Et si on faisait des immeubles en terre à Paris ?

URBANISME C’est la question que pose « Terres de Paris », la nouvelle exposition du Pavillon de l’Arsenal à Paris. C’est qu’on extrait des millions de tonnes de terre des différents chantiers en Ile-de-France chaque année. Sans savoir trop quoi en faire…  

Fabrice Pouliquen

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Une vingtaine de millions de tonnes de terre sont extraits chaque année des chantiers franciliens. Lancer le diaporama
Une vingtaine de millions de tonnes de terre sont extraits chaque année des chantiers franciliens. — Photo Schnepp Renou

20 millions de tonnes de terres sont extraites chaque année en Ile-de-France des multiples chantiers qui y sont réalisés. De quoi en remplir des stades de foot. Ce n’est pas plus qu’une autre grande métropole mondiale », note Paul-Emmanuel Loiret, architecte, co-fondateur du cabinet Joly & Loiret.

« Une petite partie seulement est revalorisée »

Mais la construction du Grand Paris Express - ses 200 km de voies et ses 68 nouvelles gares- fera grimper ce chiffre. « La Société du Grand Paris table sur 43 millions de tonnes de déblais qui seront générées par le chantier sur quinze à vingt ans, indique Benjamin Tilliet, directeur du développement à l’ECT, entreprise spécialisée dans la gestion et le stockage des remblais. Cela représente quatre à cinq millions de tonnes de terre supplémentaires par an. »
De quoi craindre un gros gâchis. Car c’est tout le problème aujourd’hui. Seule une partie de cette terre est revalorisée. « Pour remblayer les abords d’autoroutes, construire des murs antibruit, aménager des parcs urbains, celui de La Courneuve par exemple, végétaliser les toits… », liste Benjamin Tilliet.

Déjà des immeubles en terre à Lyon

Que faire du reste ? Et si de cette terre, on en faisait des immeubles ? C’est la question que pose Terre de Paris, nouvelle exposition du Pavillon de l’Arsenal, le centre d’information dédié à l’urbanisme et à l’architecture de Paris.

L’idée n’a rien de novatrice. Construire un habitat en terre est peut-être même la plus ancienne technique au monde. « 20 % du patrimoine en France est construit en terre crue, rappelle Romain Anger, chercheur, spécialiste du matériau terre, au Centre international de la construction en terre (CRAterre), basée à Grenoble, mais aussi aux Grands Ateliers, à Villefontaine. Ce patrimoine se trouve essentiellement en milieu rural. Typiquement, il s’agit de fermes. Mais il y a aussi, en France, des centres historiques de villes construits en terre. » A Lyon par exemple qui compte des immeubles de quatre ou cinq étages construits en terre et vieux de plusieurs siècles.

Une tour de 45 mètres recalée à « Réinventer Paris »

Dans l’ensemble, toutefois, les immeubles en terre se font rares. Voire inexistants comme à Paris par exemple. Le béton, plus résistant et nécessitant moins de main-d’oeuvre, lui a été peu à peu préféré. Mais en 2016, la terre a de nouveau une carte à jouer. « Parce que la matière est là, à nos pieds, parce que la terre a une empreinte carbone quatre fois moindre que le béton, et parce que nous avons emmagasiné une connaissance scientifique de la terre très importante, liste Paul-Emmanuel Loiret.

Son cabinet d’architecture avait proposé une tour de 45 mètres en terre, sur le site de la gare Massena dans le cadre de l’appel à projet « Réinventer Paris ». « Pour être précis, l’enveloppe du bâtiment était en terre, mais les éléments porteurs en béton, poursuit Paul-Emmanuel Loiret. C’est justement ça qui est intéressant aujourd’hui. La terre peut être utilisée dans une multitude de techniques et mariée à différents matériaux. »

Le cabinet d'architectes Joly & Loiret avait proposé une tour en terre dans le cadre de l'appel à projet
Le cabinet d'architectes Joly & Loiret avait proposé une tour en terre dans le cadre de l'appel à projet - JOLY&LOIRET

« Avec 100 tonnes, on fait un logement »

Le projet a finalement été recalé, mais Paul-Emmanuel Loiret garde espoir de voir un immeuble en terre se dresser dans le ciel parisien. « Avec 100 tonnes de terre, on fait un logement, évalue l’architecte. Bien sûr, toute cette terre extraite en Ile-de-France ne sera pas utilisable, mais si sur ces 400 millions de tonnes, on en revalorise 25 %, ce sera déjà très bien. »