Paris: Malgré une rupture de bail, une association de quartier du 20e refuse de rendre les clés

SOCIETE Le bail de l’association Solidarité Paga Lagny Davout, créée par des mères du 20e arrondissement, n’a pas été renouvelé à cause d’une altercation entre des jeunes du quartier et les agents du bailleur…

Romain Lescuieux
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Le local de l'association Solidarité Paga Lagny Davout se situe au 31 bouleavrd Davout (20e arrondissement)
Le local de l'association Solidarité Paga Lagny Davout se situe au 31 bouleavrd Davout (20e arrondissement) — Google Maps

« Nous ne rendrons pas les clés », s’exclame Habibatou Traoré, présidente de . Créée par des mères du quartier de la Tour-du-Pin, cette structure du 20e arrondissement organise depuis 2008 du soutien scolaire, des actions de prévention contre la délinquance, des cours de français pour les adultes et de l’accompagnement pour les recherches de stage, de formation et d’emploi.

Une offre sociale désormais en sursis car le bail du local n’a pas été renouvelé. Alors, ce mercredi, date officielle de restitution des clés, ils étaient une trentaine à se mobiliser en réfutant notamment les raisons de cette rupture.

« Eu égard, à vos agissements, dans le local… »

Dans une lettre datée du 9 septembre, que 20 minutes a pu consulter, le bailleur social, RIVP (  ), explique sommairement sa décision. « Eu égard, à vos agissements, dans le local que nous vous louons et aux plaintes déposées pour ce motif, nous ne souhaitons pas que le bail se reconduise tacitement (…). Vous devez débarrasser les lieux de l’ensemble des meubles et objets s’y trouvant, et procéder au nettoyage des lieux. » Que s’est-il passé ?

Le 29 avril, une altercation éclate dans la résidence du 31, boulevard Davout entre des jeunes et des agents du GPIS (). « L’un des jeunes est alors venu se réfugier dans notre local », explique Habibatou Traoré. « Mais nous n’avons rien à voir avec cet accrochage », soutient-elle. Pour elle, la RIVP – dont la présidente est   – se « sert d’un événement extérieur à notre association pour justifier leur volonté de casser le tissu associatif de notre quartier ». De son côté, Frédérique Calandra tient à recadrer les faits.

« Menace au couteau » et « jet de projectiles »

« En 2008, je me suis rendu à la naissance de cette association. Je la soutenais car je trouvais que leur démarche était bonne », affirme-t-elle. De 2010 à 2013, les locaux sont même prêtés par la RIVP, puis le loyer s’établit à 5.000 euros par an. « Et nous avons toujours été bons payeurs », souligne Habibatou Traoré qui explique avoir « continué de développer l’activité de l’association auprès des familles ainsi que des jeunes filles et des jeunes garçons ». Mais en juin 2016, la maire d’arrondissement , reçoit un courrier de la part du commissariat central du 20e.

Dans cette missive, le commissaire évoque « des troubles et une insécurité au 31, boulevard Davout » précisant que « le local est détourné de son usage et sert de point de repli nocturne pour de jeunes délinquants qui fument du cannabis (…) » car « les clefs du local leur sont laissées », commente Frédérique Calandra. Le commissaire revient aussi sur l’accrochage du 29 avril. Ce soir-là, l’un des jeunes se serait bien réfugié dans le local à la suite d’un contrôle de la GPIS, mais en est ressortis « avec des renforts » qui ont « menacé les agents avec couteaux et ont jeté des projectiles ». « Le GPIS a alors appelé la police et une plainte a été déposée », mentionne Frédérique Calandra qui ne voit alors qu’une solution : la rupture du bail.

Ultime rendez-vous

« Je ne peux pas continuer à laisser les clefs à la présidente de l’association. Nous cherchons actuellement des solutions pour maintenir le soutien scolaire dans le quartier, pourquoi pas avec cette association mais sans gestion d’un local », affirme-t-elle. Habibatou Traoré a, elle, demandé un rendez-vous à la RIVP pour contester la décision et ces « graves accusations tenues à l’encontre de notre structure associative, dévalorisant, le travail mis en place par les mères depuis des années ».

« Nous allons les recevoir, mais si elles refusent de rendre les clefs, nous enclencherons une procédure d’expulsion », tranche Frédérique Calandra.