Paris: A la Porte de la Chapelle, près du futur centre pour réfugiés, les riverains sont partagés

SOCIETE Anne Hidalgo doit faire des annonces en début de semaine prochaine sur les deux centres humanitaires, dont l’un devrait ouvrir à la Porte de la Chapelle (18e) à la fin du mois…

Romain Lescurieux

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Le centre pour réfugiés devrait voir le jour ici, à la fin du mois de septembre
Le centre pour réfugiés devrait voir le jour ici, à la fin du mois de septembre — R.LESCURIEUX

« Ça ne va faire qu’augmenter des tensions qui sont déjà très vives ici. En plus, apparemment, les Roms et les Syriens se détestent », lance un gardien derrière sa vitre en plexiglas, au rez-de-chaussée d’un immeuble de la Porte de la Chapelle (18e arrondissement). Car c’est ici, boulevard Ney, dans l’ancienne gare Dubois, près de l’embranchement de l’autoroute A1 et à côté de nombreuses voies ferroviaires, que l’un des centres d’accueil humanitaire pour les réfugiés érythréens, afghans, syriens ou encore soudanais, doit voir le jour d’ici fin septembre.

Un centre pour les hommes, un autre pour les femmes et les enfants

La mairie ne confirme toujours pas cette localisation. Et pour cause. Anne Hidalgo qui avait lancé ce projet en mai dernier - un an après la première évacuation des réfugiés de la Chapelle - doit précisément faire des annonces en début de semaine prochaine sur l'emplacement exact et les modalités d’ouverture de ce campement aux normes de l’ONU. Mais également au sujet d’un second.

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En effet, un deuxième centre sera ouvert pour les familles, les femmes et les enfants isolés dans le sud-est de la capitale, alors que celui du nord de Paris sera réservé aux hommes seuls, précise-t-on à l’Hôtel de Ville. Une ouverture imminente qui laisse néanmoins les riverains de ce quartier populaire du 18e arrondissement divisés entre crainte et altruisme.

« J’espère que ce n’est pas juste de la publicité humanitaire »

Non loin du chantier qui a débuté en juin dernier sur cette friche anciennement occupée par la SNCF, Pascal*, 29 ans, habitant du quartier « depuis toujours », voit dans cette installation « une bonne chose ». « Nous fermons trop souvent les yeux sur cette situation et nous durcissons nos cœurs. C’est bien d’intégrer un côté humain à la ville et c’est bien de garder ce sens humanitaire », explique-t-il en nuançant toutefois par la suite ses propos, en mettant en garde les autorités.

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« J’espère que la démarche va être suivie, bien organisée et adaptée pour eux comme pour nous. Il faut que ce soit harmonieux. Et pas juste de la publicité humanitaire agitée politiquement », prévient-il. « Par contre on peut s’interroger sur pourquoi toutes les crises sociales sont expulsées aux portes de paris, comme à la Chapelle ? Car ici, c’est loin des yeux de ceux qui ne veulent pas voir ça », répond-il. Pourquoi ici ? C’est également la question de Margaux*, 74 ans, habitante de la Porte de la Chapelle, depuis quinze ans.

Le futur centre depuis le boulevard Ney (18e)
Le futur centre depuis le boulevard Ney (18e) - R.LESCURIEUX

« Nous portons déjà toute la misère du monde ici »

« Pourquoi ce centre n’est pas ailleurs ? C’est scandaleux, nous portons déjà toute la misère du monde ici. Nous avons les Roms, la prostitution, les trafics en tout genre et les bagarres. Ces gens qui fuient les bombes vont se retrouver au milieu du bruit des rails et des voitures. C’est invivable. Ce n’est pas agréable pour eux, ni pour nous », se désole cette retraitée, qui déplore aussi un manque d’information.

Mais pour la mairie, cette localisation représente surtout un endroit idéal près des différents campements sauvages et « où convergent déjà des dizaines de migrants chaque semaine », selon Dominique Versini, adjointe chargée de la solidarité, des familles et de l’enfance qui porte ce projet devenu majeur, compte tenu de l’urgence.

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Une situation « plus tenable »

Alors que les associations d’aide aux migrants ont décidé fin août desuspendre les rondes sociales qu’elles mènent sur les campements à Paris – régulièrement évacués cet été avec violence - pour taper du poing sur la table, la mairie semble en effet vouloir accélérer la manœuvre face à « une situation plus tenable, ni acceptable », évoquait Anne Hidalgo en mai dernier. « Nous ne pouvons plus accepter la situation humanitaire et sanitaire à laquelle les migrants sont réduits dans les campements installés dans la capitale », ajoutait-elle.

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Ainsi, dans moins d’un mois, ce site du nord de Paris, inspiré de Grande-Synthe (Nord) pourra accueillir près de 400 personnes entre structure en dur et installations modulaires. Selon Dominique Versini, « le but de ce futur centre sera de proposer un lieu identifié, un sas humanitaire pour que les primo-arrivants soient mis à l’abri, accèdent aux soins, se posent quelques jours et précisent leur demande avec les services de l’Etat ». Un moyen, selon l’Hôtel de Ville de court-circuiter la reconstitution des campements insalubres dans la capitale.

Ce site du nord de la capitale, encore marqué par de nombreux graffitis, accueillera ainsi un guichet administratif permettant le recensement et l’identification des réfugiés, un espace médical et un centre d’hébergement « temporaire ». Les réfugiés seront ensuite redirigés vers les centres d’hébergement d’urgence.

*Tous les prénoms ont été modifiés