Paris: John Hamon, le visage inconnu le plus connu de la capitale souhaite «interpeller la société»

ART Depuis quinze ans, il affiche ce même visage dans les rues de Paris. John Hamon reste pourtant un parfait inconnu. Alors qu’il projette désormais son œuvre sur la façade de monuments, il a accepté de répondre…

Propos recueillis par Romain Lescuieux
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John Hamon de John Hamon
John Hamon de John Hamon — John Hamon

Petites lunettes, cheveux en bataille et pull à capuche. Depuis près de quinze ans, les Parisiens croisent le regard et la dégaine juvénile de . Affiché au moindre coin de rue, ce visage inconnu - d’abord sans nom - est devenu au fil du temps le plus célèbre de la capitale. Sur Internet, même combat. John Hamon a des milliers de followers. Lui, ne suit personne, ne publie rien, et ne laisse traîner qu’une seule et unique phrase résumant la situation :   . De quoi alimenter les théories.

« Je suis le seul »

En 2006, un publicitaire expliquait à 20 Minutes être derrière cette « pure création » avec deux autres amis. « Non je suis le seul. Cette personne s’est fait passer pour moi », répond aujourd’hui John Hamon, qui dément totalement cette version.

Toujours est-il que dix ans plus tard, John Hamon, 34 ans, 19 à l’époque de ce cliché, assure-t-il, a décidé de projeter son œuvre sur la façade de monuments parisiens, à la nuit tombée. A son compteur, deux sorties nocturnes pour trois cibles : BNF, Invalides, tour Eiffel et une expédition avortée par la police à Notre-Dame (voir encadré). Alors qu’il promet d’« autres choses », il a accepté de se dévoiler (un peu) pour 20 Minutes.

Bonjour John Hamon, qui est John Hamon ?

Je suis artiste, je vis à Paris et j’y suis né.

Vous êtes le visage inconnu le plus connu des rues de Paris. Combien avez-vous collé d’affiches à Paris, en France et à l’étranger ?

Des milliers en France et à l’étranger le portait a été affiché dans plus de 33 pays et 77 villes.

Quel est le message derrière cette affiche et comment a germé l’idée ?

Je souhaite interpeller la société dans son ensemble et le monde de l’art en particulier sur ce que j’appelle l’« Art promotionnel ». Je réalise ainsi des œuvres en utilisant de façon systématique ce portait. Je résume aussi ma position par cette formule : « C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art. » Je développe cette analyse depuis 2001 à travers différents types de productions.

Vivez-vous de votre art ?

Non, mon travail n’est pas encore visible entre des murs. Il est donc difficile d’acquérir une de mes œuvres mais je fais le souhait de remédier à cette situation afin d’être représenté par une galerie idéale pour la nature de mes productions et de mes projets pour l’avenir. Je vais cependant très prochainement réaliser différentes expositions au , à la  , et par la suite dans certains musées internationaux comme le musée Guggenheim de Bilbao.

En quinze ans, qu’est ce qui a changé chez vous et dans votre travail artistique ?

La démarche reste la même car je fais toujours de ma promotion en tant qu’artiste mon travail artistique mais les techniques que j’utilise évoluent. Je peux par exemple utiliser un véhicule ou de l’espace publicitaire, faire une soirée événementielle, réaliser des projections, je suis aussi en train de transformer cette photographie en une mascotte qui va bientôt pouvoir se mouvoir physiquement. Je souhaite aussi créer un personnage de fiction avec les traits physiques de ce portrait et qui pourra évoluer dans différents univers allant de la bande dessinée, en passant par les jeux vidéo ou les clips, voire dans un film. Je m’intéresse aussi beaucoup à la robotique et aux nouvelles technologies donc il est possible que j’oriente certaines de mes productions dans ce sens.

Pourquoi être passé à la projection de votre affiche sur des monuments parisiens ?

C’est surtout une technique qui me permet de passer de l’affichage sur des murs ou différents types de mobilier urbain à de la projection sur des monuments d’architecture, de patrimoine et d’histoire qui sont d’une portée bien plus importante et intéressante. J’avais commencé à expérimenter ce procédé en 2002 au palais de Tokyo pendant les vernissages des expositions sur la façade du musée mais les technologies ne me permettaient pas encore de le faire à plus grande échelle donc j’ai dû patienter pour pouvoir développer cet aspect de mon travail.

Si sa pratique d’affichage sauvage dans les rues est illégale, mais globalement tolérée dans le cas de John Hamon, qu’en est-il de la projection sur des monuments ? « A priori, rien de délictuel », répond-on à la préfecture de police de Paris. « Si c’était de la publicité, il y aurait délit. Mais là, il ne dégrade rien », ajoute de son côté la Mairie de Paris. Son interpellation à Notre-Dame n’a d’ailleurs débouché sur une aucune sanction.