VIDEO. Le 13 novembre, un an après: «Ils peuvent détruire ce bar, j’irai danser dans celui d’à côté»

ATTENTATS Les habitués du vivant 11e arrondissement disent ne pas avoir changé leurs habitudes depuis les attaques terroristes qui ont particulièrement ciblé ce quartier parisien, il y a un an…

Romain Lescurieux
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Un bar parisien quelques jours après les attentats
Un bar parisien quelques jours après les attentats — SIPA PRESS

Deux filles dansent et s’enlacent, tandis qu’au bar, Florent parle à Amandine. « Et là, elle me dit j’ai embrassé ton pote, mais finalement c’est toi que je veux. » Il est près de 23 heures, un jeudi soir, dans un bar du 11e arrondissement. A cet instant, derrière un zinc collant, le barman remet des bouteilles au frais et derrière les platines, le DJ anime la piste en remixant une symphonie de Beethoven. Une soirée comme tant d’autres, dans ce quartier particulièrement ciblé par les attaques terroristes, il y a près d’un an. Depuis, les choses ont-elles changé ?

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« On veut montrer qu’on est là, qu’on est vivant »

A une terrasse à quelques mètres, Juliette, 23 ans, habitante du 11e arrondissement est entourée de ses amies. « Le fait de savoir qu’une chose horrible peut arriver, me donne envie de vivre et de m’amuser et nous sommes là pour ça », lâche-t-elle. Ses acolytes acquiescent et tirent sur leur cigarette. Non, loin, un groupe est également à l’extérieur d’un bar pour fumer. Habitants du 11e, pour eux non plus « rien n’a changé ». « Ça nous a affectés parce que c’est Paris, c’est notre ville et le 11e, notre ter-ter [quartier], mais on a continué », se félicite Tiphaine, 20 ans, enroulée dans son manteau. Son pote Ryan, le même âge, se lance dans un monologue inspiré, sous le regard de ses amis.

« Si je ne sors pas faire la fête, prendre ma bière avec mes potes, dans mon quartier, je deviens dépressif. On a besoin de ça », dit-il. « On veut montrer qu’on est là, qu’on est vivant. Ils peuvent détruire ce bar, j’irai danser dans celui d’à côté », conclut le jeune homme. Une énergie qui ne peut toutefois occulter la sécurité massive en France et à Paris, entre l’état d’urgence, le renforcement du plan Vigipirate, l’opération Sentinelle et les plus petites modifications du quotidien.

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« Les Parisiens ressortent »

Dany a 37 ans et habite le 11e arrondissement depuis cinq ans. « Il y a plus de sécurité dans la rue, autour de certains endroits et des changements de digicode plus fréquents dans mon immeuble », note-t-il. Après la tuerie au Bataclan, les salles de spectacle – notamment très présentes dans le quartier – ont dû aussi multiplier leur recours aux vigiles « pour s’adapter à ce nouveau risque », explique à l’AFP, Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss, syndicat national du spectacle musical et de variété.

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Si dans les quatre jours qui ont suivi l’attaque du Bataclan, les ventes de billets avaient baissé de 80 %, sur un an, la fréquentation des salles de spectacle a toutefois résisté avec une baisse de seulement 2 % en un an et a été « supérieure aux résultats de 2014 », selon une enquête Harris Interactive pour le Prodiss publiée en octobre. « Depuis quelques mois, Il y a regain. Le moral revient et les Parisiens ressortent », se réjouit Michel Bénezet, président des cafés, bars, brasseries au Synhorcat.

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« Mes voisins sont partis pendant ces attentats et on continue pour eux »

« Dans le 11e, c’était très calme pendant trois semaines. Nous avions peur que tout ça change et finalement, c’est très vite revenu. Ça peut arriver n’importe où de toute façon. Il ne faut pas s’arrêter de vivre. Ce quartier, c’est les amis. Mes voisins sont partis pendant ces attentats et on continue pour eux. Ils étaient là pour faire la fête. Ils ne se sont pas posés de questions. Pourquoi s’en poser ? », répète Dany en admirant l’effervescence de sa rue.

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« Je ne me prends pas la tête, mais je préfère les soirées à domicile », glisse de son côté, Clément, 30 ans. Milena, 30 ans aussi, fume en terrasse avec Eva, 27 ans. « Dès le lendemain, j’étais en terrasse. Le sentiment de peur s’est vite estompé. Il faut profiter tant qu’on peut et on le fait », s’exclame la première, avant de rentrer dans le bistrot.

Quelques heures plus tard, dans le bar au zinc collant, Florent et Amandine continue d’évoquer leurs conquêtes et la piste de danse ne cessera de vibrer.