Loi Travail: Victimes de nombreuses dégradations, les commerçants ne décolèrent pas

REPORTAGE « 20 Minutes » à fait le parcours de la manifestation contre la loi Travail à l’envers pour aller constater les dégâts. Les commerçants racontent…

Jessica Martinez

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A l'intérieur d'une boutique prise pour cible par les casseurs, le 14 juin 2016, en marge de la manifestation contre la loi Travail.
A l'intérieur d'une boutique prise pour cible par les casseurs, le 14 juin 2016, en marge de la manifestation contre la loi Travail. — 20minutes

« Ils étaient venus casser pour casser, c’était complètement gratuit ». Ce mercredi matin, le gérant de cette boutique de portes et fenêtres, située boulevard du Montparnasse, n’en revient toujours pas. La veille, alors qu’il se trouve à l’intérieur avec son assistante, sa boutique est prise pour cible par des casseurs d’une vingtaine d’années, cagoules noires et masques sur le visage, en marge de la manifestation contre le projet de loi Travail.

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12.000 euros de travaux

La scène se déroule très vite : à coups de marteau, de pavés ou encore de barres de fer, les casseurs détruisent l’ensemble de la vitrine du magasin, aujourd’hui partiellement protégée par de larges panneaux de bois installés dès la veille au soir. « Rien que pour ces panneaux, j’en ai eu pour 1.000 euros. Et pour remplacer entièrement la vitrine j’ai reçu un devis ce matin de 12.000 euros ». Des chiffres auxquels vient encore s’ajouter la perte de chiffre d’affaires liée à la fermeture exceptionnelle de mardi après-midi. « Sans compter qu’il va bien falloir fermer la boutique un ou deux jours pour faire ces travaux, qui n’interviendront pas avant une dizaine de jours », se désole Jonas. « Et encore on a de la chance, on n’a moins été touchés que certains de nos voisins ».

« Dès qu’un casseur voyait une vitre, il se précipitait dessus pour la casser »

Agence Centuty21 Boulevard du Montparnasse, dont la vitrine s'est entièrement affaissée sous les coups des casseurs, en marge de la manifestation du 14 juin 2016 contre la loi Travail.
Agence Centuty21 Boulevard du Montparnasse, dont la vitrine s'est entièrement affaissée sous les coups des casseurs, en marge de la manifestation du 14 juin 2016 contre la loi Travail. - 20minutes

Les voisins, c’est une agence immobilière Century21, dont la vitrine est complètement tombée mardi après-midi. « C’est bien simple, hier dès qu’un casseur voyait une vitre, il se précipitait dessus pour la casser. Les vitres ça leur plaît beaucoup », commence, encore passablement énervé, l’un des agents immobiliers présents la veille. « Et comme ils voyaient que ça résistait trop, il y en a un autre qui y est allé à coup de bélier ». Une « attaque » qui aura duré à peine quelques minutes selon cet agent, mais dont il estime déjà le coût de réparation aux alentours de 6.000 euros.

Agence Foncia située Boulevard du Montparnasse, 15 juin 2016, aux lendemains de la manifestation contre la loi Travail.
Agence Foncia située Boulevard du Montparnasse, 15 juin 2016, aux lendemains de la manifestation contre la loi Travail. - 20minutes

En contrebas, une autre agence immobilière, Foncia, a été prise pour cible. Chez eux, même constat : une attaque très rapide, bien que moins impressionnante grâce à une vitrine sécurisée, mais dont les séquelles se voient encore ce matin.

« J’ai des employés traumatisés »

« C’était abominable. Ma collègue était seule à la boutique hier. Ils étaient six à s’acharner sur la vitrine. Elle est encore très choquée ». Dans cette boutique de literie, le responsable de la communication, venu prendre la relève de sa collègue arrêtée pour la journée, nous accueille entre deux appels à son assurance.

Boutique de Literie Boulevard du Montparnasse, aux lendemains de la manifestation du 14 juin 2016 contre la loi Travail.
Boutique de Literie Boulevard du Montparnasse, aux lendemains de la manifestation du 14 juin 2016 contre la loi Travail. - 20minutes

Là encore, même constat : la vitrine, pourtant blindée, a volé en éclat par endroit, et des panneaux de bois en remplacent des pans entiers ce matin. Une première réparation, sommaire, à 700 euros, à laquelle viendront également s’ajouter les frais d’une agence de nettoyage, pour enlever les bouts de verre présents un peu partout dans la boutique. « Et ça, c’est sans compter le remplacement de la vitrine, ni la perte de chiffre d’affaires d’hier, et celle des deux trois jours où on devra faire des travaux », ajoute ce responsable qui peine encore à comprendre pourquoi son commerce a été pris pour cible.

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Même incompréhension chez cet opticien situé à deux pas de l’hôpital Necker, mais de la colère aussi. « Ça pleurait beaucoup en réunion ce matin. Le choc de la veille est encore là », nous explique le directeur de la boutique, Joaquim Delavaud, présent mardi après-midi avec 8 employés.

Opticien situé Boulevard du Montparnasse, pris pour cible par les casseurs pendant la manifestation contre la loi Travail le 14 juin 2016.
Opticien situé Boulevard du Montparnasse, pris pour cible par les casseurs pendant la manifestation contre la loi Travail le 14 juin 2016. - 20Minutes

« Je tiens à dire que nous n’avons que des pertes matérielles, pas humaines. Mais vu ce que nous avons vécu hier, ça aurait pu ». Lui dénonce des casseurs, mais aussi des manifestants, selon lui « fortement alcoolisés », qui ont détruit la vitrine du magasin à coups de « masses » et de pavés. « C’est une agression portée contre les gens qui travaillent. Ils me hurlaient « Vous êtes des enfoirés, vous vous faites des marges à 400 % ! ». Des mots et des gestes que le directeur de boutique n’est pas près d’oublier. « Ce n’est pas tant les dégâts matériels qui m’inquiètent aujourd’hui, mais bien le fait que j’ai des employés traumatisés ».