Ile-de-France: Et si on arrivait plus tard (ou plus tôt) au travail pour désengorger les transports?

MOBILITE Le principe du décalage de l'heure d'embauche est expérimenté depuis deux ans au sein d'entreprises implantées à Plaine Commune... 

Fabrice Pouliquen
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Un quai de métro bondé à Paris un jour de grève. (Photo illustration).
Un quai de métro bondé à Paris un jour de grève. (Photo illustration). — CHAMUSSY/SIPA

Vous en faites peut-être l’expérience en lisant ces lignes, serré comme une sardine dans le métro. Aux heures de pointe, les transports en commun franciliens sont régulièrement saturés et, en attendant la livraison des nouvelles lignes du Grand Paris Express, ce n’est pas près de s’arranger. « Nous avons enregistré une hausse de 7 % des voyageurs sur nos lignes en 2016, illustre Carole Tabourot, adjointe au directeur marketing et services chez SNCF Transilien. La moyenne est de 3 % chaque année depuis 2003. »

Une idée qui fait son chemin

D’où une idée qui fait peu à peu son chemin : Et si une partie des Franciliens venaient un peu plus tard ou un plus tôt au travail ? Avant 8 h 30 ou après 9 h 30 par exemple. L’université de Rennes a testé le principe avec succès en 2013. Le début des cours des première et deuxième années a été décalé de 8 h 15 à 8 h 30 pour désengorger la seule ligne de métro de la ville.

L’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Ile-de-France retient aussi l’idée parmi les pistes sérieuses pour mettre fin aux heures de pointe dans une étude à paraître ces prochains jours et que 20 Minutes a pu consulter. « Depuis 1976, ces heures de pointe domicile-travail ont très peu évolué et restent très marquées », commencent Mireille Bouleau et Pascale Leroi, les deux auteurs. Et la polarisation de l’emploi francilien n’arrange rien. L’IAU a ainsi identifié 38 pôles qui totalisent à eux seuls 60 % de l’emploi dans la région.

Evolution des heures d'arrivée des déplacements domicile-travail depuis 1976.
Evolution des heures d'arrivée des déplacements domicile-travail depuis 1976. - / Graphique IAU

Une expérimentation à Plaine-Saint-Denis

Plaine-Saint-Denis, au nord de Paris, est l’un de ses pôles. Ces dernières années, de grands groupes y ont emménagé leurs sièges sociaux (Generali, Orange, SNCF, SFR…) et le territoire est irrigué par les RER B et D souvent remplis à ras bord. « Nous avons des pointes de chargement à 140 % le matin », abonde Carole Tabourot.

Bref, le terrain d’expérimentation parfait pour tester les horaires décalés. C’est ce que fait, depuis 2014, la Plaine-Saint-Denis avec SNCF Transilien. « La réflexion réunit six grandes entreprises qui comptabilisent 12 000 employés dont la majorité arrivent au travail autour de 9 h, précise Carole Tabourot. Plusieurs leviers ont été mis en place pour permettre à ces salariés de décaler leur arrivée au travail. Notamment les cadres dont les horaires sont plus flexibles. C’est parfois des mesures assez simples, comme ne pas caler de réunion avant 10 h ou de développer le télétravail les mardis et jeudis, deux jours traditionnellement tendus sur le réseau. »

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Pendant l’Euro, des courriels étaient aussi expédiés à 60 entreprises de la zone, avant les jours de matches, les invitant à prendre des dispositions pour éviter que leurs salariés se mêlent aux flux de supporters à la sortie du stade de France, tout proche. « Cela a très bien marché », poursuit Carole Tabourot.

Faut-il encore avoir envie de changer ces horaires…

Au-delà de ces mesures, la SNCF a aussi mené une étude sur les habitudes de ces 12 000 employés et la possibilité qu’ils ont ou pas de décaler leur arrivée au travail. Point positif, l’enquête a suscité 4 000 réponses, preuve que le sujet concerne. Autre point positif : « 15 % des répondants ont déclaré qu’ils pouvaient avancer ou retarder leur arrivée de travail d’une trentaine de minutes tous les jours sans que cela ne leur pose de gêne professionnelle ou personnelle », indique Emmanuel Munch, doctorant à l’ Ecole des Ponts et à SNCF Transilien.

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Mais faut-il encore que ces mêmes personnes aient envie de changer leurs horaires. « L’enjeu est là, reprend Emmanuel Munch. Entre 50 et 60 % des personnes interrogées ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas le faire. 20 % sont indécis et seulement les 20 dernières % se déclarent volontaires. »

Changer les habitudes de 10 % d’usagers 

Cela pourrait toutefois suffire. L’expérience rennaise l’a montrée : « En modulant les habitudes de 10 % des travailleurs, parfois juste de quinze minutes, on arrive déjà à améliorer les conditions de déplacement des usagers », indique Emmanuel Munch. A SNCF Transilien, on se dit en tout cas prêt à poursuivre plus loin l’expérience. « Une charte est en préparation pour engager un peu plus encore les entreprises prêtes à mettre en place des horaires décalés, confie Carole Tabourot. Nous cherchons aussi un deuxième terrain d’expérimentation en Ile-de-France. »