Essonne: « Moi aussi, je vais interdire les automobilistes parisiens dans ma commune »

Circulation François Pelletant, le maire de Linas, dans l'Essonne, s’apprête à déposer un arrêté qui est sa réponse aux restrictions de circulation dans Paris instaurées par Anne Hidalgo…

Fabrice Pouliquen

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Le maire de Linas dans l'Essonne veut interdire la circulation dans sa commune, du vendredi au lundi, aux automobilistes parisiens qui partent en vacances.
Le maire de Linas dans l'Essonne veut interdire la circulation dans sa commune, du vendredi au lundi, aux automobilistes parisiens qui partent en vacances. — Photo François Pelletant

« Interdit aux Parisiens qui partent aux vacances ». François Pelletant, maire centriste de Linas (Essonne), n’a pas encore l’intitulé précis du panneau qu’il installera à l’entrée de sa commune. Mais l’élu est décidé : il veut empêcher l’accès à la Nationale 20, qui traverse sa commune, aux automobilistes parisiens, du vendredi au lundi matin. Et il explique pourquoi à 20 Minutes.

Cet arrêté est votre réponse aux restrictions de circulations pour les véhicules les plus anciens instaurées par Anne Hidalgo ?

Oui, je ne peux pas le nier. Ce n’est pas une vengeance. En revanche, l’arrêté que je veux instaurer s’inspire exactement du même mécanisme réglementaire qu’Anne Hidalgo met en place depuis plusieurs années à Paris. Des problèmes de pollution et de circulation, il y en a certes dans Paris, mais il y en a aussi dans beaucoup d’autres communes franciliennes. Les maires de ces municipalités pourraient réagir aussi brutalement qu’Anne Hidaglo.

Cette restriction de circulation est-elle mal vécue en banlieue ?

D’une part c’est une mesure anti-banlieue, d’autre part c’est une mesure décidée sans aucune concertation avec les municipalités impactées. Mais cela n’a pas commencé par ces restrictions de circulation. La fermeture des voies sur berges ou avant encore la réduction de la largeur des voies de circulation participent au même phénomène : on est en train de fermer les portes de la capitale à ceux qui n’y habitent pas. Certaines voitures n’y ont plus droit de circuler en journée la semaine, et à côté nous avons un système de transports en commun francilien complètement défaillant. Il n’y a pas une seule ligne de RER qui marche correctement.

Qui visez-vous avec cet arrêté ?

Chaque vendredi, il y a des bouchons sur la Nationale 20. Les habitants de Linas en sont les premiers touchés. Non seulement ils sont exposés à la pollution automobile mais ils ne peuvent pas non plus sortir de chez eux ou mettent un temps fou à rentrer du travail. L’arrêté visera les véhicules en transit au départ de la porte d’Orléans. Ceux-là ne pourront pas circuler sur la Nationale 20 dans Linas sous peine d’une amende de 90 euros. Nous proposons par contre un itinéraire de substitution qui passe les autoroutes A6 et A10. Cette route bis ne rallonge pas le trajet.

Cet arrêté a-t-il une chance d’être validée par la préfecture ?

La loi nous impose juste de demander l’avis à la préfecture. Mais cet avis n’est pas opposable. Autrement dit, nous allons déposer l’arrêté vendredi en préfecture. Il sera directement applicable. Bien sûr, ensuite, cet arrêté devrait être rapidement attaqué en justice. Le préfet comme Anne Hidalgo pourront le faire. Mais s’il y avait un recours, il ne sera jugé vraisemblablement qu’à la rentrée, en septembre. Mon arrêté sera donc valable au moins tout l’été.

Mais comment allez-vous faire appliquer cet arrêté ?

Des agents de la police municipale pourraient veiller à son application. Mais c’est une question sur laquelle nous nous pencherons dans un second temps. L’idée est d’appliquer cet arrêté avec intelligence. Il s’agit plus d’une action de sensibilisation. Un panneau sera installé à l’entrée de la commune pour signaler la mesure. Nous allons aussi demander à la mairie de Paris d’en mettre un autre porte d’Orléans. Nous le payerons bien sûr, mais je serai prêt là encore à saisir le tribunal administratif si jamais la ville de Paris s’oppose à l’installation de ce panneau. Pour la suite, j’espère que cet arrêté inspirera d’autres communes franciliennes. J’espère aussi que mon arrêté sera attaqué en justice. Cela permettra au moins de lancer le débat. Et si mon arrêté tombe, les restrictions de circulation instaurées par Anne Hidalgo tomberont par ricochet.