Paris: 18 ans après les premières études de faisabilité, le projet du CDG Express fait toujours débat

TRANSPORTS Une réunion publique sur le «Charles de Gaulles Express» se déroule ce jeudi, au cinéma Le Louxor dans le 10e arrondissement…

Romain Lescurieux

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Le RER B
Le RER B — Joel Saget AFP

Relier directement et sans intermédiaire l’aéroport de Roissy à la Gare de l’Est en 20 minutes montre en main sera-t-il possible un jour ? Ce projet bien connu des Franciliens, baptisé « Charles de Gaulle Express », refait parler de lui ces derniers jours. Une enquête publique a en effet débuté la semaine dernière et donne lieu ce jeudi soir à une réunion au cinéma Le Louxor (10e) organisée par la préfecture de la Région Ile-de-France.

Objectif : « Présenter au public les modifications substantielles apportées au projet depuis la déclaration d’utilité publique de 2008 (…) et recueillir ses observations », annonce le site Internet de l’enquête. Et pour cause. Alors que le début des travaux est prévu en 2018 pour une sortie de terre en 2023 - dans la perspective de l’organisation des Jeux olympiques de 2024 et de l’Exposition universelle de 2025 - quels sont les contours de ce projet vieux de près de 20 ans, souvent synonyme de débat et d’abandon ?

Un ticket à 24 euros les 20 minutes

Les premières études de faisabilité du CDG Express ont débuté en 1998 donnant lieu trois ans plus tard à la première concertation. Le projet fait ensuite l’objet d’une enquête publique en 2007 et est déclaré d’utilité publique un an après avec un tracé et un prix.

Soit un train qui partira 365 jours par an, tous les quarts d’heure de 5 heures jusqu’à minuit, du terminal 2 de Roissy, en passant par un tronçon (à construire) jusqu’à Mitry-Mory. Puis suivra le tracé du RER B sur 24km pour terminer sa course sur une dernière portion également à construire jusqu’aux portes de Paris. Près de 32 kilomètres de trajet réalisés en 20 minutes aux prix unique de 24 euros. Un tarif jugé « discriminant », pour l’association « Vivre sans CDG Express », qui évoquait déjà en 2007 que ce montant « réservera » ce train « à une catégorie très particulière de voyageurs aériens ». Quelques années plus tard, les opposants gagnent une manche. En 2011, le groupe Vinci à la tête de la concession se retire faute d’aide de l’Etat. La machine s’enraille et s’enterre.

« Compétitivité économique et attractivité touristique de l’agglomération »

En février 2016, une ordonnance signée en Conseil des Ministres relance ce projet vu comme « déterminant pour la compétitivité économique et l’attractivité touristique de l’agglomération ».

Pour aboutir, le projet a besoin d’une nouvelle déclaration d’utilité pour valider selon la préfecture de région, le « montage juridique, son coût et son financement » sans toucher au « tracé, emprises et fonctionnalités du projet » porté désormais par ADP (Aéroports de Paris) et la SNCF, toujours sans aucune aide de l’Etat. Certaines associations, déjà en opposition avec ce « train VIP », continuent de militer pour son abandon en dénonçant désormais son aspect financier.

« Gouffre financier »

« Nous souhaitons que le CDG Express soit définitivement abandonné face au défi économique », s’exclame Olivier Ansart, président de l’association pour le suivi de l’aménagement Paris Nord-Est (ASA-PNE). Une association qui a commencé à se mobiliser contre ce projet en 2009, en demandant dans un premier temps l’enfouissement de la ligne au niveau de la Porte de la Chapelle. Mais selon Olivier Ansart, au-delà des nuisances sonores et de l’impact sur l’environnement et sur les projets d’aménagement dans le quartier, cette ligne qui coûterait désormais près de 1,5 milliard d’euros est un « gouffre financier » et n’est donc « pas prioritaire ».

« Ce projet va faire doublon avec la future ligne 17 du métro. Donc le projet est inutile. Il vaut mieux une rénovation du RER B car l’état du réseau ferroviaire est dégradé », dit-il, en espérant peser sur le débat et la concertation. « Après c’est aux gens de se mobiliser », précise celui qui est soutenu par le Front de Gauche et les Verts. Des communes sont également opposées à ce projet. C’est le cas notamment de Mitry-Mory où se déroule ce mercredi soir une réunion publique.