Prison de Fresnes: Rats, surpopulation... Des atteintes graves aux droits fondamentaux pointées

PRISON Douze contrôleurs ont constaté un nombre important de « dysfonctionnements et d’atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes incarcérées à Fresnes »…

Romain Lescurieux

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Maison d'a€™rrêt de Fresnes, c'est l'€™un des trois principaux établissements pénitentiaires de la région parisienne.
Maison d'a€™rrêt de Fresnes, c'est l'€™un des trois principaux établissements pénitentiaires de la région parisienne. — SIPA

Surpopulation, rats et climat de tension. Le CGLPL (contrôleur général des lieux de privation de liberté) publie ce mercredi au Journal officiel, des recommandations en urgence relatives à la maison d’arrêt des hommes du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne). En octobre dernier, 12 contrôleurs de la CGLPL ont en effet constaté « un nombre important de dysfonctionnements et d’atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes incarcérées dans cette prison francilienne ». Et pas des moindres.

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« Indigne »

Le taux d’occupation moyen dans cette maison d’arrêt est de 188 %. « Le nombre de personnes détenues au centre pénitentiaire de Fresnes a augmenté de plus de 52 % en dix ans, passant de 1960 en 2006 à 2989 en 2016 », note le texte du CGLPL. 13 % de la population incarcérée bénéficie d’un encellulement individuel, 31 % doivent partager une cellule à deux et 56 % une cellule à trois. Soit un espace d’à peine 6 m², bien inférieur aux normes fixées par le Comité européen de prévention de la torture (CPT).

Selon le CGLPL, « la surpopulation touche de nombreux établissements pénitentiaires français, mais à Fresnes, son caractère massif et durable lui confère un caractère particulièrement indigne ». A noter que les cours de promenade sont « exiguës et dépourvues de bancs et d’abris » et les rats « évoluent en masse ». « La rénovation du centre pénitentiaire de Fresnes constitue une urgence », évoque ce rapport qui pointe aussi un « recours aux fouilles à corps faisant l’objet de pratiques locales qui violent les droits des personnes détenues et ne sont pas conformes à la loi.

De plus, « le personnel du centre pénitentiaire de Fresnes doit être rapidement renforcé par des agents expérimentés, afin d’être adapté à la réalité des tâches à accomplir (…) des mesures immédiates doivent être prises, en particulier par des actions de formation et par un renforcement déterminé de l’encadrement, pour mettre un terme au climat de violence qui imprègne l’établissement ». Autant de recommandations qui ont été transmises au ministère de la justice pour qu’il puisse faire part de ses observations.

« Très attentif à l’évolution de cet établissement »

Point par point, le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a répondu au CGLPL. Dans une lettre datée du 13 décembre que 20 Minutes a pu consulter, il rappelle notamment que le programme immobilier pénitentiaire annoncé par le Premier ministre en 2016 « concrétise l’ambition de redonner son sens à l’exécution de la peine de privation de liberté » avec un objectif : « Atteindre l’encellulement individuel ». En attendant, le garde des Sceaux, reconnaît que « la présence de plusieurs personnes détenues dans les cellules se traduit par une quantité insuffisante de mobilier, qui subit de ce fait une usure accélérée » mais évoque de nombreuses commandes, des travaux prévus d’ici 2017 et une opération de dératisation qui a débuté début novembre.

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« Très attentif à l’évolution de cet établissement, j’ai demandé à mes services de suivre avec une particulière attention les actions engagées visant à améliorer les conditions de vie des personnes détenues à la maison d’arrêt des hommes du centre pénitentiaire de Fresnes », note enfin Jean-Jacques Urvoas.