Piétonisation des berges rive droite: La mairie de Paris bien décidée à poursuivre l’expérience au-delà de six mois

URBANISME Christophe Nadjovski, adjoint d’Anne Hidalgo en charge des transports, n’entend pas se faire dicter les règles par le préfet de police de Paris qui préconise un test pour six mois de la fermeture à la circulation des berges rive droite…

Fabrice Pouliquen

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La voie sur berge rive droite fermee a la circulation apres la fin de Paris plage.
La voie sur berge rive droite fermee a la circulation apres la fin de Paris plage. — SIPA

Décidément, la mairie de Paris n’est pas prête à se laisser faire sur le dossier de la piétonisation d’une partie des voies sur berges rive droite. Le projet, promesse de campagne de la gauche parisienne, vise à interdire les automobiles à compter d’octobre sur les quais bas rive droite ( la voie express Georges-Pompidou) entre les Tuileries et Bastille.

Le 22 août déjà, la commission en charge de l’enquête publique remettait ses conclusions défavorables sur ce projet. Anne Hidalgo s’empressait alors de rappeler que cet avis n’était que consultatif et qu’elle comptait bien soumettre le projet à l’ordre du jour du prochain conseil de Paris. Celui débute justement lundi et la piétonisation de la rive droite devrait obtenir la majorité des votes sans souci.

« Rendez-vous dans un an »

Michel Cadot, préfet de police de Paris, qui exerce à ce titre un contrôle sur les délibérations municipales, ppréconise toutefois de commencer par un test de six mois. Mais là encore, la mairie de Paris n’est pas d’accord. Christophe Nadjovki, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge des transports, l’a rappelé ce mercredi midi en marge d’une conférence de presse. « Le préfet est amené à donner un avis, favorable ou défavorable, mais c’est la maire de Paris qui prend les arrêtés », rappelle-t-il alors.

Autrement dit, si au bout de six mois, le préfet de police de Paris demande à rouvrir la voie Georges-Pompidou à la circulation automobile, Christophe Nadjovski n’entend pas se conformer automatiquement à cet avis. « Nous ferons effectivement un point d’étape au bout de six mois, précise l’élu. Mais sauf catastrophe, sauf situation extrêmement difficile sur la voirie parisienne, ce rapport ne remettra pas en cause la piétonisation de la rive droite. »

La mairie de Paris donne alors plutôt rendez-vous dans un an, « un délai plus raisonnable pour mesurer les effets de la piétonisation des berges rive droite », estime Christophe Nadjovski.

Une évaporation d’une part du trafic attendu

Car à la mairie de Paris, on croit fort à la notion de « trafic évaporé ». « Ce n’est pas une théorie, mais un constat fait après la fermeture d’autoroutes urbaines, explique Frédéric Heran, économiste à l’université de Lille. Spécialiste des déplacements urbains, il prend l’exemple du pont Mathilde à Rouen, fermé un an en 2012 après un incendie alors que 92.000 véhicules l’empruntaient chaque jour. « La situation a été difficile, mais pas aussi catastrophique que prédit, assure-t-il. Il y a eu des reports de trafics, les automobilistes cherchant d’autres itinéraires pour circuler. Surtout, des comportements ont changé. Des automobilistes ont opté pour les transports en commun, d’autres pour du covoiturage, d’autres encore ont rationalisé leurs déplacements, par exemple en allant faire les courses directement après le travail. »

L’économiste évalue à 10 % la part moyenne du trafic qui disparaît à court terme et 20 % même à long terme lors de fermetures d’autoroutes urbaines. Christophe Nadjovski dit vouloir prendre le temps de mesurer ces effets. D’où le rendez-vous fixé dans un an. Entre-temps, la mairie de Paris mettre en place une batterie de mesures destinée à étudier les impacts de la piétonisation des voies sur berges. Dont l’une sur la qualité de l’air, en partenariat avec Airparif, association de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France.

Des mesures dès automne avec Airparif

« Plusieurs capteurs, fixes comme mobiles, seront installés dès l’automne aux abords de la voie Georges-Pompidou, mais aussi dans un périmètre bien plus large, jusqu’en petite couronne », précise Aurélie Fritz, responsable communication d’Airparif. Pour Les Républicains au conseil de Paris, c’est une fumisterie de plus dans la gestion de ce projet. « Avec quelles données vont être comparées les mesures obtenues ?, s’interroge-t-on au sein du groupe d’opposition. Aucune mesure précise n’a été faite sur la berge rive-droite lorsque les voitures y circulaient encore. »

« Nous sommes une association d’indépendante, répond Aurélie Fritz. Et nous surveillons la qualité de l’air à Paris depuis plus de 35 ans. Nous ne manquons pas de données sur la pollution générale sur la ville de Paris. »