Paris: Si ça va mieux sur la ligne L, c’est en grande partie grâce à «Plus de trains»

TRANSPORTS Les associations d’usagers ne se mobilisent pas toujours en vain. La preuve avec « Plus de trains » qui a fait un gros travail sur la refonte de la grille horaire de la ligne L. Et ça porte ses fruits…

Fabrice Pouliquen

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Tout n'est pas parfait sur la ligne L, mais la régularité s'est toutefois améliorée depuis la refonte de la grille horaire il y a un an.
Tout n'est pas parfait sur la ligne L, mais la régularité s'est toutefois améliorée depuis la refonte de la grille horaire il y a un an. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Tout n’est pas parfait sur la ligne L, mais il y a indéniablement du mieux depuis un an. Le dernier point du Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France) sur la ponctualité des transports en commun franciliens, l’atteste. Ce train de banlieue, qui transporte chaque jour 300.000 voyageurs de l’ouest de l’Ile-de-France à la gare Saint-Lazare avec un stop à La Défense, a vu sa régularité passer de 83,3 % en 2015 à 89 % en 2016. Et ça, « c’est en grande partie dû à Plus de trains », répète Alain Krakovitch, directeur de SNCF Transilien.

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En 2013, « un ras-le-bol général »

Entre la SNCF et l’association, les relations n’ont pas toujours été cordiales. Arnaud Bertrand, président, et Alexia Dufaux, secrétaire générale, ramènent au début de Plus de trains. « Tout est parti d’usagers d’Asnières qui n’en pouvaient plus qu’au moindre problème, leur train les laisse en plan à l’arrêt Becon-Les Bruyères sans autre alternative que d’attendre les trains suivants bondés. »

Le collectif prend des photos, distribue des tracts, s’active sur les réseaux sociaux et se rend vite compte que le ras-le-bol est général sur la ligne. « C’est en cela que notre démarche a été inédite, estime Arnaud Bertrand. Quand vous allez voir la SNCF avec vos revendications locales, ils bottent en touche en vous disant que s’ils accèdent à votre demande, ils feront des mécontents à la gare suivante. Nous avons alors cherché des référents station par station chargés de remonter tous les problèmes, si bien que nous sommes parvenus à avoir une vision générale de ce qui n’allait pas sur la ligne L sud [vers Saint-Nom-la-Bretèche et Versailles]. »

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L’association devra ensuite se mobiliser de longs mois pour convaincre la SNCF de revoir l’organisation de la ligne. Jusqu’à une opération« carton rouge » à l’automne 2013. « Dans plusieurs gares de la ligne, plusieurs dizaines de personnes ont brandi un carton rouge sur les quais, se souviennent Arnaud et Alexia. C’était fort et le signe que vraiment cela allait mal. »

Moins de fréquence mais des trains à l’heure !

Toute fin 2013, la SNCF accepte de se mettre à table, mais prévient d’emblée : « On ne pourra pas mettre plus de trains pour La Défense. » « Cela tombe bien, nous ne le demandions pas, explique Arnaud Bertrand. A quoi bon imposer une forte cadence si, au moindre incident, le train suivant saute et tous les autres arrivent bondés et en retard ? Nous voulions juste des trains à l’heure et mieux répartis. »

Plus de trains et les ingénieurs de la SNCF entament alors une vaste refonte de la grille horaire de la ligne L sud. Jusque-là, les trains passaient suivant les stations et l’heure de la journée soit tous les quarts d’heure soit toutes les sept ou huit minutes. « Nous demandions à passer partout à un train toutes les dix minutes, raconte Arnaud Bertrand. Nous voulions aussi connecter plus de gares directement à La Défense, sans faire de changement. Comme Asnières, Bécon et Pont Cardinet. »

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Le travail s’étale sur près d’un an et, en décembre 2015, la nouvelle grille horaire est en vigueur. «La SNCF évoque 40 % de trains supprimés en moins sur la ligne et deux fois moins de trains arrivés en retard», indique Arnaud Bertrand. Si bien que désormais, le travail de Plus de trains est en passe de servir d’exemple. « Nous faisons en permanence des refontes de grilles horaires, rappelle Alain Krakovitch. Mais c’était la première fois que nous travaillions aussi étroitement avec une association. La grande force de Plus de trains est d’avoir compris nos contraintes et d’avoir saisi une vision de l’intérêt général des usagers de la ligne. »

Un travail à engager sur d’autres lignes

La ligne L nord (vers Cergy), mais aussi la ligne J, les RER A et C doivent aussi profiter d’une refonte des grilles horaires. Alain Krakovitch aimerait alors reproduire le même partenariat SNCF-associations. Arnaud Bertrand assure déjà avoir été contacté par des associations sœurs. « Sur la ligne J, elles se débrouillent déjà très bien. Mais nous allons apporter notre aide sur L Nord et le RER A [vers Cergy et Poissy]. »

Pas plus. Parce que tout ça prend du temps et qu’il n’y a que des bénévoles à Plus de trains. Surtout, l’association a un autre combat à mener sur sa ligne. « La majorité de nos trains ont 40 ans d’âges, c’est une autre cause fréquente de retard », observent Arnaud et Alexia. Vingt nouvelles rames – des Franciliens – ont été commandées sous l’ère Jean-Paul Huchon. Valérie Pécresse, nouvelle présidente de la région Ile-de-France, en a commandé 50 autres. « Si l’engagement n’est pas tenu, on le fera savoir », promet Arnaud Bertrand.