Paris: Lollapalooza, We Love Green, Weather... La capitale est-elle devenue une terre de festivals ?

EVENEMENT Présent au Chili, à Chicago ou encore à Berlin, le festival Lollapalooza se déroulera pour la première fois à Paris du 22 au 23 juillet. La mairie se félicite, des professionnels tremblent…

Romain Lescurieux
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Solidays 2015, illustration
Solidays 2015, illustration — SADAKA EDMOND/SIPA

Paris vibre. Après s’être implanté en Amérique du Sud, aux Etats-Unis à Chicago ou encore à Berlin depuis peu,le célèbre festival Lollapalooza se déroulera pour la première fois à Paris, du 22 au 23 juillet 2017 à l’hippodrome de Longchamp, sous la houlette du producteur de spectacles Live Nation.

Festival itinérant plutôt alternatif et underground à ses débuts dans les années 90, l’événement est désormais un mastodonte du genre capable d’aligner des artistes tels que les Red Hot Chili Pepper, Radiohead, Lana del Rey, New Order, ou encore le rappeur J.Cole. La mairie qui a donné son accord pour accueillir ce festival à Paris « après des mois de négociation » s’en félicite.

« C’est une excellente nouvelle d’avoir un des plus grands festivals du monde à Paris », réagit auprès de 20 Minutes, Bruno Julliard, premier adjoint à la Maire de Paris chargé de la culture. Car selon lui, Paris s’impose désormais sur la scène internationale des festivals.

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« Le festival n’est plus seulement un moment musical »

Si durant plusieurs années, Solidays, Rock en Seine et la Fête de l’Huma trustaient l’essentiel de l’offre musicale francilienne, depuis cinq ans, les festivals ne cessent de fleurir, à l’image de We Love Green, la Villette Sonique, du Weather Festival ou encore du Peacock Society.

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« Ces événements permettent aujourd’hui d’avoir une diversité que nous n’avions pas avant. Et qui attirent de nombreux spectateurs grâce à une qualité de la programmation, une attractivité des tarifs et de belles identités », assure Bruno Julliard. Car le public parisien sait ce qu’il veut et voit aussi dans ces rendez-vous des moments conviviaux et festifs. « Le festival n’est plus seulement un moment musical. Le public y va pour être ensemble et la demande est exponentielle », juge-t-on au sein d’un syndicat professionnel.

« L’attractivité des festivals en France est plus forte que jamais »

Malgré la baisse du tourisme en Ile-de-France, les festivals tiennent en effet le choc. We Love Green a par exemple enregistré en 2016, une augmentation du nombre de festivaliers de 40 %, ainsi que Solidays qui a établi son nouveau record de fréquentation en juin. « Je suis très heureux d’avoir tous les ans de nouvelles demandes d’organisateurs de festivals qui souhaitent poser leurs valises à Paris. C’est un signe d’attractivité de la capitale », commente Bruno Julliard. Une bonne forme constatée aussi par le CNV (Centre national de la chanson des variétés et du jazz), l’Irma (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) et la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).

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Dans une étude – le Barofest – publiée en avril 2016, ces organismes notent que « l’attractivité des festivals en France est plus forte que jamais ». Sur les 1.887 festivals de musiques actuelles recensés en France, plus de 200 se situent en Ile-de-France, et sont dotés d’un fort dynamisme. A noter qu’en 2015, le solde création-disparition de festivals est toujours positif. Mais pour certains professionnels du secteur, l’arrivée d’un géant comme Lollapalooza fait craindre une concurrence néfaste.

L’arrivée de Lollapalooza, « pas une bonne chose pour la diversité culturelle »

Si aucun artiste, ni le prix des billets (150 euros à Berlin) n’ont pour l’instant été communiqués pour cette manifestation qui se déroulera un mois après Solidays et environ une semaine après les Vieilles charrues, Aurélie Hannedouche, déléguée générale du SMA (Syndicat des musiques actuelles), s’inquiète pour la diversité culturelle.

« Depuis plusieurs années nous alertons et dénonçons l’arrivée de ces opérateurs venus investir un terrain qui n’est pas leur cœur de cible mais qui ont fait du festival un vrai business », explique la déléguée de SMA, dont ses adhérents sont les Transmusicales, le Cabaret Vert et la Route du Rock.

« Nous sommes vigilants à la santé des autres festivals »

Organisateur du Main Square et de Lollapalooza, Live Nation détient le site de réservation Ticketmaster et la filiale Artist Nation qui produit plus 350 artistes à travers le monde. De quoi générer, selon Aurélie Hannedouche, des « exclusivités » et « des têtes d’affiche faisant monter les prix » pour les autres festivals. « Ce n’est pas une bonne chose pour la diversité. Certains festivals vont en pâtir », dit-elle. De son côté, Bruno Julliard se veut rassurant.

« Nous n’avons pas dit oui tout de suite car nous sommes vigilants à la santé des autres festivals », affirme-t-il. Ainsi, la ville assure qu’elle sera attentive à la complémentarité entre les différentes manifestations et l’accessibilité des offres. A l’automne 2017, un bilan sera dressé. Et si Lollapalooza souhaite rester à Paris en 2018, « il faudra avoir rempli ces critères ».