La Courneuve: A la résidence du Parc, contre l'insécurité, la communauté chinoise reste la nuit au pied des immeubles

INSECURITE La mort récente de Zhang Chaolin après son agression à Aubervilliers ne les a pas tant surpris. A la résidence du Parc, la communauté chinoise, majoritaire, est aussi souvent la cible des délinquants des cités voisines. Mais depuis fin juin, elle assure une présence dissuasive…

Fabrice Pouliquen

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Début de soirée, jeudi soir, pour Joëlle Hu et les hommes de la résidence du Parc chargé d'assurer une présence dehors ce soir-là. Lancer le diaporama
Début de soirée, jeudi soir, pour Joëlle Hu et les hommes de la résidence du Parc chargé d'assurer une présence dehors ce soir-là. — F.Pouliquen/20minutes

« Voilà la résidence du Parc », lance Joëlle Hu, en balayant du regard les trois barres d’immeubles qui l’entourent. Ici, il y a 433 logements occupés à 75 % par des familles asiatiques. C’est la particularité de cette résidence privée de La Courneuve, séparée par la rue Guerman Titov de la cité des Cosmonautes. « Juste à côté, il y a aussi la cité des 4.000 », précise Antoine, Chinois arrivé adolescent à La Courneuve.


Au moins un soir par semaine

Le jeune homme se trouvait au pied de son immeuble jeudi soir avec son père et une poignée d’autres hommes. Pas vraiment de gaîté de cœur, la journée de travail avait été harassante. « Mais nous n’avons plus le choix, explique-t-il. Notre résidence est le terrain de jeu des délinquants des cités voisines. Des voitures sont cassées tous les jours. Et les rackets et agressions sont très fréquents. »

Alors depuis fin juin, après une recrudescence de cambriolages de voitures, les habitants s’organisent pour assurer une présence adulte dehors chaque soir. Chacun y passe en moyenne un soir par semaine. De 21h à minuit. « Parfois plus tard encore », précise Joëlle. Pas de rondes, encore moins d’armes. « On n’est pas là pour faire le travail de la police ou des deux vigiles qui sécurisent notre résidence », insiste Antoine. Postés le plus souvent à une des entrées de leur résidence, celle qui assure le plus court chemin vers l’arrêt de tram, ils jouent aux cartes ou bavardent tout simplement.

« Ils nous croient riches »

Leur présence se veut dissuasive et s’ajoute aux réflexes sécuritaires adoptés depuis longtemps à la résidence du Parc. « Quand les femmes arrivent à la station de tramway, elles appellent leurs proches pour qu’ils viennent les chercher », illustre ainsi Joëlle. Wechat fonctionne aussi à plein régime ici. Cette messagerie instantanée chinoise permet de signaler rapidement les agressions et d’arriver sur place souvent bien avant la police. « Le groupe de la résidence du Parc compte 350 membres », précise Antoine.


Tristes habitudes et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter. La mort de Zhang Chaolin le 12 août dernier est là pour le rappeler. Ce couturier de 49 ans, père de deux enfants, est mort cinq jours après avoir été agressé par trois personnes qui convoitaient le sac de l’ami qui l’accompagnait. C’était rue des Ecoles à Aubervilliers, non loin de La Courneuve. Depuis, la colère de la communauté chinoise ne retombe pas. « Ces délinquants nous croient riches, s’énerve Joëlle. Ils sont persuadés que nous nous promenons avec beaucoup de liquide sur nous. Nous subissons les mêmes préjugés que la communauté juive. »


Des balles qui fusent le 13 juillet dernier

La Résidence du Parc a aussi frôlé le drame le 13 juillet au soir. Tidiani, l’un des deux maîtres-chien qui surveillent la résidence du Parc, en a gardé les traces dans son bureau. « Cela a commencé par des pétards, des tirs de flash-ball et des munitions plus grosses encore tirés sur la communauté chinoise par des personnes extérieures. Les habitants sont alors descendus en nombre, certains avec des barres de fer, et ont poursuivi les jeunes jusqu’à la cité des cosmonautes. » Une révolte visiblement peu appréciée. « Ces jeunes sont revenus et ont tiré en direction de la foule. Cette fois-ci avec des armes à feu, poursuit Tidiani. Voilà quatre ans que je travaille ici, jamais cela n’avait été aussi loin. »

Deux munitions récupérées par Tidiani le soir du 13 juillet dernier.
Deux munitions récupérées par Tidiani le soir du 13 juillet dernier. - F.Pouliquen / 20 Minutes


Antoine évoque pour cette nuit-là quatre blessés par balle au sein de la communauté chinoise. « Aux jambes », précise-t-il. Tidiani se dit inquiet. « Et descendre au pied des immeubles chaque soir n’est pas la solution, estime-t-il. C’est perçu comme une provocation. Cela va mal se terminer. »


Rendez-vous avec le maire le 25 août

« Mais que faire ? », lancent alors Antoine et son père. Les deux hommes se doutent que cette présence des adultes au pied des immeubles cessera avec la fin des beaux jours. « Notre organisation ne tient que sur le bénévolat. » Mais la communauté chinoise n’espère pas beaucoup plus de la police. « Ils ne viennent plus ici », constate amer Antoine.


« J’ai rendez-vous avec le maire, le 25 août », lance alors Joëlle. Elle pronera l’installation de caméras de vidéosurveillance dans la rue Guerman Titov ou la mise en place d’une clôture. Mais sans trop d’illusion déjà. « Nous avions rencontré un adjoint au maire au lendemain du 13 juillet. Il nous avait répondu que ces mesures nécessitaient un budget. »