La ville de Paris veut renforcer son dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel dans ses services.
La ville de Paris veut renforcer son dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel dans ses services. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

HARCELEMENT

Paris: La mairie veut se doter d’une vraie cellule d’écoute contre le harcèlement sexuel

C'est l'un des enseignements de l'Affaire Denis Baupin...

L’Affaire Baupin laisse des traces à la mairie de Paris où l’écologiste, accusé de harcèlement sexuel par des élues et anciennes collaboratrices, a été adjoint au maire chargé des transports puis de l’environnement sous les mandatures de Bertrand Delanoë. Mercredi, le conseil de Paris a voté la mise en place de nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel au sein de la municipalité parisienne. Hélène Bidard, adjointe d’Anne Hidalgo chargée des questions relatives à l’égalité homme-femme, répond aux questions de 20 Minutes.

Quel enseignement tirez-vous des accusations portées contre Denis Baupin ?

Cette affaire a fait prendre conscience à tout le monde, à la mairie de Paris comme ailleurs, qu’il fallait renforcer la lutte contre le harcèlement sexuel. Nous avions déjà des dispositifs à l’hôtel de ville pour permettre aux victimes d’alerter sur leur cas. Nous avions par exemple un numéro d’écoute et nous diffusions aussi des plaquettes informatives qui rappelaient la loi contre le harcèlement sexuel. Mais ces plaquettes étaient trop confidentielles. Quant au numéro d’écoute, seul, il ne suffit pas à briser l’omerta. Les victimes n’osent pas appeler si on ne leur garantit pas l’anonymat, si on leur dit que leur plainte sera traitée par le service des ressources humaines. Elles ont peur que leur chef, qui parfois en plus est l’agresseur, soit tenu au courant et craignent les représailles.

Que prévoient les nouvelles mesures votées ce mardi par le conseil de Paris ?

Il s’agira de mettre en place un processus bien plus complet et plus clair pour accompagner et protéger les victimes. Plus qu’une ligne téléphonique, il y aura désormais une véritable cellule d’écoute chargée de recueillir les signalements des victimes. Cette cellule accompagnera la personne sur le plan administratif et judiciaire. Qu’ils soient collaborateurs de cabinets, élus, agents… Le tout en préservant l’anonymat de la personne. Cette cellule pourra aussi mandater l’inspection générale de la Ville de Paris pour conduire une enquête au sein du service concerné. Ce n’était pas le cas avant. Nous mettrons aussi l’accent sur la prévention. Une campagne d’affichage sur le harcèlement sexuel sera déployée auprès de l’ensemble des agents de la ville, de même qu’un petit livre sur la conduite à tenir en cas de harcèlement sexuel.

La lettre ouverte de ce mardi d’Anne Hidalgo dénonçant les injures sexistes du maire de Plessis-Robinson donne-t-elle le ton de ce durcissement que veut la ville contre le harcèlement sexuel ?

La maire de Paris a très bien réagi oui avec cette lettre ouverte à Philippe Pemezec. Il ne faut plus laisser passer cela. Déjà parce que c’est indigne de la part d’un élu de se comporter ainsi. Ensuite parce que ces propos sexistes font clairement partie des violences que subissent quotidiennement des femmes. Cette lettre ouverte d’Anne Hidalgo contribuera à briser l’omerta. Ce n’est pas le seul signe. Ce mardi, le conseil de Paris a aussi adopté un vœu cosigné par l’ensemble des partis politiques présents au conseil – chose rare- qui demande la création d’un groupe de travail paritaire homme-femme- pour discuter justement des outils à adopter dans ce nouveau dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel que nous mettons en place.

Les premiers témoignages de victimes de Denis Baupin ont-ils permis de délier les langues à la mairie de Paris ?

Ils ne concernent pas Denis Baupin, mais oui des cas de harcèlements sexuels ont été signalés à la mairie de Paris depuis début mai. Cela reste toutefois mineur par rapport à la réalité du harcèlement sexuel. L’omerta n’est pas encore levée. Lorsqu’on les interroge en dehors de leur lieu de travail, les femmes salariées disent à 80 % être régulièrement confrontées à des attitudes ou des comportements sexistes. Elles disent aussi à 40 % avoir été victime de harcèlement sexuel au cours de leur vie dont 20 % dans le cadre professionnel*.

*Enquête Ifop de janvier 2014.