Paris: Ces start-up multiplient les petits cadeaux pour doper le covoiturage courte distance

TRANSPORT Les nombreuses start-up lancées sur ce secteur, qui ne connaissent pas encore le même succès qu’un Blablacar, multiplient les petits bonus pour attirer des utilisateurs. Jusqu’à rembourser les abonnés du pass Navigo…

Fabrice Pouliquen

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Aire de covoiturage (Illustration)
Aire de covoiturage (Illustration) — © Fabrice ELSNER

« Covoiturage remboursé cet été pour les abonnés du passe Navigo. » Voilà l’offre mise en place depuis ce mardi par la start-up Karos pour pallier la fermeture estivale du RER A pour travaux. Et tenter ainsi de booster son application de covoiturage domicile-travail.

Karos n’est pas la seule à mettre en place des incitations. Depuis trois semaines, Citygoo, autre start-up du covoiturage courte distance, offre à ses conducteurs un abonnement de huit mois au pass «  Télépéage fréquence ». Il ne rend pas l’autoroute gratuite « mais vous permet des voies réservées qui vous font passer plus vite aux péages et vous offre un accès privilégié à 300 parkings du réseau Indigo », détaille Patrick Robinson Clough, fondateur de Citygoo.

Idvroom, lancé en décembre 2014 par la SNCF, n’est pas en reste. Ce service offre, elle aussi, un passe télépéage et rembourse les abonnées du passe Navigo qui covoiturent lorsque leur ligne de transport en commun habituelle est perturbée.

Un gouffre entre l’intention et l’adhésion

Si ces bonus se multiplient, c’est que ces start-up en n’ont pas vraiment le choix. On est loin de Blablacar et ses 20 millions de membres revendiqués en septembre 2015. Le covoiturage courte distance [ou covoiturage urbain] est encore une page blanche où tout reste à faire. A commencer par convaincre les automobilistes de s’y mettre. « Aujourd’hui encore, plus de 85 % des voitures n’ont pas de passagers », regrettent Olivier Binet, cofondateur de Karos, comme Patrick Robinson Clough.

Pourtant, sur le papier, le marché est porteur. « 30 % des salariés des entreprises avec lesquelles nous travaillons se disent prêts à covoiturer, informe ainsi Julien Honnart, cofondateur de WayzUp, une autre start-up de covoiturage urbain. Mais entre l’intention et l’adhésion au service, il y a parfois un gouffre. »

C’est que le covoiturage urbain exige une grande discipline. « On est forcément moins flexible sur les horaires, les lieux de rendez-vous, les détours, remarque Olivier Binet. Il faut aussi pouvoir répéter l’organisation tous les jours. » Et même une fois son âme sœur de covoiturage trouvé, le couple ne tient pas toujours sur la durée. « Les gens détestent la routine tout comme l’idée d’être dépendant, constate toujours Olivier Binet. Comment faire si le covoitureur tombe malade ? »

Faire plus qu’une plateforme classique

Ces start-up de covoiturage courte distance tombent alors d’accord sur un point. Sur ce secteur, il faut faire plus que Blablacar et sa plateforme relativement classique qui permet au conducteur de poster ses parcours et au passager de réserver ses trajets.

Les incitations financières de Karos, Idvroom ou Citygoo font partie de ces plus. Toutes travaillent aussi à la mise au point de moteurs de recherche d’itinéraire améliorés. Depuis début juillet, Karos propose ainsi une plateforme multimodale qui combine les covoiturages postés sur l’application avec le réseau de transports en commun francilien. « Sur le même moteur de recherche, il vous est alors indiqué les bus, métro ou RER à prendre soit pour vous rendre jusqu’au point de rendez-vous fixé avec votre covoitureur, soit pour finir votre trajet s’il ne peut vous déposer exactement à votre destination », explique Olivier Binet.

Un petit plus pratique auquel réfléchit aussi Citygoo. « Nous facilitons déjà les trajets planifiés à la dernière minute, précise Patrick Robinson Clough. Via géolocalisation, notre application met alors en relation en priorité les conducteurs et passagers qui sont proches l’un de l’autre. »

En attendant des voies réservées sur les autoroutes ?

WaysUp est sur une autre approche encore. Elle passe des partenariats avec des grandes entreprises et établit des synergies entre celles dont les sites sont proches. « Nous avons alors huit zones d’activités en France, dont Saint-Quentin, Saint-Ouen ou Massy en Ile-de-France, explique Julien Honnart. Sur ces zones, nous nous engageons à ce que huit utilisateurs sur dix trouvent des covoitureurs sur leur trajet et à leurs horaires. »

A chaque start-up donc sa façon de voir. Sur ce marché très récent, certaines ont déjà mis la clé sous la porte. Comme Sharette ou Wedrive. Peut-être faudrait-il aller plus loin encore dans les incitations ? Patrick Robinson Clough aimerait bien avoir l’aide des pouvoirs publics sur ce point. « On pourrait par exemple réserver une voie sur les autoroutes franciliennes aux covoitureurs. » Ce projet a déjà été évoqué.