Montreuil: L’humanitaire français Moussa Ibn Yacoub de retour dans sa ville natale

REPORTAGE Le sort de Moussa Ibn Yacoub avait suscité une large mobilisation sur Internet et son portrait avait été affiché sur le fronton de la mairie de sa ville d’origine, Montreuil, où il a tenu une conférence de presse ce mercredi…

Romain Lescurieux

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La façade de l'hôtel de ville de Montreuil ce mercredi
La façade de l'hôtel de ville de Montreuil ce mercredi — R.LESCURIEUX

Moussa Ibn Yacoub entre dans la mairie de Montreuil souriant et entouré. « Aujourd’hui, notre ville fête le retour de l’un de ses enfants. Nous sommes heureux et soulagés », s’exclame Patrice Bessac, l’édile de la commune de Seine-Saint-Denis.

Quelques jours après son arrivé à l’aéroport de Roissy sous les applaudissements d’une centaine de personnes, dont ses proches et des membres de son comité de soutien, Moussa Ibn Yacoub, 28 ans, a organisé une conférence de presse ce mercredi dans sa ville d’origine, entre souvenir de ses jours de détention au Bangladesh et son combat.

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« Je suis un humanitaire engagé pour les plus démunis. Ce combat a débuté ici, en bas de chez moi, à Montreuil, auprès des sans-abri et des Roms », détaille-t-il, après avoir remercié les personnes qui l’ont soutenu. Car c’est ce même combat qui l’a amené à faire entendre « une voix au Bangladesh ». Le début d’un autre long combat : celui pour la justice et son innocence.

Soixante-dix jours de prison

Moussa Ibn Yacoub est parti l’an dernier au Bangladesh pour l’ONG musulmane Baraka City. Alors qu’il visite des camps de réfugiés Rohingyas - une minorité musulmane venue de Birmanie - l’humanitaire est arrêté le 19 décembre et retenu plusieurs mois pour « activités suspectes ». Son nom d’usage musulman, adopté lors de sa conversion à l’islam, avait attiré l’attention de la police car il différait de celui figurant sur ses papiers officiels, Maxime Puemo Tchantchuing. Démarre alors une période « de calvaire et d’incompréhension », dit-il.

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Car il lui était aussi reproché de ne pas s’être déclaré aux autorités. Au Bangladesh, « les Rohingyas sont considérés comme illégaux, ce qui explique l’impossibilité de légaliser notre présence », s’était défendue BarakaCity. Après son emprisonnement, Moussa Ibn Yacoub a ensuite été placé en liberté conditionnelle avec interdiction de quitter le territoire. Mais les charges ont finalement été abandonnées fin juillet. Depuis Montreuil, où la mobilisation a été très forte pour sa libération et où le portrait de Moussa avait été affiché sur le fronton de la mairie, Patrice Bessac a tenu à rappeler l’importance de ce soutien.

« Je suis noir, musulman et je fais partie de cette France plurielle »

« Le seul crime de cet homme au grand cœur a été d’apporter du réconfort à une population discriminée (…) soutenir Moussa n’est pas donc une question de politique ou de religion mais de droit fondamental pour un enfant de Montreuil qui s’est retrouvé dans une situation d’injustice ». Puis le principal intéressé a, lui, enchaîné sur la nécessité de continuer son combat.

« Il aura fallu que je me fasse arrêter pour que l’on parle de ces personnes au Bangladesh. C’est donc un mal pour bien », explique-t-il, fièrement en lançant des sourires à sa famille. « Je suis noir, musulman et je fais partie de cette France plurielle », ajoute-t-il. Adressant « un message d’espoir », il a tenu à rappeler l’importance de continuer à aider les plus démunis et militer pour le vivre ensemble », précisant que d’autres projets dans ce sens pourraient voir le jour.