. « Une décision prise sans aucune concertation avec les chauffeurs », précise Félix Cao, trésorier d’Actif-VTC, autre organisation qui fédère des VTC en colère. Cette décision fait suite à celle prise, en octobre 2015, de baisser de 20 % les tarifs des courses facturés aux clients. « Nos recettes ont alors été diminuées de moitié, assure Felix Cao qui a décidé à ce moment-là de travailler pour Uber. Avant octobre 2015, il disait pouvoir gagner jusqu’à 2.500 euros par mois en travaillant 12 à 15 heures par jour. « Avec cette baisse des tarifs, je touchais à peine le Smic en effectuant les mêmes heures, poursuit-il. Si Uber augmente en plus sa commission, les chauffeurs finiront par perdre de l’argent. »

  • En dehors des rémunérations, quelles sont les autres revendications ?

« Disons qu’il nous faudra quelque chose à manger maintenant », dit Sayah Baaroun à propos de la réunion de ce lundi. Le porte-parole de l’UNSA-VTC attend d’Uber une augmentation significative des tarifs dans l’immédiat tout en ramenant à 20 % la commission prélevée par l’entreprise sur les courses des chauffeurs. « Mais non, nos revendications ne portent pas que sur des questions de rémunérations, reprend-il. Nous demandons aussi la mise au point d’un calendrier, avec des réunions fréquentes entre les représentants de chauffeurs et les plateformes pour évoquer l’avenir de la profession : couverture sociale, tarif, rentabilité… »

L’UNSA-VTC comme Actif-VTC dénoncent des procédés dont Uber serait coutumier. Comme la déconnexion abusive des chauffeurs. Felix Cao dit en avoir fait l’expérience après une course qui s’était mal passée avec un client « difficile ». « Uber permet aux clients de nous noter en nous attribuant de zéro à cinq étoiles, explique-t-il. Celui-là m’en avait mis qu’une. Et Uber m’a enlevé de sa plateforme sans même chercher à avoir ma version. »

  • Uber est-elle la seule plateforme dans le collimateur ?

« C’est principalement Uber, puisque c’est elle qui mène la danse, estime Sayah Baaroub. Si Uber baisse les prix, tous les autres suivent. Aujourd’hui, tous les projecteurs sont braqués sur Uber. » Interrogé par Le Parisien, Thibaud Simphal, patron d’Uber en France, se dit prêt à des concessions. « Nous sommes prêts à rencontrer tout le monde, mais dans le calme », précise-t-il tout en estimant que le mouvement social est le fait de « 100 à 200 chauffeurs très violents [qui] prennent la France en otage ».

  • Et si rien ne sort de la réunion de ce lundi ?

« C’est bien simple, résume Sayah Baaroun. A 15h, nous sortons de la réunion. Si nous ne sommes pas satisfaits, nous reprenons immédiatement notre mouvement. » L’UNSA-VTC avait déjà prévenu, plus tôt ce week-end que le « mouvement pourrait s’inscrire dans la durée ». « Ce sera tous les jours, les aéroports, convergences vers Paris et les gares », promet Sayah Baaroun.

Depuis jeudi, la grève s’est traduite par le blocage des aéroports parisiens et des rassemblements à laporte Maillot. Des mouvements parfois émaillés de violences. Six personnes étaient ainsi en garde-à-vue samedi dans différents commissariats parisiens après des altercations entre chauffeurs grévistes et non-grévistes. Un policier a aussi été blessé, et des grévistes faisaient descendre de force des passagers de VTC qui travaillaient pour les installer dans des taxis parisiens.