Quel pourrait être le visage du camp humanitaire de Paris annoncé par Anne Hidalgo?

REFUGIES La maire de Paris, Anne Hidalgo a annoncé ce mardi l’ouverture imminente d’un camp humanitaire pour les migrants à Paris…

Jessica Martinez

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Des réfugiés dans un camp de fortune le 27 mai 2016 à Paris
Des réfugiés dans un camp de fortune le 27 mai 2016 à Paris — MATTHIEU ALEXANDRE AFP

Il devrait ouvrir « d’ici un moi à un mois et demi », et « plutôt dans le nord de la ville ». La maire de Paris n’a laissé filtrer aucune autre information lors de sa conférence de presse à propos du camp humanitaire qui devrait être mis en place très prochainement à Paris.

Si ce n’est qu’il s’inspirera du modèle du camp de Grande-Synthe, situé dans le Nord-Pas-de-Calais.

Un manque d‘informations qui inquiète Héloïse Mary, Présidente du Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants (BAAM). « On a été un peu surpris de cette annonce. Et inquiets, car on est très en deçà des nécessités parisiennes en matière d’accueil. Un campement comme celui de Grande-Synthe marche car les gens ne veulent pas rester, iIs sont plutôt dans le souhait de passer en Angleterre. A Paris les gens veulent rester. Et un seul camp ça ne va pas suffire ». Et pour cause, BAAM, très présent au niveau des différents camps de fortune installés en Ile-de-France, estime « entre 4.000 et 5000 le nombre de réfugiés actuellement présents dans la région ».

Vers une solution plus pérenne pour les réfugiés ?

Autre inquiétude, celle de savoir si ce nouveau camp va apporter une réponse plus pérenne aux problématiques rencontrées aujourd’hui par les migrants en attente d’accueil. « Anne Hidalgo a juste annoncé l’ouverture du campement, sans expliquer en réalité ce que sera ce campement. On ne remplace pas juste un camp préexistant par un autre campement. Améliorer la situation serait de construire des choses en dur. Ce qui ne semble plus être à l’ordre du jour ».

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Grande-Synthe, un modèle de camp d’accueil ?

Une méfiance que ne partage pas Yann Manzi, coordinateur de l’association Utopia56, et ancien coordinateur du camp Grande-Synthe. « On est tous, depuis la nouvelle d’hier en train de se dire que le pari est en train d’être gagné et réussi. Il y a des maires qui se lèvent et qui disent que ce n’est plus possible. Ça veut dire que le modèle de Grande-Synthe a fonctionné, et qu’il fait des petits ».

Un « modèle », dont a voulu s’inspirer la mairie de Paris : il y a trois semaines, Yann Manzi reçoit la visite d’une délégation parisienne dans le camp, venue interroger son fonctionnement. 70 à 80 % de volontaires sur le terrain, une petite structure, à taille humaine (pas plus de 300-400 personnes), et un camp « gérable » pour une association. « Il faut aussi avoir une expérience de terrain. On ne peut pas faire sans le tissu associatif. Par exemple, l’expérience nous a montré que mélanger les communautés sur un espace réduit ne fonctionne pas, ça créé des tensions. C’est important qu’elles puissent être séparées ».

Une expérience que Yann Manzi serait ravi de partager avec la mairie de Paris, enthousiaste à l’annonce de l’ouverture de ce nouveau camp. «Je pense qu’ils sont prêts à écouter. Peut-être que l’accueil des réfugiés en France est en train de changer. C’est énorme pour nous ».

« Un camp le moins ‘camp’possible, avec le plus de logements »

Un « partage d’expérience » également nécessaire selon André Jincq, responsable du programme migrants à Médecins sans Frontières (MSF), mais qui doit s’accompagner d’une « véritable prise en charge » de la mairie ou de l’Etat, dans un endroit « qui n’a pas vocation à rester, ni à durer ». « Un camp ce n’est pas fait pour durer, c’est une solution d’urgence ». Une solution d’urgence, qui doit malgré tout rester la plus « humaine possible » rappelle André Jincq. « Ces gens sont venus demander une protection, ils n’ont pas demandé à être enfermés ».

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Dans quelques jours, Anne Hidalgo devrait annoncer le nom du camp humanitaire parisien, avant de révéler son emplacement. Une annonce qu’attendent avec impatience les associations impliquées dans l’accueil des réfugiés.