Gaspillage alimentaire: Phenix assure une seconde vie aux invendus des petits supermarchés

DONS ALIMENTAIRES La start-up vient d’être récompensée par la région Ile-de-France pour ses collectes qui permettent aux petites enseignes de distribuer leurs invendus à des associations…

Fabrice Pouliquen

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Phenix collecte les invendus alimentaires des petites surfaces alimentaires parisiennes pour les distribuer à des associations.
Phenix collecte les invendus alimentaires des petites surfaces alimentaires parisiennes pour les distribuer à des associations. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Des œufs, des tomates, des blinis, des yaourts, et puis toute une panoplie de salades préparées et de sandwichs sous vide. Une nouvelle fois, ce lundi, la collecte a été dense et variée pour Phenix. L’entreprise parisienne, lancée en mars 2014, s’est spécialisée dans la collecte des invendus alimentaires des supermarchés qu’elle distribue dans la foulée à des associations caritatives.

30 tournées auprès des petits supermarchés

Depuis février 2016, et la loi contre le gaspillage alimentaire, les grandes surfaces de plus de 400 m² ont l’obligation de récupérer et valoriser les denrées alimentaires dont la date d’expiration est imminente. Notamment en instaurant des conventions avec des associations caritatives en vue de dons.

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Les hypermarchés ont généralement peu de souci, les grandes associations venant toquer directement à leur porte avec leur camion prêt à charger. Phenix s’adresse aussi aux plus petits via des collectes de proximité lancées il y a un an et demi en Ile-de-France et pour laquelle la start-up vient d’être primée dans le cadre des « trophées mobilité » du Stif, le syndicat des transports d’Ile-de-France.

Puisque les invendus d’un petit magasin ne suffisent pas à eux seuls à remplir un camion, Phenix raisonne alors en « grappe », « des tournées courtes auprès de deux à sept commerces situés dans un même quartier, précise Virgile Ricart, chargé d’organiser ces tournées. Nous avons aujourd’hui une trentaine de grappes en Ile-de-France pour un total de 200 magasins collectés de 400 à 500 m² en moyenne. » Ces tournées sont régulières, ce qui permet de récupérer non plus seulement des produits secs, mais aussi des produits frais à date de péremption plus courte.

L’équivalent de 400.000 repas depuis mai 2015

Au bout de la chaîne, ce sont des associations caritatives franciliennes qui profitent de ces dons. Commela Cité du Secours Catholique de la rue de Charenton, un centre d’hébergement pour personnes en précarité sociale, qui réceptionnait la collecte ce lundi après-midi. « Depuis septembre, nous sommes ainsi livrés chaque début de semaine, explique Alexandra, éducatrice spécialisée au sein de la structure. Les 30 familles ou personnes seules qui vivent ici cuisinent en autonomie chez eux. Cette collecte leur permet alors d’obtenir des denrées gratuites et de diversifier leurs repas. C’est un gros plus que nous ne pouvions proposer jusque-là. »

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Outre des centres d’hébergements d’urgence, Phenix livre aussi des épiceries sociales et solidaires ou des associations d’aides alimentaires du type Restos du cœur. Soit au total près de 350 associations pour qui Phenix a collecté 250 tonnes de denrées alimentaires depuis mai 2015. L’équivalent de 400.000 repas.

Les petites surfaces y gagnent de l’argent

Les associations ne sont pas les seules à en profiter. Les petites surfaces aussi y gagnent. D’abord parce que Phenix, comme les autres entreprises sur cette niche, leur apporte une solution clé en main. Cela va de l’organisation de la collecte à la recherche d’associations en quête de denrées alimentaires.

Mais ces petits supermarchés récupèrent aussi de l’argent. « L’Etat leur permet de déduire de leurs impôts sur les bénéfices 60 % de la valeur d’achat des produits alimentaires qu’ils ont redistribués à des associations caritatives », explique Virgile.

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Phenix prend alors une commission sur les économies ainsi réalisées. Le reste va dans la poche du magasin. Sur l’année, ce ne sont pas des petites sommes. « Nous devons nous débarrasser en moyenne de 100 euros d’invendus alimentaires chaque jour, lance José Da Roché, directeur d’un supermarché de 1.000 m² collecté par Phenix, dans le 12e arrondissement. Si on peut en faire profiter les associations et récupérer un peu d’argent, tout le monde y gagne. »

220 Franprix d’ici février

Franprix, dont 149 magasins sont aujourd’hui collectés par Phenix à Paris, Lyon et Marseille, se montre pour l’instant prudent sur les bénéfices réalisés. « A ce jour, entre les sommes déduites des impôts et le coût que représentent ces collectes, nous sommes à l’équilibre sur ce projet », évalue un porte-parole de l’enseigne. Cela n’empêche pas Franprix de s’investir plus encore dans ces collectes, en confiant 220 magasins à Phenix d’ici février.