Assaut de Saint-Denis, un an après: Que sont devenus les sinistrés du «48»?

COMMEMORATIONS Un an après l’assaut du Raid, les 90 habitants du 48, avenue de la République à Saint-Denis n’ont pas tous été relogés et courent toujours après la reconnaissance du statut de victime…

Fabrice Pouliquen

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L'immeuble du 48, avenue de la République, le 18 novembre 2015 après l'assaut du Raid.
L'immeuble du 48, avenue de la République, le 18 novembre 2015 après l'assaut du Raid. — AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

« Ils ont fait du bon boulot », ironise N’Goran Ahoua en balayant du regard le crépi neuf qui recouvre façade du 48, rue de la République à Saint-Denis. Il n’y a, c’est vrai, plus aucune trace des 1 500 balles tirées par le Raid, le 18 novembre 2015, pour déloger une partie des auteurs des attaques du 13-Novembre retranchés dans l’immeuble.

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N’Goran aimerait que ça aille aussi vite pour les 90 autres personnes qui habitaient là comme lui. Mais, un an après l’assaut, les situations patinent, les nerfs sont à vif. N’Goran Ahoua, sa femme et son jeune fils font presque figure de chanceux. « En janvier, nous avons été relogés dans une HLM à Saint-Denis, précise-t-il. L’appartement est plus grand que ce que nous avions avenue de la République. Le loyer est moins cher. »

N’Goran Ahoua, président de l'association
N’Goran Ahoua, président de l'association - F. Pouliquen / 20Minutes

24 ménages toujours à reloger

N’Goran, devenu président de l’association des habitants du 48, rue de la République, tient des comptes précis. Vingt et un ménages ont été relogés en HLM de façon pérenne. En grande majorité à Saint-Denis. Il en reste 24 qui patientent encore dans des logements provisoires. Les célibataires à l’hôtel, les familles en résidence sociale. Comme Léandro Mendes Dos Santos ou encore Chafia Atek. « Ce n’est plus le gymnase, certes, mais notre situation est toujours précaire et provisoire, lance le premier. Ici, ce n’est pas chez nous ! Même recevoir notre courrier est compliqué. »

Leur trouver une solution est l’une des batailles de N’Goran Ahoua et de son association. Il y en a deux autres : la régularisation à titre humanitaire des 24 personnes qui vivaient dans l’immeuble sans titre de séjour et la reconnaissance du statut de victimes du terrorisme.

« Des victimes de second rang ? »

Sur ces deux dossiers, les sinistrés du « 48 » n’obtiennent que des demi-avancées. « Nous avons obtenu 21 régularisations, mais cela bloque pour trois personnes sans qu’on nous dise pourquoi », illustre N’Goran. Quant au statut de victime du terrorisme, les délogés de Saint-Denis comprennent peu à peu qu’ils n’en auront pas droit. « A la place, on leur propose le statut de victimes d’une intervention policière en responsabilité sans faute, raconte Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (DAL). Autrement dit, on les considère comme des victimes de seconde catégorie. »

C’est aussi ce que craint N’Goran Ahoua : « Les indemnisations seront sans doute moindres et ce statut ne nous donnerait pas non plus droit à un suivi psychologique dans la durée. Nous en avons pourtant grand besoin. »

Mais sur ce point aussi, c’est flou : « Les premières propositions d’indemnisation tombent tout juste sur le préjudice matériel, indique Jérôme Jannic, directeur de SOS Victimes 93 qui a aidé les sinistrés du 48 à constituer leurs dossiers. Il restera ensuite à régler le préjudice psychologique. »

« Ils n’auraient rien eu sans ces actions collectives »

Bref, les indemnisations ne sont pas pour tout de suite. « D’autant que les assurances, pour ceux qui en ont une, demandent qu’on ait ce statut de victime pour débloquer les aides », souligne Chafia Atek. Depuis l’assaut, les sinistrés du 48 n’ont pu qu’accéder une fois à leur appartement. « Juste pour récupérer des papiers, le reste de toute façon a moisi », poursuit Chafia. En attendant, nombreux sont ceux qui ont avancé les frais. Pour racheter des vêtements ou un ordinateur, par exemple, pour N’Goran, informaticien.

« Tout cela ne va pas », s’insurge alors Jean-Baptiste Eyraud. Le porte-parole du DAL reconnaît que le dossier est complexe et que les habitants du 48 ont obtenu des avancées. « Mais au prix de combien d’efforts ? peste-t-il. Ils ont dû se constituer en association, manifester devant le ministère de la Justice, occuper la basilique Saint-Denis. Ils n’auraient rien eu sans ces actions collectives. »

« Nous sommes des oubliés de la République », répète N’Goran Ahoua. D’ailleurs, dimanche, « les sinistrés du 48 » n’ont pas été conviés aux commémorations des attentats du 13 novembre. « Tant pis, poursuit N’Goran. On fera quelque chose de notre côté le 18 novembre. On prévoit une grande fresque avec les photos qui retraceront notre combat depuis un an. »