Paris: Deux camps humanitaires pour mettre fin aux campements de fortune sous le métro?

REFUGIES Anne Hidalgo a annoncé ce mardi la création de deux grands camps de réfugiés d’ici la fin de l’année pour les migrants tout juste arrivés à Paris...

Fabrice Pouliquen

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Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé ce mardi, aux côtés d'Emmanuelle Cosse, ministre du logement, les détails sur l'ouverture des deux camps humanitaires pour les réfugiés primo-arrivants, prévues à l'automne à Paris.
Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé ce mardi, aux côtés d'Emmanuelle Cosse, ministre du logement, les détails sur l'ouverture des deux camps humanitaires pour les réfugiés primo-arrivants, prévues à l'automne à Paris. — SIPA

Changer de braquet autant que de méthode. Depuis juin 2015, 26 évacuations de camps de migrants ont eu lieu à Paris et ont permis la mise à l’abri de 15.000 réfugiés. Mais sans jamais parvenir à endiguer ce triste phénomène qui consiste à voir ces camps de fortune renaître sitôt évacués.

Le grand camp de réfugiés de Paris, annoncé dans le détail ce mardi midi par Anne Hidalgo et qui ouvrira sur deux sites à La Chapelle (18e) et à Ivry-sur-Seine, vise à y remédier. C’est du moins le but affiché par la maire de Paris et l’association Emmaüs Solidarité qui en aura la gestion. « Plutôt que de procéder par à-coups, en attendant qu’un camp se crée et se densifie sur l’espace public pour déclencher les opérations de mises à l’abri, désormais, nous prendrons en charge ces réfugiés au fil de l’eau, dès leur arrivée à Paris », explique Anne Hidalgo.

Une bulle géante en guise d’entrée

Cet accueil au quotidien sera la mission première du site de La Chapelle. Il ouvrira à la mi-octobre boulevard Ney, sur un terrain de deux hectares. On y entrera par une structure gonflable, en forme de bulle, de 1.000 m². « Ce sera le pôle accueil, précise Aurélie El Hassak Marzorati, directrice générale adjointe d’Emmaüs Solidarité. Il sera ouvert à toutes les personnes migrantes, qu’il s’agisse de familles, de personnes isolées ou de mineurs isolés. Ils pourront y bénéficier d’un bilan santé, d’une aide psychologique, d’un endroit où poser leur affaire, d’une écoute. »

Le centre pour réfugiés devrait voir le jour ici, à la fin du mois de septembre
Le centre pour réfugiés devrait voir le jour ici, à la fin du mois de septembre - R.LESCURIEUX

Un plus non négligeable là où, aujourd’hui à Paris, le premier contact entre migrants et associations se fait dans la rue. « Nous devrions recevoir une centaine de réfugiés par jour, table Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs France. Ils seront accueillis par salariés d’Emmaüs France et des associations partenaires, chargés d’évaluer chaque situation et d’aiguiller vers une première solution d’hébergement. »

« De l’accueil digne »

Les hommes célibataires pourront être hébergés sur place, dans la halle située derrière la bulle. 400 places sont prévues à l’ouverture, mi-octobre. Une capacité qui sera rapidement portée à 600. Les familles, femmes isolées et enfants seront conduits à Ivry, dans le deuxième centre humanitaire prévu sur un site inutilisé d’Eau de Paris. Ce camp comportera 350 lits et ouvrira un peu plus tard.

« L’accueil sera digne, complète Bruno Morel. Il ne s’agit pas de mettre des tentes sous une grande halle. » A La Chapelle, par exemple, la grande halle sera divisée en quartiers séparés par des rues. « Chaque quartier aura un réfectoire, des sanitaires, des chambres de quatre personnes et des espaces de convivialité au sein de la rue », détaille Julien Bellier l’architecte.

Pas plus de dix jours

Au total donc, 1.000 nouvelles places ouvriront aux réfugiés d’ici la fin de l’année. Mais il s’agit d’hébergement d’urgence et de courte durée pour les primo-arrivants. « Les séjours oscilleront entre cinq et dix jours », confirme Bruno Morel.

Ensuite ? Les réfugiés seront réorientés vers les Centres d’accueils et d’orientation (CAO) et les Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada). Des solutions d’hébergement un peu plus durables mais régulièrement saturées elles aussi.

« C’est là tout l’enjeu de ces deux camps de La Chapelle et d’Ivry, observe Yannick Le Bihan, directeur des opérations France à Médecins du Monde. L’idée est intéressante, mais pour que ça marche, pour que ces deux centres ne saturent pas dès les premières semaines, il faudra pouvoir réorienter rapidement ces primo-arrivants vers des solutions d’hébergements plus durable. »

« Que Paris serve d’exemple »

Les annonces de Bernard Cazeneuve, à Calais vendredi, donnent à ce sujet de l’espoir à Bruno Morel. Le ministre de l’Intérieur y a promis 2.000 nouvelles places en CAO et 6.000 en CADA d’ici la fin de l’année.

Pour Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, il faut aussi ouvrir au plus vite d’autres centres d’hébergements pour primo-arrivants. « L’initiative de Paris est bonne, mais il faudrait que d’autres agglomérations la suivent. »