Paris: Le centre d’hébergement pour SDF pousse à grande vitesse dans le 16e

HÉBERGEMENT D'URGENCE Très mal accueilli par les riverains, le centre d’hébergement pour sans domicile fixe accueillera ses premiers résidants début novembre. Visite des lieux en avant première…

Fabrice Pouliquen
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Les travaux du centre d'hébergement d'urgence en lisière du bois de Boulogne s'achèveront début novembre.
Les travaux du centre d'hébergement d'urgence en lisière du bois de Boulogne s'achèveront début novembre. — F. Pouliquen / 20 minutes

Le bâtiment se fait relativement discret allée des Fortifications, en lisière du bois de Boulogne. De la rue la plus proche, on n’en voit que quelques bouts, en ossature bois, à travers les arbres. Il fallait au moins ça pour calmer les ardeurs des riverains, guère enchantés par la perspective de voir s’installer un centre d’hébergement pour sans-abri dans le chic 16e arrondissement. Une réunion publique à l’université Dauphine avait même tourné à la foire d’empoigne en mars dernier.

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Un centre qui se fond dans le décor

« Alors oui, on a tout fait pour que ce futur centre se fonde dans le décor », explique Guillaume Hannoun, de Moonarchitecture, en charge du projet. Le bâtiment n’est pas d’un seul tenant et des vides ont été laissés entre les structures pour conserver des percées vers le bois. Nous avons également joué sur la hauteur des bâtiments pour ne pas toucher aux arbres existants, quitte parfois à enlever un étage. »

Le tout donne un centre de 2.800 m², clos et tout en longueur. De 196 mètres de long pour huit de large pour être précis. Il sera composé de cinq bâtiments de deux étages au maximum. Un équipement collectif où se fera l’accueil mais qui comprendra aussi un réfectoire. Et quatre autres bâtiments accueillant les hébergements, à savoir 94 chambres individuelles et 34 autres chambres pour les familles.

200 résidants hébergés sur des périodes de trois à six mois

Les travaux s’achèveront fin octobre et les premiers résidents arriveront début novembre. « Il s’agira de sans domicile fixe qui nous seront envoyés par le Samu Social », explique Florence Fanelli, del’association Aurore qui assurera la gestion du site. Sur place, ils resteront entre trois et six mois, « l’idée étant, depuis ce centre, d’accompagner ces personnes isolées dans leur projet d’insertion, précise Eric Pliez, directeur d’Aurore. L’étape suivante pourrait être alors l’accession au logement social ou une orientation vers d’autres dispositifs comme Louez Solidaires. »

Sur ces points, ce centre d’hébergement d’urgence ne diffère pas de ceux existant déjà dans la capitale. La nouveauté tient plus dans la localisation du site, dans un quartier cossu du 16e arrondissement.Ian Brossat, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge du logement, justifie cet emplacement par le besoin de mobiliser tous les arrondissements de la capitale dans l’hébergement d’urgence : « Le 16e ne compte que huit places actuellement sur un total de 9.700 dans la capitale. Il n’y avait pas de centre d’hébergement d’urgence dans l’arrondissement, quand d’autres, comme le 18e, en ont déjà plusieurs. »

Déménagement dans trois ans

D’une certaine façon donc, le 16e rattrape son retard. Toutefois, rien n’est gravé dans le marbre allée des Fortifications. Le chantier n’a nécessité aucun coup de pioches. Le centre est littéralement posé sur la chaussée et se constitue de modules préfabriqués emboîtés les uns aux autres. Autrement dit, il peut être déménagé à tout moment. « C’est d’ailleurs ce qui se passera au bout de trois ans, rappelle Ian Brossat. Le permis de construire obtenu ne nous permet pas d’aller au-delà et nous nous sommes de toute façon engagés auprès des riverains à ne pas rester plus longtemps allée des Fortifications. »

L’attrait du modulaire

Et ensuite ? « C’est tout l’intérêt de la construction modulaire, répond Jérôme Flot, directeur du patrimoine à Aurore. Le centre pourra être remonté ailleurs ou être éclaté en plusieurs petits centres d’hébergements d’urgence suivant les besoins. »

Et pour autant, « construction modulaire » ne veut plus dire bas de gamme. Ce futur centre d’hébergement en veut être la preuve. « Les chambres prévues pour les familles feront 18 m² et auront chacune leur salle de bain, détaille Guillaume Hannoun. Chaque bâtiment aura des espaces communs, où les repas pourront être pris et où les enfants pourront jouer. » A Aurore, on ose même la plaisanterie : « Peut-être que dans trois ans, les riverains manifesteront pour que ce centre ne s’en aille pas ! » En attendant, le chantier s’est déroulé sans accroc majeur, malgré les menaces de vandalisme que faisaient peser certains riverains.