Piétonisation des berges rive droite: «La commission d’enquête a 50 ans de retard»

INTERVIEW L’adjoint EELV à la mairie de Paris en charge des transports réagit, pour «20 Minutes», au rapport à charge de la commission d’enquête publique sur la fermeture à la circulation automobile de la voie Georges-Pompidou…

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Christophe Nadjovski le 16 avril 2014 à Paris.
Christophe Nadjovski le 16 avril 2014 à Paris. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le rapport défavorable de la commission d’enquête concernant la piétonisation des berges de la rive droite de la Seine n’a guère été apprécié de l’exécutif parisien. Christophe Nadjovksi, adjoint EELV d’Anne Hidalgo en charge des transports, réagit dans 20 Minutes.

C’est un zéro pointé que vous attribue la commission d’enquête publique…

J’ai bien envie de leur retourner ce zéro pointé. Ce rapport est totalement à charge, hostile à tout projet de piétonisation. Ils n’ont même pas pris la peine de m’auditionner [Dans le rapport, le commissaire enquêteur précise qu’Anne Hidalgo n’a pas souhaité recevoir les membres de la commission]. Le commissaire enquêteur rappelle que l a voie Georges-Pompidou a été transformée en autoroute urbaine pour favoriser le trafic d’est en ouest et il reste à cette fonction. Mais c’était il y a 50 ans. Entre-temps, le périphérique a été construit, le RER a été réalisé, et le contexte actuel nous impose de réduire même nos émissions de gaz à effet de serre.

Mais pourquoi la commission d’enquête aurait rendu un rapport non objectif ?

Je ne l’explique pas. Je constate juste à regret. Dans ce rapport, on est face à des gens qui ont un parti pris idéologique et qui sont restés sur un logiciel bloqué au 20e siècle quand on considérait que la ville devait s’adapter à la voiture. Ils sont incapables de penser le changement. D’ailleurs, la commission finit par conclure qu’elle ne peut se prononcer valablement sur l’intérêt public du projet. Au final, cette commission d’enquête n’a écouté que ce qu’elle voulait entendre. Elle a mis en avant les arguments des opposants et minimisé systématiquement les effets bénéfiques attendus.

La commission d’enquête vous reproche de ne pas prendre en compte un périmètre suffisamment large pour étudier les reports de circulation qu’entraînerait la fermeture des berges rive droite aux voitures…

C’est un comble. Le périmètre retenu pour cette enquête publique [à savoir les 1er, 4e, 7e et 12e arrondissements] a été défini en commun accord avec la commission. Avant cette enquête publique, nous avions fait des études d’impact sur un périmètre large. Nous avions alors regardé les reports de circulation dans Paris, sur le périphérique et en dehors de Paris. Nous avions alors mis en évidence que les reports de circulation se faisaient essentiellement dans Paris intra-muros, ils étaient marginaux sur le périphérique et quasiment inexistant en dehors de Paris.

La commission d’enquête estime que les 5e, 6e et 8e arrondissements subiront un report de près de trois quarts des véhicules qui ne pourront plus emprunter la voie Georges-Pompidou. Le reconnaissez-vous ?

Les études montrent que la piétonisation des berges rive droite entraîneront des reports de circulation sur les quais hauts et leboulevard Saint-Germain. C’est-à-dire essentiellement dans le centre de Paris. Il faut le prendre en compte, mais il faut préciser aussi que ce sont des études théoriques. Et celles-ci sont toujours plus pessimistes que la réalité. Nous l’avions déjà constaté lors de la piétonisation de la rive gauche. Ce qu’on oublie de dire, c’est que les comportements évoluent. Si c’est moins intéressant de traverser Paris d’est en ouest par les berges, un certain nombre d’automobilistes se reporteront sur le périphérique ou prendront les transports en commun. C’est l’objectif que nous poursuivons dans ce projet.

La commission d’enquête souligne que ces changements de comportements ne pourront se faire que s’il y a au préalable une amélioration de l’offre de transport en commun. Et elle vous trouve léger sur ce point…

Pourtant cet été déjà, nous avons réalisé des aménagements sur les quais hauts pour la ligne de bus 72. Nous avons en projet de prolonger cette ligne jusqu’à la gare de Lyon. L’objectif est de faire en sorte qu’il y ait une voie en site propre [réservée intégralement au bus] sur toute la longueur des quais haute jusqu’à la gare de Lyon. L’échéance, c’est 2016-2017, cela va arriver très vite. Puis, pour j’espère 2018, nous mettrons en place une ligne à haut niveau de service, une sorte de bus-tram plus performant encore et qui remplacera à terme cette ligne de bus 72.

Ce rapport négatif est-il en mesure de contrecarrer ce projet de piétonisation des berges rive droite prévue pour octobre ?

Pas du tout. Nous nous sommes engagés à réaliser ce projet. C’est à Paris qu’a été signé l’accord de la COP 21 pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Le secteur des transports est à lui seul émetteur d’un tiers de ces émissions. Pour respecter nos engagements, nous devons transformer la ville, à commencer par nos autoroutes urbaines.