Paris: Le vol de poussettes, le nouveau dada des gangs de voleurs

SOCIETE Un gang a dérobé 160 poussettes dans des crèches parisiennes pour un préjudice estimé à plus de 100.000 euros. Ce phénomène qui tend à s’accentuer est pris très au sérieux par la police…

Romain Lescurieux

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Des poussettes, des armes et de l'argent en liquide ont été saisis lors de l'interpellation
Des poussettes, des armes et de l'argent en liquide ont été saisis lors de l'interpellation — R.LESCURIEUX

C’est une affaire qui « change de la came », glisse une source policière, et pourrait prêter à faire sourire. Pourtant, elle est prise très au sérieux. Les policiers de la préfecture de police ont démantelé un gang de voleurs de poussettes, a indiqué ce jeudi le commissariat du 5e arrondissement de Paris, en charge de l’enquête.

Quatre personnes, trois femmes et un homme – mineurs et majeurs – ont été interpellées le 17 septembre dans le Val-de-Marne et dans l’Essonne. Déférés devant la justice, les auteurs présumés – connus des services de police – risquent jusqu’à 15 ans de prison pour vol en bande organisée. A leur compteur : 160 poussettes dérobées uniquement dans des crèches de la capitale et de la petite couronne entre août 2015 et août 2016, pour un préjudice estimé à plus de 100.000 euros. Et ce, toujours avec le même mode opératoire.

Ils « pénétraient dans le local à poussettes » parfois avec des pinces

Selon la commissaire de police Eva Devictor, chef du service d’investigation du commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris, plusieurs individus, parfois accompagnés d’enfants pour ne pas attirer l’attention, « pénétraient dans le local à poussettes de crèches parisiennes, avant de les dérober », parfois avec une pince pour faire sauter les antivols, et repartir en voiture.

Ces individus, « des gens du voyage », note Eva Devictor, avaient mis en place « un véritable réseau » de vol et de recel de poussettes, via des sites Internet de vente entre particuliers. D’après les enquêteurs, le nombre de poussettes dérobées pourrait même être plus élevé, tous les vols n’ayant probablement pas été signalés à la police. Toutes ou presque ont en tout cas comme point commun d’appartenir à la catégorie des marques haut de gamme : Yoyo, McLaren et Bugaboo.

« Nous n’avons pas l’habitude de travailler sur les poussettes mais vu leur valeur, ce n’est pas une surprise », a tenu à ajouter Eva Devictor, remarquant une recrudescence importante de ces vols. « Ces biens dont le prix est estimé entre 300 et plus de 1.000 euros pièce sont extrêmement prisés », conclut-elle.

Magasins spécialisés cambriolés et parents inquiets

Beaucoup de parents y ont en effet été confrontés. « Notre poussette a été volée en novembre 2015 dans une crèche des Hauts-de-Seine », témoigne Anne. Au total, trois poussettes entreposées dans le local ont été volées le même jour dans la crèche de sa fille. « Dans un contexte sécuritaire assez tendu, les parents ont très mal vécu l’intrusion de personnes de l’extérieur à l’intérieur de la crèche », ajoute-t-elle.

Loïc, Parisien, s’est également fait voler sa poussette récemment. « Elle a été dérobée début août dans l’entrée de notre immeuble », explique-t-il. Après avoir porté plainte, Loïc a toutefois retrouvé sa poussette… sur Le Bon Coin. Achetée 600 euros, elle était revendue 160 euros sur le site Internet. Il est parvenu à la récupérer et l’a depuis équipée d’un antivol, mais le jeune homme reste lucide. « Si quelqu’un veut à tout prix la voler, il la volera », dit-il. Et les magasins spécialisés ne sont pas en reste dans ce trafic.

« Nous avons été cambriolés à deux reprises dans la même journée. Des personnes entraient et repartaient avec la poussette », explique la responsable du magasin New Baby dans le 19e arrondissement, précisant voir de plus en plus de parents désireux de s’équiper d’antivols spéciaux ou à vélo. La police, elle, invite les parents victimes à porter plainte et les crèches à sécuriser leurs locaux.

Les crèches s’adaptent

Face à ce phénomène, des consignes ont été données par la Direction des familles et de la petite enfance (DFPE) de la ville de Paris. Selon la mairie, les crèches doivent veiller à ce que tous les organes de fermeture soient toujours en parfait état de fonctionnement (portes d’entrée, grilles, digicodes, visiophones, serrures etc.) et à ce que les codes d’accès soient systématiquement changés deux fois par an et à chaque rentré.

Aussi, des barres d’ancrage sont installées dans les locaux poussettes pour anti-vol et le personnel encradrant demandent enfin aux familles de bien veiller à ne laisser pénétrer « aucune autre personne derrière eux lors des entrées et sorties ». « Des affiches ont été apposées dans ce sens », indique-t-on à l’hôtel de ville.