Discrimination à l’embauche: Disneyland Paris jugé ce mardi après neuf ans de procédure

JUSTICE Euro Disney, avait publié en 2006 des offres d’emploi s’adressant aux personnes « de nationalité européenne ». Des propos qui avaient conduit le groupe devant les tribunaux pour « discrimination à l’embauche », selon des associations antiracisme…

Jessica Martinez

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Disneyland Paris, Illustration.
Disneyland Paris, Illustration. — SIPA

Tout commence par une offre d’emploi publiée par Euro Disney à trois reprises en 2006 dans 20 Minutes, laissant apparaître cette précision à la fin de l’annonce : « Si vous êtes majeur(e), intéressé(e), et de nationalité européenne. » Une phrase qui fait à l’époque bondir Samuel Thomas, alors vice-président de  SOS Racisme, qui dépose une plainte contre le groupe. A la suite d’un non-lieu, Samuel Thomas fait appel, cette fois en tant que vice-président de la Fédération Nationale des Maisons des Potes, un réseau d’associations de quartiers qui lutte contre les discriminations. Il obtient le renvoi du parc d’attractions devant le tribunal correctionnel.

Neuf ans de procédure

Après neuf ans de procédure, depuis la première plainte de SOS Racisme, le tribunal correctionnel de Meaux (en Seine-et-Marne) rendra son délibéré ce mardi à 13h30. « Nous, on a bon espoir » commence Samuel Thomas, selon lequel « l’intention de discriminer a été établie » pendant le procès. « Si on gagnait ce serait une victoire importante. Ça passerait le message que David peut gagner contre Goliath. Et que même si on a un chiffre d’affaires qui se compte en milliards, on ne peut pas échapper à la justice », complète-t-il en faisant référence au groupe coté en Bourse.

Des accusations qui « ne reflètent pas la politique de l’entreprise » selon notre interlocutrice

De son côté l’accusé s’est défendu de toute discrimination à l’embauche, lors de l’audience, qui s’est tenue le 25 mai, au terme d’une instruction privée de tout témoignage de salariés. L’annonce dont toute l’affaire est partie, ne serait qu’une « maladresse » qui « ne reflète pas la politique de l’entreprise », selon notre interlocutrice d’Euro Disney, qui rappelle par ailleurs que le groupe représente à lui-seul « 100 nationalités, 500 métiers, et 20 langues parlées ». L’entreprise revendique même une « approche très volontariste vis-à-vis de cette diversité ». « Ce sont les métiers et les compétences des gens qui nous intéressent, plutôt que les pays dont ils viennent », a ajouté notre interlocutrice.

Même s’il a reconnu le caractère discriminant de l’offre d’emploi, le parquet a requis la relaxe sur une question de droit : selon le procureur, il n’est pas établi que le cadre ayant rédigé l’annonce ait commis l’infraction au titre de « représentant » d’Euro Disney plutôt qu’en son nom propre.

Des pratiques discriminatoires dissimulées ?

Les associations antiracistes, engagées dans plusieurs procédures contre Euro Disney, dont une instruction toujours ouverte depuis 16 ans, ont tenté de démontrer que ce faux-pas était en fait un révélateur de pratiques discriminatoires « dissimulées » : sur la base de témoignages non versés au dossier, elles accusent l’exploitant de « doser » la présence de Noirs et de Maghrébins, afin de correspondre à la clientèle du parc, en majorité européenne, selon Samuel Thomas.

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Samuel Thomas annonce déjà que les Maisons des Potes feront appel du jugement si Euro Disney venait à gagner le procès. « On a l’habitude des combats de longue haleine, et on ne lâchera pas l’affaire. L’enjeu est bien trop important », conclut le vice-président du réseau associatif.

Si les faits qui sont reprochés au groupe sont reconnus mardi, Euro Disney risque jusqu’à 225.000 euros d’amende.