Le 13 novembre, un an après: «Faire la fête est la seule réponse à Daesh»

INTERVIEW Ancienne avocate et militante pour la dignité et les droits humains, Danielle Mérian, 78 ans, avait adressé au lendemain des attentats un message de fraternité très remarqué. Un an après, elle n’a rien lâché…

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Danielle Mérian dans son appartement du 11e arrondissement
Danielle Mérian dans son appartement du 11e arrondissement — R.LESCURIEUX

Porteuse d’espoir. Au lendemain des attaques faisant 130 morts en plein Paris, une femme se dresse comme symbole de résistance et de vivre ensemble. Un an après, Danielle Mérian, 78 ans, ancienne avocate et présidente de SOS Africaines en Danger, revient pour 20 Minutes sur ce moment, sur l’avenir, la jeunesse et la fête…

Le 14 novembre, vous évoquez le livre Paris est une fête et vous appelez à fraterniser « avec les cinq millions de musulmans » pour se battre contre « dix milles barbares ». Pourquoi cette œuvre d’Hemingway est tombée sous le sens ?

Ce jour-là, j’ai apporté des fleurs et parmi les hommages, j’ai vu deux exemplaires de Paris est une fête d’Ernest Hemingway. J’aurais aimé rencontrer les génies qui ont posé ces livres à cet endroit. Toujours est-il qu’à ce moment-là, à cette seconde précise, je me suis dit : de par son histoire et son titre, c’est exactement la réponse à Daesh. Parce qu’ils assassinent ceux qui font la fête, ceux qui aiment les restaurants, les cafés, les théâtres, la musique, ceux qui sont jeunes et joyeux. La vie. Quand Hemingway raconte la sienne à Paris dans les années 1920, avec sa femme et ses amis, dans l’entre-deux-guerres, ils sont jeunes, ils sont fauchés mais ils sont heureux. Et c’est très beau. Fraternisons, résistons, vivons ensemble et qu’on ne prenne pas les Musulmans pour boucs émissaires car ce sont les premières victimes de Daesh.

En 28 secondes de séquence sur BFM TV, vous devenez l’incarnation de l’espoir. Comment avez-vous vécu cela ?

J’ai été surprise. Sans doute comme le journaliste qui m’a interviewé et ne s’attendait pas à cette réponse. Quand Karim Boukercha m’a finalement trouvée après avoir cherché une « Danielle » dans les associations humanitaires, il m’a envoyé un bouquet, puis a lancé une cagnotte. Il y a eu 1.800 donateurs et 16.000 euros récoltés, distribués à mes associations. Depuis, ma vie a changé. Des jeunes, s’arrêtent pour savoir s’ils peuvent m’embrasser, prendre un selfie alors que je ne savais même pas ce que c’était avant novembre dernier. La plupart du temps, les gens me remercient. J’ai assisté à de beaux moments de fraternité.

La jeunesse a été particulièrement visée le soir du 13 novembre et on a beaucoup parlé de cette génération Y, Bataclan ou encore sacrifiée. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes ?

Mon livreNous n’avons pas fini de nous aimer est un murmure à la jeunesse. J’y explique mes luttes, mes rencontres, mes coups de cœur et j’espère que ça donnera envie aux jeunes de s’engager et d’agir. On peut tout faire, il suffit de s’y mettre ensemble. Car si on ne se met pas à bâtir la fraternité, la guerre, les tortures et les exécutions continueront. J’ai foi en la jeunesse, j’attends tout d’elle et j’espère qu’elle fera mieux que ma génération. Vive la jeunesse.

2017, année électorale. On parle souvent de jeunes qui ne se sentent pas forcément représentés et qui ont envie d’autre chose. Qu’en pensez-vous ?

Elle a sûrement envie d’autre chose mais elle est mal barrée avec les vieux qui se présentent à la présidentielle. Néanmoins, ça ne justifie pas l’abstention. Il faut voter.

Comment voyez-vous l’avenir ?

La société civile m’enchante, il y a un dialogue entre les religions et nous avançons sur les droits humains. Après, nous sommes toujours sous le coup de l’état d’urgence et c’est une aberration qui doit bien faire plaisir à Daesh mais pas à la liberté. Désormais, on attend le prochain attentat, où et quand ?

Malgré tout, un an après, Paris est une fête ?

Faire la fête est la seule réponse à Daesh. Et Paris reste une fête. Par exemple, dans le 11e, les cafés et les restaurants sont remplis, de jour comme de nuit. Il y a une effervescence et une joie de vivre. Les gens ne sont pas terrés chez eux, ils vivent. Tant mieux, car la vie est formidable. Ce serait dommage de vivre dans la peur.