Saint-Denis : Samedi, la troisième ville d’Ile-de-France choisit un nouveau maire... et ce n'est pas si facile

POLITIQUE Didier Paillard a démissionné le 27 septembre dernier après douze années passées à la tête de la ville. Laurent Russier, son 12e adjoint, sera élu à sa place. Mais la méthode questionne…

Fabrice Pouliquen

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La ville de Saint-Denis (110.000 habitants) doit se choisir un nouveau maire samedi.
La ville de Saint-Denis (110.000 habitants) doit se choisir un nouveau maire samedi. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

On vote samedi matin à Saint-Denis. Rien à voir avec la primaire. Non, la troisième ville d’Ile-de-France, bastion communiste depuis 1944, doit se choisir un nouveau maire suite à  la démission surprise de Didier Paillard (Front de Gauche), le 27 septembre dernier. Après douze années passées à la tête de la ville, l’élu n’évoque pas des problèmes de santé mais l’envie que « de nouvelles énergies […] puissent s’exprimer ».

Un résultat connu d’avance

Cette élection n’a pas fait l’objet d’une intense communication. Sans doute parce que les Dionysiens ne sont pas appelés aux urnes. Le nouveau maire sera élu dans l’enceinte du conseil municipal, par les 55 conseillers qui le composent.

Sauf immense coup de théâtre, Laurent Russier devrait être le nouveau maire de Saint-Denis.
Sauf immense coup de théâtre, Laurent Russier devrait être le nouveau maire de Saint-Denis. - C. Delfino/ville de Saint-Denis

Sans doute aussi parce que le résultat est connu d’avance. Sauf coup de théâtre, Laurent Russier, 43 ans, maire-adjoint de Saint-Denis depuis 2014 et président du groupe Front de Gauche, lui succédera. Dès septembre, Didier Paillard a soumis son nom aux membres de sa majorité municipale pour lui succéder.

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Fin de la discussion ? C’est en tout cas ce que craint Corentin Duprey, conseiller municipal PS, groupe dans l’opposition à Saint-Denis. « Voilà pourquoi il vaut mieux parler d’une nomination que d’une véritable élection », estime-t-il. Au PS, on regrette alors une décision prise en catimini, « dans le meilleur des cas par quinze élus communistes réunis en conclave, poursuit Corentin Duprey. C’est un peu limite pour une ville de 110.000 habitants. »

Une tradition à Saint Denis

Mais à Saint-Denis, c’est une tradition. En 1993, Patrick Braouezec avait pris les reines de la ville choisi par Marcelin Berthelot qui venait de démissionner en plein mandat. De la même façon exactement, Didier Paillard succédait à Patrick Braouezec en décembre 2004. « Il n’y a rien d’illégal, d’accord, mais on n’est pas obligé de faire comme ça à chaque fois non plus, déplore  Philippe Caro, conseiller municipal dionysien qui a démissionné du groupe Front de Gauche en octobre.

C’est lui qui, le 27 septembre dernier, avait rendu public les rumeurs de démission de Didier Paillard dans un post de blog. « Il ne fallait pas que ça se fasse dans le secret, mais au contraire associer un maximum de gens au choix du prochain maire, explique-t-il. Nous aurions pu consulter les concitoyens qui ont fait campagne avec nous voir l’ensemble de la population. C’était d’autant plus important de le faire que Didier Paillard avait promis à plusieurs reprises qu’il irait au bout de son mandat. Il a rompu cet engagement fait aux Dionysiens. »

Pourquoi Laurent Russier ?

Et puis, pourquoi Laurent Russier ? Corentin Duprey comme Philippe Caro se posent aussi la question. « La logique aurait été de choisir Florence Haye, la première adjointe, estime le premier. Là, on choisit le 12e adjoint de la ville, inconnu de la population. Il est certes en charge d’un dossier clé – la réhabilitation du quartier centre-ville –, mais on ne peut pas dire qu’il ait brillé sur ce point à ce jour. » Philippe Caro, lui, pointe l’incapacité de Laurent Russier à maintenir l’unité dans le groupe Front de Gauche à Saint-Denis qu’il préside. « Six élus ont quitté le groupe depuis juin dernier après des désaccords », rappelle-t-il.

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L’élection de Laurent Russier pourrait accroître encore les dissensions dans le camp de Didier Paillard. Ce ne sont que des rumeurs puisque tout cela s’est fait dans le grand secret. « Mais Florence Haye et David Proult, adjoint à l’éducation, auraient aussi été intéressés par le poste », indique Corentin Duprey.

Madjid Messaouedene, conseiller municipal, membre du groupe Front de Gauche et partenaires, ne lève pas les doutes sur ce point. « Qu’il y ait eu des discussions entre Didier Paillard, Florence Haye, David Proult et Laurent Russier, c’est fort probable et tant mieux, indique-t-il. Mais je mets l’opposition au défi de retrouver un propos d’un membre du groupe Front de Gauche contestant au choix de Laurent Russier. »

Madjid Messaouedene l’assure alors : « Samedi, aucune voix de la majorité manquera à Laurent Russier. » Enfin si, au moins une : celle de Philippe Caro. « Je l’avais dit le 27 septembre dernier. Si la sagesse ne l’emportait pas, je me présenterais. C’est ce que je ferai samedi même si je sais que je n’aurai qu’une voix. » Le groupe PS aussi « prépare un coup », mais n’en dit pas plus à ce jour.

Contacté dès mardi, Didier Paillard n’a pas pu répondre à nos questions.