Inondations: «On ne pourra jamais endiguer une crue telle que celle de 1910»

INTERVIEW «20 Minutes» a interrogé l'un des responsables des quatre lacs-réservoirs, chargés de réguler les trois principaux affluents de la Seine et de protéger l'île de France des risques d'inondation…

Jessica Martinez

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Le canal de jonction entre le lac d’Amance et le lac du temple qui forment le lac-réservoir Aube. Par l'EPTS Seine Grands lacs.
Le canal de jonction entre le lac d’Amance et le lac du temple qui forment le lac-réservoir Aube. Par l'EPTS Seine Grands lacs. — EPTS Seine Grands Lacs

Alors que le niveau de la Seine monte, tous les regards se tournent vers les lac-réservoirs. Construits après la crue de 1910 , leur mission principale est de réguler trois des principaux affluents de la Seine. Sauf que ces quatre lacs qui protègent l’île de France et la capitale en particulier, ont presque atteint leur pleine capacité de stockage (il reste 60 millions de m3 sur 830).  20 Minutes a donc voulu en savoir sur leur fonctionnement auprès de Stéphane Demerliac, chargé de projet au sein de l’Etablissement public territorial de bassin.

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Quand a été créé l’EPTB (Etablissement public territorial de bassin) Seine Grands Lacs, et quel est son rôle ?

Nous avons deux missions principales. On est propriétaires exploitants et gestionnaires de quatre lacs-réservoirs, qui nous servent à remplir nos deux missions principales : « Ecrêter » [diminuer le débit maximum, ndlr) des crues en hiver et au printemps, et « soutenir les débits », donc remettre de l’eau, en été et en automne, dans les rivières, lorsqu’il n’y en a plus suffisamment. Ce qui s’appelle le « soutien d’étiage ».

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L’organisme a été créé après les grands crues de 1910 et 1924, et après la grande sécheresse de 1921. Tous ces événements avaient créé un certain nombre de perturbations. Et donc il a été décidé d’avoir une réflexion pour ensuite avoir des ouvrages pouvant répondre à ces deux missions d’écrêtement de crue et de soutien d’étiage.

Comment ces lacs-réservoirs réussissent-ils à réguler le niveau de la Seine ?

Pour répondre à leur double objectifs, les lacs réservoirs doivent être vides aux alentours du 1er novembre, pour pouvoir écrêter les crues qui passeraient. Mais pendant toute la période hivernale et de printemps on va les remplir un peu, progressivement, pour qu’ils soient pleins fin juin/début juillet, et pour qu’ils puissent soutenir l’étiage et restituer toute l’eau qu’ils ont stockée, de juillet à fin octobre. Ça permet de diminuer, de canaliser les crues sur tout l’aval des lacs.

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Et même leur localisation ne doit rien au hasard : c’est une question géologique, ils ont été situés au seul endroit où les sols sont imperméables. Comme on a besoin de stocker de l’eau il faut que le sol de la cuvette du lac soit imperméable. Sinon l’eau partirait tout de suite toute seule dans la nappe.

Pour ce qui est de la gestion des crues, le principe est le même sur tous les lacs. Il y a un débit en aval, qu’on ne doit pas dépasser. Toute l’eau en plus, on doit la conserver dans le lac, tant que c’est matériellement possible avec les installations, et qu'il n’est pas plein. C’est comme ça qu’on gère une crue.

Les lacs sont aujourd’hui presque arrivés à saturation de leur capacité. Le lac de Pannecière (le plus petit) vient d’atteindre ses limites, [82,5 millions de m3] et les trois autres sont arrivés à 90 % de leur capacité de stockage. Est-ce que les lacs pourraient déborder à leur tour ?

Nos lacs ne débordent pas, car ils sont construits en dérivation. Ils ne sont pas directement dans la rivière. On a un canal qui prend l’eau dans la rivière et l’amène dans le lac. Et de l’autre côté, on a un autre canal qui, quand on n’en a besoin va permettre de l'eau dans la rivière. Si le lac devait être complètement plein, à ce moment là on coupe et on ferme le robinet qui permettrait de l'alimenter.

Ces lacs-réservoirs suffisent-ils à endiguer complètement les inondations ?

Absolument pas. Et d’ailleurs, les lacs n’ont pas été faits comme ça : ils ont été pensés pour réduire la valeur des crues et non pas pour la supprimer complètement. Il y a plusieurs raisons à cela. Les lacs sont très loin en amont, donc il y a plein d’affluents intermédiaires sur la route des lacs. Donc même s'ils étaient suffisamment grands, on ne pourrait pas stocker cette eau en plus de celle qui s’accumule pendant une période de crue.

Mais pour améliorer encore les capacités de stockage, il y a un projet sur lequel nous travaillons depuis quelque temps, et dont les travaux devraient commencer à l’horizon 2020. C’est le projet la Bassée, un tronçon de la vallée de la Seine situé à la confluence Seine-Yonne. L’idée serait d’aménager une zone de rétention d’eau entourée de digues, et d’avoir ainsi un cinquième ouvrage pour améliorer la protection de la région Ile-de-France. Mais on ne pourra jamais endiguer une crue telle que celle de 1910.