Évacuation à la halle Pajol: «Que vont faire ces réfugiés en attendant le centre humanitaire?»

SOCIETE Alors que le centre humanitaire doit voir le jour mi-septembre, des bénévoles et des élus demandent des solutions pour que les réfugiés passent l’été « dignement » après l’évacuation de ce mercredi matin…

Romain Lescuieux
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Un campement de plus d'un millier de migrants a été évacué ce mercredi
Un campement de plus d'un millier de migrants a été évacué ce mercredi — R.LESCURIEUX

Un scénario à répétition et sous tension. Un campement de plus d’un millier de migrants - essentiellement soudanais, afghans et érythréens - qui s’était constitué à Paris devant la halle Pajol dans le 18e arrondissement depuis mi-juin, a été évacué ce mercredi matin dès 6h30. Et ce, un an après une dispersion musclée au même endroit à grand renfort de lacrymogène et très critiquée, notamment par le Défenseur des droits, Jacques Toubon.

Blocage dans le 15e et réfugiés dans le métro à Marx Dormoy

Au total pour cette 25e intervention du genre à Paris en un an, 1.139 personnes dont 58 considérées comme « vulnérables » (femmes, enfants) ont été conduites dans près de 70 centres d’hébergement à Paris et en banlieue et également dans deux gymnases réquisitionnés par la Mairie dans le 13e et le 15e. Mais là, le maire Philippe Goujon (LR) et le député Jean-François Lamour ont bloqué l’entrée prévue pour accueillir les réfugiés de façon temporaire. Une attitude jugée « inadmissible » par la maire de Paris dans un communiqué, évoquant des « mots vifs » prononcés et « des coups de pieds donnés dans leurs baluchons », au moment même où la situation devenait également confuse à Pajol.


A 11 heures, à proximité de la halle, plus d’une cinquantaine de migrants étaient toujours massés derrière un cordon policier. Espérant dans un premier temps rejoindre la halle pour être emmenés vers des centres d’hébergement, ils ont finalement été nassés et poussés par la police à emprunter le métro à la station Marx Dromoy. De quoi générer la colère de certains bénévoles présents sur place. « Je vérifie qu’il n’y ait pas de mort », lance une jeune fille, non loin de policiers un brin tendus.


« Pas de toit, ni de ticket de métro »

« Ils vont aller où ? Ils vont faire quoi ? Ils n’ont pas de toit, ni de ticket de métro », s’exclame Abdel, bénévole venant de Seine-Saint-Denis, pendant que les forces de l’ordre ordonnent au groupe d’avancer. « On n’a pas d’autres solutions », lui rétorque un fonctionnaire de police.

La halle Pajol après l'évacuation ce mercredi
La halle Pajol après l'évacuation ce mercredi - R.LESCURIEUX

Pour Abdel, c’est justement le problème. « Le centre d’Anne Hidaglo, c’est une bonne chose. Mais au début, elle l’annonce avant l’été et finalement c’est en septembre. Ils vont faire quoi ces gens-là en attendant le centre humanitaire avec la chaleur qui arrive ? » Selon lui, le gouvernement doit aussi prendre ses responsabilités car « ils vont continuer d’errer dans la nature et dans quelques jours il y aura un nouveau camp ». « Et pourquoi ne pas le monter devant l’Elysée ? », conclut-il. Une heure plus tard, l’opération est « terminée ». La police quitte les lieux et les réfugiés ressortent un à un de la station de métro.

Quelles solutions pour l’été ?

« Cette répétition a quelque chose d’absurde. Il est nécessaire que les politiques prennent la mesure de la question », a commenté sur place,Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d'asile. Aussi, à l’arrivée dans les centres d’hébergement, certains réfugiés « ont refusé de descendre des bus », a rapporté à l’AFP Jean-Sébastien Lamontagne, directeur de cabinet de la préfecture de région Ile-de-France. Le préfet de région Jean-François Carenco expliquait avoir « du mal à comprendre le niveau d’exigence des gens » : « beaucoup ont connu la guerre ou la dictature et ne veulent pas aller en province ou dans un centre d’hébergement en Ile-de-France ».

Pour Anne Souyris, co-présidente du groupe écologiste de Paris, « cela montre qu’il n’y a toujours pas de vraie solution de prise en charge ». « Beaucoup reviennent dans des campements car les centres ne correspondent pas à leurs besoins », ajoute-t-elle auprès de 20 Minutes. « Aujourd’hui, il faut arrêter de disperser les gens et mobiliser le maximum de gymnases municipaux non utilisés durant la période estivale en attendant la création de camps humanitaires. Ce qui permettra aux réfugiés de passer l’été dignement ». Les riverains de Pajol, eux, ne seraient pas étonnés de voir le retour des réfugiés dans le quartier durant l’été.

« Nous espérons des solutions. Beaucoup de choses sont mises en place mais c’est possible qu’ils reviennent. Et c’est dur pour eux comme pour nous. Car cela rend les choses difficiles en termes d’activité commerciale », explique une commerçante de la Halle. Pour Christine, 66 ans, habitante du quartier depuis 25 ans, un éventuel retour ne serait « pas un souci ». « S’ils reviennent ou d’autres arrivent ici, tant pis. Il faut bien que ces gens en exil forcé s’arrêtent quelque part. N’oublions jamais que ça peut arriver à tout le monde ».

Où en est le centre humanitaire?

Les premiers travaux d'aménagement ce futur camp pour réfugiés annoncé fin mai par Anne Hidalgo ont commencé dans le nord de Paris, près de la gare du Nord et du boulevard de la Chapelle, a indiqué lundi la Ville de Paris, qui n’a toutefois pas communiqué le lieu précis de l'implantation du centre pour « éviter toute intervention extérieure qui mettrait en péril le projet », ajoute le communiqué.