Paris: Même au mois d'août, la faim ne prend pas de vacances

REPORTAGE « 20 Minutes » s’est rendu dans l’un des huit centres franciliens d’Août secours alimentaire, la seule association à prendre le relais des structures habituelles lors de leur fermeture estivale…

Pierre Fesnien

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Des membres de l'association Août secours alimentaire distribuent de la nourriture à Paris le 7 août 2014
Des membres de l'association Août secours alimentaire distribuent de la nourriture à Paris le 7 août 2014 — Fred Dufour AFP

« Allez Jean-Jacques, c’est parti, on y va ! ». Il est un peu plus de 16h, Christian Souza, le responsable du centre Août secours alimentaire du 4, rue d’Eupatoria dans le 20e arrondissement, donne le signal d’ouverture des portes. Un peu plus d’une vingtaine de personnes attendent déjà à l’angle de l’église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant où l’association a installé l’un de ses quatre centres parisiens –plus quatre autres en Ile-de-France– qui restera ouvert tout le mois d’août.

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« A part deux ou trois associations qui ouvrent très ponctuellement, nous sommes les seuls à rester ouverts tout le mois d’août et à prendre le relais des structures habituelles d’aide aux plus démunis qui ferment leurs portes », explique Christian Souza.

Un centre ouvert du 1er au 31 août

Le profil des bénéficiaires de l’association est très diversifié. On y retrouve beaucoup de gens seuls et isolés, des familles monoparentales et des immigrés. « On a beaucoup de Roumains en ce moment, il y a deux ans c’était les Tchétchènes. On devrait également bientôt ressentir les effets de l’afflux de migrants de ces derniers mois », détaille Christian Souza.

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Dans la salle principale du centre, du lundi au samedi, une quarantaine de bénévoles sont sur le pied de guerre. Assis derrière de longues tables, ils s’apprêtent à recevoir jusqu’à près de 700 personnes chaque soir. Derrière eux, des sacs plastiques remplis de conserves, de pain, de quelques fruits et légumes, d’œufs et parfois un peu de viande attendent d’être distribués selon un code couleur bien précis. Les sacs roses sont pour les familles, les bleus pour les personnes seules et les blancs pour les personnes à la rue qui n’ont aucun moyen de cuisiner.

« J’ai une très faible retraite et je vis dans un taudis »

Mère de deux enfants, Fatima, 40 ans, vient au centre pour la deuxième fois en deux jours. « C’est mon assistante sociale qui m’a dit de venir ici. Moi, je viens de la Porte de Clichy, ça fait un peu loin, témoigne-t-elle. Mais je n’ai pas le choix, je n’ai pas d’argent. Je ne sais pas comment je ferais sans cette aide. »

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A 82 ans, Gérard est lui un habitué. Cela fait plusieurs années qu’il connaît l’association. « J’ai été envoyé ici par d’autres structures que je fréquente mais qui ferment en août, explique-t-il. J’ai une très faible retraite et je vis dans un taudis, mais il faut bien se nourrir. Ici, les gens sont très gentils et très humains. Je connais beaucoup de monde et ça permet de sortir un peu de ma solitude. »

Car les gens ne viennent pas chercher que de la nourriture, ce rendez-vous quotidien au centre de la rue d’Eupatoria est aussi l’occasion pour tous les bénéficiaires de trouver un peu de chaleur humaine. « On voit beaucoup de personnes qui sont dans une grande solitude. Il y a également de plus en plus de migrants que l’on sent un peu livrés à eux-mêmes, raconte Judith une bénévole de 38 ans. J’ai toujours fait du bénévolat. Ici, ce que j’aime, c’est de voir le sourire des gens quand on les aide, c’est une forme d’accomplissement et cela me donne le sentiment d’être utile. »

700.000 repas distribués en un mois

A l’arrière de la salle, Yvan et quelques bénévoles remplissent les sacs de couleurs d’œufs et de bananes. A 21 ans, cet étudiant a choisi de faire son stage de fin d’année au sein de l’association plutôt qu’en entreprise. « C’est plus enrichissant », confesse-t-il. Il faut dire qu’il y a du travail et un bon paquet de sacs à remplir et à distribuer.

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« En août 2015, les huit centres de l’association ont distribué 700.000 repas à 14.000 personnes, ça devrait être à peu près pareil cette année, précise Christian Souza. Août secours alimentaire existe depuis 1994. A l’époque on servait 25.000 repas sur le mois ». Des chiffres pas franchement encourageants qui rappellent que la lutte contre la faim n’est pas encore gagnée en France.

« L’association a grossi ce qui explique aussi que l’on serve plus de repas, mais de façon générale, c’est vrai que je vois assez peu d’amélioration, déplore le responsable du centre. En 11 ans, au sein d’Août secours alimentaire, je ne me rappelle que d’une seule personne à être venue nous voir en nous disant : "C’est bon, je m’en suis sorti grâce à vous. Merci." C’est quand même très peu… »