Grigny: Des riverains filment des scènes d’émeutes sur Périscope

FAITS DIVERS A Grigny, dans une commune du sud de Paris, des riverains ont filmé des heurts entre jeunes et policiers, diffusant et commentant les images via l’application Periscope…

J.M.

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Grigny le 10 juin 2013. Gare RER D de Grigny. Illustration.
Grigny le 10 juin 2013. Gare RER D de Grigny. Illustration. — A. Gelebart / 20 Minutes

Dimanche dernier, alors que des émeutes éclataient entre une trentaine de jeunes et des policiers de Grigny (dans l’Essonne), des riverains ont joué les journalistes en filmant la scène via Périscope. « Nous on n’a pas besoin de la télé, on ouvre la fenêtre et puis c’est bon ». Uniquement munis de leurs smartphones et branchés sur l’application Periscope, des riverains « commères », comme se définit lui-même l’un d’eux, ont offert en direct une retransmission des heurts entre policiers et jeunes à quelques centaines de curieux.

Course à l’audimat

« Ça fait que 1,5k là, ça doit faire du 5k ce genre de vidéo. On sait comment ça va finir », commente le vidéaste amateur, qui garde apparemment un œil sur le compteur de vues tout au long de la vidéo. « Il se passe que c’est de la m…, que la police a été attaquée. Là les keufs ils sont cachés derrière l’immeuble, mais ils ne veulent pas sortir. Là, regardez ce qu’ils font ». En direct, il décrit à ses auditeurs pendant une dizaine de minutes, et à grand renfort de commentaires rigolards, la scène qui se déroule sous les fenêtres de son immeuble, à Grigny 2. « Voilà, c’est ça que j’aime », ponctue régulièrement le commentateur, dès qu’une nouvelle action vient rythmer son film amateur.

Un phénomène nouveau à gérer pour la police

Des images floues et une scène lointaine. « Là, ça devient dangereux, là », finit par dire le vidéaste avant de refermer sa fenêtre et de mettre fin à la vidéo. Et un phénomène nouveau à gérer pour la police. Sur Périscope, les vidéastes amateurs ont non seulement l’opportunité de retransmettre une vidéo en direct, mais également de répondre en live à leurs auditeurs. Dont certains ont parfois des requêtes dangereuses « Non, non Axel, je te l’ai dit, je ne descends pas, je suis bien ici dans mon appartement », répète à deux reprises le periscopeur à un auditeur qui lui demande de se rapprocher de la scène.

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Pour la police, la retransmission d’émeutes en direct est un phénomène nouveau. « D’un point de vue légal, nous ne pouvons rien leur reprocher, a expliqué un gradé à nos confrères du Parisien. Tant qu’il n’y a pas d’injures publiques, ils ne commettent pas d’infraction. »

Jouer aux journalistes

Mais l’application Periscope est à l’origine d’un autre phénomène : voir des riverains se prendre pour des journalistes. Entre deux scènes, le jeune homme filme sa voisine qui, elle aussi, a dégainé son téléphone. « C’est une commère, dès qu’il se passe quelque chose, elle est sur le balcon », s’amuse le jeune homme avant de braquer l’objectif sur sa « consœur » reporter. Avant de lâcher cette plaisanterie : « Moi je travaille pour BFM moi ».

Hier, deux jours après les faits, l’élément déclencheur de cette nouvelle altercation entre jeunes et forces de l’ordre était toujours inconnu.