Le mouvement «Black Lives Matter» arrive-t-il aussi à Paris?

MANIFESTATION Le mouvement qui dénonce les violences policières contre les citoyens noirs a pris de l'ampleur aux Etats-Unis. A Paris, un rassemblement sous ce nom a lieu ce jeudi place de la République…

Fabrice Pouliquen

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Manifestation des Black Lives Matter à Londres, le 12 juillet 2016.
Manifestation des Black Lives Matter à Londres, le 12 juillet 2016. — Marc Ward/Shutterstock/SIPA

Aux Etats-Unis, ils sont devenus incontournables. Le mouvement « Black Lives Matter » (« Les vies des Noirs comptent ») dénonce depuis tout juste trois ans les violences policières à l’encontre des citoyens noirs. Ses membres étaient très actifs lors des manifestations qui ont suivi les morts des deux Afro-américains Alton Sterling et Philand Castile abattus début juillet par des policiers blancs. Les « Black Lives Matter » pourraient également peser dans les prochaines présidentielles américaines, raconte Francetvinfo qui consacre un long papier au mouvement.

Un rendez-vous place de la République à 14h

A Paris aussi, le mouvement a un certain écho. Une manifestation « Paris Black Lives Matter » est même prévue ce jeudi après-midi à 14h, place de la République. 481 internautes disent vouloir s’y rendre sur  la page Facebook dédiée à l’événement. « Tous unis avec nos amis et frères afro-américains et latinos tués par la police raciste et soyons avec eux contre les bavures policières dans leur pays », y est-il écrit.

Derrière cette page se cache Osman, 20 ans, étudiant parisien. « En fait, il y avait déjà eu un rassemblement "Black Lives Matter" à Paris, mais il y a quelque temps déjà, raconte-t-il à 20 Minutes. Il me semblait important de faire une nouvelle manifestation après les événements récents aux Etats-Unis. »

En marge d’un rassemblement contre les violences policières

Osman profite aussi et surtout du rassemblement « contre les violences policières » organisé à la même heure et au même endroit par « Urgence, notre police assassine », un collectif composé de familles ayant perdu un proche à la suite d’opérations policières.

Amal Bentounsi, la fondatrice, prévoit d’organiser jusqu’à 23h divers ateliers tournant autour des violences policières en France et leur traitement médiatique, le tout entrecoupé de concerts. « Nous voulions profiter du passage en France d’Opal Tometi, l’une des fondatrices des "Black Lives Matter", explique Amal Bentounsi. Les morts d’Alton Sterling et Philand Castile l’ont contraint à regagner plus tôt que prévu les Etats-Unis, mais il y aura tout de même des représentants du mouvement avec nous place de la République. »

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Ne pas tout mélanger

Mais Amal Bentounsi ne veut pas pour autant tout mélanger. « Ce rassemblement n’est pas l’acte de naissance de la version parisienne de "Black Lives Matter", insiste-t-elle. Nous avons déjà en France plusieurs associations qui luttent contre les bavures policières. "Urgence, notre police assassine" existe par exemple depuis quatre ans, soit un an avant les "Black Lives Matter". Nous aussi, nous disons depuis 2012 que la vie des noirs et des Arabes comptent en France. »

Le collectif dit recenser quinze morts chaque année « tués dans le cadre d’opérations policières souvent opaques ». « Ils sont pour la plupart noirs ou arabes », indique Amal Bentounsi qui publie régulièrement des articles à leur sujet sur le site Internet d’« Urgence, notre police assassine ».

La jeune femme ne voit guère l’intérêt à donner à son collectif le nom de « Paris Black Live Matter » pour profiter de la notoriété du mouvement. L’urgence, explique-t-elle, est bien plus de créer notre propre observatoire national des violences policières avec les collectifs et associations qui seront présents ce jeudi*. « En France, il nous manque des chiffres sur les bavures policières et les médias ont aussi tendance à reprendre les comptes rendus de la police s’en prendre de recul, estime-t-elle. Voilà à quoi pourrait servir cet observatoire. »

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Un rassemblement qui pourrait être écourté

Ce jeudi, il sera aussi question pour Amal Bentounsi et Osman de marquer les esprits place de la République. La première espère 3.000 personnes sur l’après-midi. Mais le rassemblement pourrait être écourté. Osman reconnaît ne pas avoir mis au courant la préfecture de police de la marche qu’il souhaite organiser.

A la même question, Amal Bentounsi entretient une certaine confusion. « On a déclaré le rassemblement, répond-elle, mais nous n’avons pas vraiment eu leur accord. »

*Brigade antinégrophobie ; Fergusson in Paris ; Dip Social Klub, Collectif du huit juillet, Stop le contrôle au facès…