Évacuations de migrants: Les associations suspendent leurs maraudes à Paris

MIGRATION « Un certain nombre de migrants considèrent que nos travailleurs sociaux sont des policiers en civil », soupire le directeur général de France Terre d'asile Pierre Henry...

R.L. avec AFP

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Evacuation d'un camp de migrants à la station de métro Stalingrad le 2 mai 2016 à Paris
Evacuation d'un camp de migrants à la station de métro Stalingrad le 2 mai 2016 à Paris — Geoffroy Van der Hasselt AFP

Les associations d’aide aux migrants ont décidé de suspendre les rondes sociales qu’elles mènent sur les campements à Paris, pour taper du poing sur la table face à la multiplication des évacuations policières.

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« Ambiguïtés des politiques publiques »

« Emmaüs solidarités arrête de demander à ses maraudes d’intervenir dans les rues de Paris », a indiqué lundi à l’AFP Aurélie El Hassak-Marzorati, la directrice générale adjointe de l’association, tandis que le directeur général de France Terre d'asile Pierre Henry parlait d’une « suspension » de cette activité.

En cause, pour les responsables : les « ambiguïtés des politiques publiques quant à l’accueil des migrants dans ces rues ».

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En clair, c’est la nouvelle politique d’évacuation des campements par la police que critiquent les deux associations, dont les travailleurs sociaux vont chaque jour à la rencontre des migrants pour les informer et repérer les plus fragiles.

« Un certain nombre de migrants considèrent que nos travailleurs sociaux sont des policiers en civil », soupire M. Henry. « On ne peut pas donner des informations sur l’asile à une personne et une heure après la voir embarquée par la police ».

« Logique de dissuasion »

« Nous demandons à ce que tout le monde se remette autour d’une table et clarifie son mode d’intervention », a-t-il ajouté, en dénonçant une « logique de dissuasion ».

Pour ne pas laisser se reconstituer des campements dont les effectifs ont atteint des niveaux record durant l’année écoulée, la police démantèle, depuis la fin juillet, de façon quasi-quotidienne les campements installés dans le nord de Paris, au grand dam des collectifs de soutien qui déplorent une logique coercitive et vaine.

Ce changement de politique est « incompréhensible » et « ne va pas du tout dans le sens de l’ouverture du centre humanitaire » prévue par la ville de Paris à la fin de l’été, estime Mme El Hassak-Marzorati.

De plus, même si, lors de l’opération menée le 17 août, des offres d’hébergement ont été faites à près de 700 personnes, ces évacuations sont assorties d’un contrôle de la situation administrative des migrants, à l’inverse de ce qui prévalait lorsque la préfecture de région, la ville de Paris et les associations étaient parties prenantes.

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Du côté de la Ville, on souligne que le retrait des associations n’est « pas une solution ». Mais « on partage leur préoccupation et leur malaise sur le sujet », ajoute-t-on, en rappelant que « depuis un an et demi, la règle définie avec l’Etat était que chaque opération soit accompagnée d’une mise à l’abri et d’une offre d’hébergement. Il n’y a pas de raison objective que cette méthode ne soit plus appliquée ».

Depuis le 2 juin 2015, 26 évacuations conjointes ont ainsi eu lieu, avec à la clé « plus de 14.000 offres d’hébergement », selon la préfecture d’Ile-de-France.

Arrivées d’Allemagne et de Suède

« On n’a jamais hébergé autant de gens. Nous avons essayé de tendre la main à 7.500 personnes depuis juin dernier. C’est considérable », a affirmé à l’AFP le préfet Jean-François Carenco.

Malgré tout, les campements se reconstituent dans le nord de la capitale, alimentés par les arrivées depuis l’Italie qui restent soutenues avec l’été, et par les allers-retours entre la capitale et Calais, où le bidonville n’a jamais été aussi peuplé.

Un phénomène nouveau contribue aussi à grossir les flux, et à rendre nécessaires les contrôles d’identité, explique M. Carenco : de plus en plus de migrants arrivent en France après avoir transité par l’Allemagne ou la Suède.

Or « si on veut continuer à accueillir correctement les primo-arrivants, on ne peut pas prendre tous ceux qui sont en Allemagne, tous ceux qui sont en Suède », a ajouté le préfet. Car au-delà de ces évacuations, c’est toute la question de l’accueil des migrants qui se pose.

« Paris et le trottoir parisien ne peuvent pas être les points d’entrée privilégiés pour l’asile », estime M. Henry, en appelant à une « réorientation territoriale » et une « solidarité » entre régions.