Paris: Quelles pistes pour le passe Navigo unique à 70 euros?

TRANSPORT Fin de la zone unique ? Hausse de l’abonnement ? Ce lundi, au conseil régional d’Ile-de-France, une table ronde questionne le passe Navigo unique à 70 euros…

Fabrice Pouliquen

— 

Illustration d'un passe Navigo.
Illustration d'un passe Navigo. — VALINCO/SIPA

« Le passe Navigo unique à 70 euros est-il viable ? » La question aurait pu figurer à l’épreuve d’économie du bac. Que les bacheliers se rassurent: c’est au conseil régional d’Ile-de-France qu’on planchera sur le sujet ce lundi après-midi lors d’une table ronde organisée par le Stif (le syndicat des transports d’Île-de-France). Il y aura Valérie Pécresse, patronne du Stif et de la région Île-de-France, Stéphane Beaudet, son vice-président aux transports, mais aussi des économistes et des experts des transports.

Une table ronde orientée?

« Tous les participants ont par le passé manifesté leur opposition au passe Navigo unique », regrette Pierre Serne (EELV), attaché à cette mesure qu’il avait lancée en septembre dernier en tant que vice-président chargé des transports sous la présidence de Jean-Paul-Huchon. Cette mesure mettait alors fin aux zones tarifaires en Ile-de-France pour ne proposer plus qu’un abonnement mensuel à 70 euros permettant des déplacements illimités dans toute la région.

« Nous ne voulions pas refaire un débat gauche-droite, répond-on au Stif.  Le but de cette table ronde est de faire un bilan de ces premiers mois du Passe Navigo unique et explorer les pistes qui permettraient un point d’équilibre financier à cette mesure. »

Le passe Navigo unique a en effet un coût que personne ne conteste. Pas même Pierre Serne. Dans un rapport publié en février,  la cour des comptes l’a établi à 485 millions d’euros. Une partie a été trouvée en augmentant le versement transport payé par les entreprises. Reste à trouver chaque année 300 millions d’euros. L’Etat et la région y étaient parvenus en 2016 en jouant sur plusieurs leviers et Manuel Valls s’était engagé à trouver un financement pérenne pour les prochaines années.

Hausse des prix ou fin de la zone unique ?

« Bien sûr, le financement du passe Navigo unique est un vrai sujet, reprend Pierre Serne. Le conseil régional aura à faire face dans les années à venir à de nouvelles dépenses transports. Nous l’avions prévu au moment d’instaurer la mesure. Une augmentation moyenne de 2,5% par an du prix du passe Navigo aurait permis d’y faire face.»

Que prévoit de faire la nouvelle majorité au conseil régional d’Ile-de-France ? Contacté, Stéphane Beaudet n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pierre Serne, lui, dit craindre le pire. « C’est-à-dire une hausse forte et soudaine des tarifs. Surtout, l’intitulé de la table ronde sous-entend que Valérie Pécresse veuille revenir sur le principe même d’une zone unique.»

Marc Pélissier, président de l’Associaiton des usagers des transports d’Ile-de-France, y est pour. « Les usagers de Paris et de la proche couronne ont déjà eu à subir ces dernières années de fortes hausses de leur abonnement mensuel, estime-t-il. Le passe Navigo zone 1 et 2 était à 55 euros il y a peu. Il ne serait pas juste qu’ils subissent une nouvelle hausse. Il faut donc recréer un passe local pour Paris et la proche banlieue dont le prix resterait à 70 euros.» L’association ne s’opposerait pas en revanche à une hausse « mesurée tout de même » du passe Navigo toute zone.

Pourquoi pas une tarification à l’usage

Marc Ivaldi, directeur d’étude à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) comme Pierre-Yves Geoffard, directeur de Paris School of Economics, proposent eux une mise à plat du système de tarification francilien. A la place, ils préconisent tout deux « une tarification adaptée à chaque usagers ». « De la même manière qu’on fait payer le téléphone, explique Marc Ivaldi. Cette tarification prendrait en compte la fréquence d’utilisation, les distances parcourues. » Pierre-Yves Geoffard propose lui d’axer une tarification sur la variable heure creuse/heure pleine.

Mais cette proposition ne permettrait plus de réduire le fossé entre Paris et sa grande banlieue, l’un des objectifs visés par le passe Navigo unique. « Cette dimension ne semble pas prise en compte par Valérie Pécresse. Aucun président de départements franciliens n’a été invité à cette table ronde. Ils auraient pu expliquer ce que le passe Navigo unique a apporté à leurs habitants.»

 

Statista édite un portail d’études et de statistiques provenant de plus de 18 000 sources