Paris: Dans le 20e, des habitants se mobilisent pour sauver leur bureau de poste

SERVICE PUBLIC Depuis 2014, 15 bureaux de postes ont fermé à Paris remplacés par des « points relais ». Boulevard Mortier, habitants et commerçants en sont persuadés : la prochain à tomber, c’est la poste du quartier. « Une catastrophe »…

Fabrice Pouliquen
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La Poste, illustration.
La Poste, illustration. — GILE MICHEL/SIPA

« Imaginez en plus que la boulangerie ferme… », lance Mazide Mandjee, qui tient la pharmacie du 48 boulevard Mortier (20e). En 30 ans, le commerçant a vu son quartier populaire perdre un bon nombre de commerces. « Le bijoutier, le libraire, la boucherie chevaline, le poissonnier, le marchand de journaux », liste-t-il. Alors forcément, Mazide démarre au quart de tour lorsqu’il entend parler de la fermeture du bureau de Poste Saint-Fargeau, un peu plus haut sur le boulevard.

Les indicateurs sont au rouge

Il n’est pas le seul. Depuis le 11 novembre, Lucette Meillat et Dominique Hyppolyte, habitants du quartier, font circuler une pétition qui rencontre un certain succès. « Nous en sommes à 2.000 signatures, raconte Lucette. Surtout, la pétition a été beaucoup relayée par les commerçants du coin. Tous craignent que la disparition de ce service public vide un peu plus encore le boulevard. »

Lucette Meillat et Dominique Hippolyte, devant le bureau de Poste du boulevard Mortier qu'ils estiment menacé.
Lucette Meillat et Dominique Hippolyte, devant le bureau de Poste du boulevard Mortier qu'ils estiment menacé. - F. Pouliquen / 20 Minutes

Joint par 20 Minutes, le groupe La Poste assure que « non, il n’a jamais été question de fermer le bureau Saint-Fargeau ». « Ils se paient notre tête », s’insurge Jacques Baudrier, conseiller de Paris, élu PCF du 20e. Pour lui comme pour les signataires de la pétition, tous les indicateurs sont au rouge. « Il y a deux ans déjà, les conseillers financiers ont été transférés au bureau de Poste de la rue Belgrand [à 600 mètres de là] », raconte Lucette. Rue Haxo [à 800 mètres], La Poste vient d’ouvrir aussi un point relais dans un Carrefour City où il est désormais possible de bénéficier de l’ensemble des services postaux.

Quinze bureaux de poste remplacés par des points relais

Du déjà vu fait remarquer le groupe communiste-Front de gauche au conseil de Paris. La règle serait quasi infaillible : quand La Poste ouvre un point relais dans un commerce, c’est bien souvent qu’elle songe à fermer un bureau de poste à proximité. Depuis 2010, quinze bureaux de poste de plein exercice ont été fermés dans la capitale pour être remplacés par des points relais ouverts chez des commerçants.

A La Poste, on affirme que la qualité du service est inchangée. « Nous avions 188 points contact dans Paris en 2010. Nous en avons autant aujourd’hui, insiste un porte-parole du groupe. Nous ne réduisons pas notre présence, mais nous l’adaptons aux nouvelles habitudes de nos clients et nouveaux possibilités offertes par le numérique. Il y a dix ans, 2,7 millions de Français se rendaient chaque jour dans un bureau postal. Il y en a 1,7 million aujourd’hui. » L’ouverture de ces points relais aurait même du bon en permettant d’élargir les horaires d’ouverture.

« Une dégradation du service public »

Nicolas Bonnet-Ouladj, président du groupe communistes-Front de Gauche, y voit bien plus une dégradation du service public : « Ces points relais sont souvent transférés dans des supérettes où c’est le caissier, déjà fort occupé, qui se retrouve à assurer la réception du courrier et les autres activités postales. » Lucette Meillat pointe un autre problème : « D’accord, la rue Belgrand n’est pas loin, mais la pente est rude sur le retour et il y a beaucoup de personnes âgées qui vivent ici. »

Lucette et Dominique répéteront leurs craintes ce jeudi à 11h, devant La Poste Saint-Fargeau où ils appellent les habitants aux abords du bouevard Mortier à se rassembler. Dans la soirée, Jacques Baudrier et Raphaëlle Primet, également élue PCF au conseil de Paris, tiendront une réunion publique à 19h à l’école de la rue Le Vau.

Mobilisation aussi dans la rue Tristan-Zara

Mais il n’y a pas que dans le 20e que les Parisiens se mobilisent. « Une pétition circule aussi dans le 18e pour sauver la poste de la rue Tristan-Zara, menacée également, indique Nicolas Bonnet-Ouladj. Des bureaux de poste sont aussi en danger dans le 17e, le 13e, à la gare du Nord… » Le président de groupe l’assure : « La Poste a pour objectif de transférer la moitié de ces bureaux de Poste à Paris dans des points relais. » Un chiffre que ne confirme pas le groupe La Poste à 20 Minutes.