Toxicomanie: On a visité la première «salle de shoot» à Paris

DROGUES C'est ce vendredi qu'ouvre la première salle de consommation de droques à moindre risque à Paris. Et tout est déjà prêt pour accueillir les premiers toxicomanes...

Fabrice Pouliquen

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La salle d'injection comprendra douze box, certains individuels et d'autres collectifs.
La salle d'injection comprendra douze box, certains individuels et d'autres collectifs. — F. Pouliquen/20minutes

L’eau stérile, les tampons ou encore des seringues de toutes les tailles sont déjà rangés dans les tiroirs. Quant à l’équipe Gaïa, qui gérera les lieux, elle est déjà en poste.

La salle de consommation à moindre risque (SCMR), appelée communément « salle de shoot », est fin prête pour accueillir ses premiers usagers toxicomanes. Ce sera vendredi. Mais l’espace a vécu ce mardi une première journée mouvementée avec la visite de la ministre de la Santé Marisol Touraine. L’occasion de faire le tour du propriétaire.

Où se situera cette SCMR ?

A deux pas de la gare du Nord, au 4, rue Ambroise-Paré. Le numéro n’étant pas affiché, c’est le 15, juste en face, qui fait office de repère. Le bâtiment, de 435 m², est dans l’enceinte de l’hôpital Lariboisière. « Mais l’entrée se fait par la rue, sans communiquer avec l’hôpital », précise le Dr Elisabeth Avril, directrice de l’association Gaïa.

Pourquoi ce quartier ?

Il n’a pas été choisi au hasard. La gare du Nord et ses abords constituent la plus importante zone de consommation de drogue de la capitale. «Le distributeur de seringues, installé dans le quartier, est celui qui en distribue le plus à Paris, et de très loin », illustre Bernard Jomier, adjoint d’Anne Hidalgo chargé de la santé.

Comment se fera la prise de drogue dans cet espace ?

S’il s’agit de son premier passage, l’usager devra passer au préalable un entretien avec une assistante sociale. Le temps de faire un point sur son parcours, ses habitudes de consommations et obtenir son engagement à respecter le règlement des lieux.

Ensuite, c’est un peu comme à la sécu. Après avoir montré le produit qu’il souhaite consommer, le toxicomane obtient un ticket et patiente dans la salle d’attente jusqu’à ce que son numéro s’affiche. Il accède ensuite aux salles de consommation de drogue à proprement dire. Il y en a deux.

La première pour les drogues injectées comprenant douze box. La seconde pour les drogues inhalées. A chaque fois, le toxicomane arrive avec sa drogue mais utilise le matériel stérile et les seringues propres mises à disposition. Il pourra rester 20 à 30 minutes avant de laisser sa place à d’autres et se diriger vers la salle de repos.

Comment seront supervisées les prises de drogues ?

Seize équivalents temps plein seront affectés à cette salle de consommation à moindre risque. Il y aura au moins six personnes de l’association en permanence sur site. Dont deux dans les salles de consommation, parmi lesquels un infirmier. « Ils n’aideront pas physiquement à l’injection mais donneront des conseils. », insiste Elisabeth Avril.

« Leur rôle premier sera de prévenir les overdoses et de s’assurer que les prises de stupéfiants se fassent dans les meilleures conditions sanitaires possibles », poursuit Elisabeth Avril.

L’équipe Gaïa comprendra aussi un médecin, des assistants sociaux, des éducateurs et des agents de sécurité.

Qui pourra accéder cette salle ?

Il faudra avoir plus de 18 ans mais aussi être un consommateur principalement de drogues injectables, comme l’héroïne ou le sulfate de morphine. Gaïa attend en moyenne 200 visiteurs par jour. L’une des craintes exprimées par les riverains est que cette salle de shoot attire dans les environs des toxicomanes d’autres quartiers. « On sait par expérience que les gens achètent et consomment dans les quartiers où ils sont. Ils n’auront aucun intérêt à se déplacer jusqu’à la gare du Nord », répond Elisabeth Avril

Pour Bernard Jomier, l’intérêt de cette salle est au contraire un moyen d’améliorer la tranquillité publique du quartier. « Nous avons déjà sur place une présence de toxicomanes pour beaucoup très précarisés. Cette salle permettra d’éviter les prises de drogues dans la rue et, bien souvent, les seringues laissées par terre. »

D’autres SCMR à venir à Paris ?

Celle qui ouvre à Lariboisière se veut une expérimentation, même si prévue sur une longue durée. « Six ans. Nous ferons bilan à l’issue des six premiers mois d’ouverture, annonce Bernard Jomier, d’ores et déjà optimiste. Les villes qui ont ouvert une SCMR en ont souvent ouvert d’autres rapidement. »