13 Novembre: Un programme de recherches inédit sur la mémoire des attentats

RECHERCHES Un programme inédit de recherches, porté par le CNRS et l'Inserm, se donne pour ambition de recueillir et étudier la mémoire individuelle et collective des attentats du 13 novembre…

J.M.

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Un Parisien pose devant la devise de Paris pour les 1 an de commémorations aux attentats de janvier 2015.
Un Parisien pose devant la devise de Paris pour les 1 an de commémorations aux attentats de janvier 2015. — SIPA

1000 personnes sont invitées à témoigner pour «13 Novembre», un programme de recherches porté par le CNRS et l’Institut National de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Derrière cette appellation sobre, un objectif ambitieux: recueillir et étudier la mémoire des attaques terroristes de Paris et Saint-Denis du 13 novembre 2015.

12 ans d’études, 300 chercheurs

Au total ce sont près de 300 chercheurs, issus de tous horizons, qui se chargeront d’étudier sur douze ans la manière dont se construit la mémoire d’un drame traumatisant, tel que celui du 13 novembre. Mais aussi comment cette mémoire évolue au fil des ans. «Il s’agit de comprendre l’interaction entre mémoire individuelle et collective», a expliqué à nos confrères du Parisien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Car ce qui forge la mémoire traumatique est un ensemble, composé de ce qui est éprouvé intimement à l’échelle individuelle, mais aussi à l’échelle plus imposante du deuil national. Ainsi le programme 13 Novembre doit permettre de comprendre comment « la marque de l’épreuve » s’est inscrite dans la France contemporaine, comme l’a expliqué à nos confrères le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

1000 personnes interrogées

Pour rassembler et analyser cette mémoire collective, 1000 personnes seront interrogées «lors d’entretiens filmés», comme l’a précisé au Parisien Francis Eustache, directeur de l’unité de recherche de l’Inserm à Caen.

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Des entretiens, répétés à quatre reprises : aujourd’hui, puis dans deux, cinq et dix ans. Les volontaires de l'étude seront répartis en quatre strates : des personnes directement exposées aux attentats du 13 novembre, des habitants et usagers des quartiers de Paris et Saint-Denis visés lors des attentats, des résidants de la banlieue de Paris et enfin des provinciaux.

Tweets, histoire, sociologie : Une approche pluridisciplinaire

L’idée des chercheurs est en outre d’associer diverses disciplines, pour mieux croiser les regards sur cette mémoire collective: histoire, sociologie, mathématiques, informatique, neurologie ou encore psychopathologie. La «textométrie» étudiera même le langage et son évolution au cœur des médias et de la parole des témoins, notamment dans l’expression des tweets émis sur le sujet. Des tweets conservés par l’Institut national de l’audiovisuel (INA) depuis le 13 novembre à 23 heures, comme le confirment nos confrères du Parisien.

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Enfin, sur les 1000 personnes interrogées, 180 passeront par une plate-forme d’imagerie médicale afin de mieux identifier les mécanismes dusyndrome de stress post-traumatique dans le cerveau; Et d’observer comment ils varient d’une personne à une autre.

Une enveloppe de 20 M€

Le coût de l’étude, évaluée à 20 millions d'euros, fait appel à de multiples partenaires comme l’Institut de veille sanitaire, l’INA ou encore le Centre de recherche pour l’observation et l’étude des conditions de vie.

Comment témoigner ? Vous êtes témoin direct des faits, habitant ou usager des quartiers touchés, ou résidant en banlieue, vous pouvez joindre les numéros suivants : 06 60 98 53 82/06 61 19 10 32. Ou encore adresser un message à memoire13novembre@matricememory.fr. Une permanence physique se tient aussi à la mairie du XIe, place Léon-Blum, à Paris. Confidentialité des témoignages garantie dans le cadre de ce programme scientifique.