Saint-Denis: «Agressé» par la police, un enseignant veut montrer que son cas n’est pas isolé

SOCIETE La préfecture de police de Paris a annoncé avoir saisi ce mardi l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour une « enquête administrative »…

Romain Lescurieux

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Un policier à Saint-Denis près de Paris, le 2 juin 2014
Un policier à Saint-Denis près de Paris, le 2 juin 2014 — THOMAS SAMSON AFP

Les mots sont violents. « Je te crève là dans dix minutes », « je vais te violer et on verra si tu continues à filmer la police », « petite pute », « pédé ». Le témoignage anonyme d’un enseignant-chercheur de l’université de Paris-1, âgé de 28 ans, affirmant avoir été « menacé » « insulté » et « agressé » par deux policiers jeudi dernier, en gare de Saint-Denis, a eu l’effet d’une bombe.

>> A lire aussi : Un enseignant dit avoir été « agressé » par des policiers après avoir filmé une « interpellation »

Publié dans un premier temps sur le site d’extrême gauche Révolution Permanente – dont l’auteur du texte est le co-animateur - puis par un de ses collègues sur Facebook, son message a été relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux, puis censuré durant plusieurs heures par Facebook. Alors, face à l’« écho, l’indignation mais aussi la mise en doute de mes propos », Guillaume Vadot a décidé de sortir de l’anonymat ce lundi lors d’une conférence de presse - en présence de son avocat, sa directrice de thèse et d’ Alain Krivine du NPA - puis pour 20 Minutes, ce mardi. Le but : revenir sur cette soirée qui a débuté aux alentours de 20 heures.

« Tu soutiens Daesh ? Quand ils vont venir tu feras quoi ? Tu vas les sucer ? »

Ce soir-là, il sort avec une amie de la gare du RER D au moment où une « femme noire », est « interpellée » par la police. Elle se met à pousser des cris « stridents ». « Témoin de violences policières », d’après Slim Ben Achour, son avocat spécialisé dans les affaires de discrimination, Guillaume Vadot décide de filmer la scène. Un policier le repère, « le somme » de couper la séquence et de sortir de la gare. Guillaume s’exécute. La suite, c’est ce qu’il raconte dans son texte posté sur Internet.

Guillaume Vadot y décrit les mots, les insultes, puis les actes. « Tu soutiens Daesh c’est ça ? Quand ils vont venir tu feras quoi ? Tu vas les sucer ? Faudra pas pleurer et demander qu’on te protège », écrit-il notamment. Il explique aussi avoir reçu des coups à la cheville et à la cuisse, ainsi qu’une décharge de taser au niveau du bras, les policiers lui demandant « si ça piquait », après lui avoir « saisi la fesse ». « Ankylosé et profondément choqué », Guillaume Vadot a finalement décidé de saisir la justice. Depuis « les choses se sont accélérées », note son avocat Slim Ben Achour, précisant aussi avoir lancé « un appel à témoignages » auprès d’éventuels témoins de la scène.

IGPN saisie et plainte contre X

Une plainte contre X - que 20 Minutes a pu consulter – doit être déposée ce mardi auprès du procureur de Bobigny pour « abus d’autorité », « violences volontaires aggravées », « menaces », « injures publiques » et « vol » (de cigarettes). « Je compte bien aussi montrer que ce qui m’est arrivé n’a rien d’un fait exceptionnel et isolé », dit Guillaume Vadot.

Cette plainte « avec des pièces comme la vidéo que la police entendait détruire et qui établit le caractère illégal du contrôle », mentionne l’avocat, sera accompagnée d’un e-mail au Défenseur des Droits. Mais aussi d’une copie pour « signalement » adressée à l’IGPN qui a été saisie ce mardi par la préfecture de police de Paris (PP) pour une « enquête administrative ».

Celle-ci devra permettre « d’identifier les policiers, les services et voir si les faits sont avérés », commente une source policière. Car à ce stade, la PP confirme uniquement qu’un contrôle a été effectué jeudi soir en gare de Saint-Denis et que des vérifications sont en cours. De son côté, le parquet de Bobigny souligne qu’aucune plainte n’a encore été reçue.

« C’est verrouillé »

« Nous n’avons pas d’éléments car nous n’avons pas commencé à en chercher. Mais dès que la plainte aura été reçue, une enquête judiciaire pourra être ouverte », affirme une source proche de l’enquête. « Nous n’arrivons pas à avoir des éléments crédibles sur ce qui est dit et donc sur le degré de véracité des faits. Pour le moment, c’est verrouillé », explique de son côté, une source policière.